TOXICOLOGIE
Peu d’empoisonnements ont lieu par la nicotine ou le tabac; la difficile préparation de la nicotine en est peut-être la cause. Les annales de médecine légale n’ont enregistré jusqu’à ce jour que deux cas d’empoisonnement par la nicotine : l’un, c’est celui de Gustave Pougnies (Hainaut 1851), qui est devenu une cause célèbre par son retentissement et les péripéties de ce drame ; l’autre, est celui d’un sous-officier de marine, qui se suicida à Cherbourg en
Tous les médecins légistes ne sont pas d'accord sur les phénomènes d'intoxication provoqués par la nicotine, Je prends à ce sujet les détails suivants sur un ouvrage qui traite de la nicotine et de l'intoxication par cet alcaloïde. L’autopsie de G. Pougnies, faite par MM. Marouge, Zonde et Gosse, donna lieu à ce rapport qui indique toutes les lésions qui résultent de l’ingestion d'un poison corrosif. Les lèvres étaient blafardes, racornies, couvertes de croûtes d’un brun grisâtre; la langue volumineuse ayant presque le double de son volume ordinaire ; la membrane muqueuse d'un gris noirâtre, détruite sur toute sa face supérieure et le long de ses bords : en la touchant avec le dos du scalpel, on l’enlevait en petits lambeaux très-peu consistants, La portion de la membrane muqueuse qui occupe la face inférieure de la languc était rouge et injectée; tout le reste de la muqueuse buccale était rouge, cautérisée, et se détachait avec la plus grande facilité. La membrane muqueuse palatine était
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d’un blanc grisâtre, cautérisée comme la précédente; celle de la partie supérieure du pharinx était rouge, injectée. Un aspect analogue se présentait à la muqueuse de l'estomac.
L’autopsie du sous-officier ne donna pas les mêmes phénomènes : on à constaté l'absence totale de désordres dans la bouche. La langue était d’un blanc grisâtre sans tuméfaction ni rougeur. Les gencives, les dents et les paroïs buccales étaient dans un état de parfaite intégrité. L’arrière-bouche et l’æsophage' ne présentaient aucune Jésion. Une odeur âcre se percevait, mais il eût été trèsdifficile de la définir, si l’on n’avait pas soupçonné la nature de l’empoisonnement. La muqueuse de l'estomac n’offrait pas de rougeur anormale, et donnait la même odeur qui, sans être sensible, avait quelque chose d’empyreumatique.
Stas et Kolliker attribuent à la nicotine une action irritante, causüque; Von Praag nie l’action caustique de la nicotine, et prétend que dans l’autopsie de Pougnies, les phénomènes de rougeur. et d’inflammation étaient dus à l'acide acétique qu'avait employé Bocarmé pour enlever l'odeur de la substance toxique.
Lorsqu'on veut extraire la nicotine des organes, elle forme avec Ja graisse des tissus un savon mou, blanc, soluble dans l’éther et l'eau, ne ramenant pas au bleu le pâpier rougi par les acides. On chauffe le savon avec une suffisante quantité de chaux hydratée en poudre, de soude ou de potasse, et on le décompose; si on chauffe à feu nu le mélange additionné d’eau distillée, on obtient la nicotine.
Lorsque l'on veut rechercher la nicotine dans les matières contenues dans le canal digestif ou dans les organes qui l’ont absorbée, on met les organes coupés en morceaux ou les matières en contact avec 200 grammes d’eau distillée froide à laquelle on ajoute de 3 à 6 gouttes d'acide sulfurique concentré et pur. On laisse en contact cinq à six heures; on filtre et l’on fait évaporer au baïin-marie jusqu’à ce que la liqueur soit réduite au tiers de son volume primitif. Le sulfate de nicotine reste en dissolution dans la liqueur, et une certaine quantité de matière organique se dépose. On décante, et l'on verse dans la liqueur de l'alcool anhyure, qui précipite encore une nouvelle quantité de matière organique. On filtre et l’on fait évaporer à une douce chaleur pour volatiliser l'alcool. Quand la liqueur ne donne plus que le volume qu’elle avait avant l’addition de l'alcool, on la sature de soude ou de potasse caustique ; on doit employer un excès de l’une ou l’autre base pour la rendre sensi-
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blement alcaline: par ce moyen, la nicotine est mise à nu et se trouve mêlée avec du sulfate de potasse ou de soude, On agite le tout avec de l’éther froid qui dissout la nicotine et laisse le sulfate. On décante l’éther et l’on fait évaporer dans le vide en ayant soin de mettre à côté une capsule contenant de l'acide sulfurique concentré. On peut aussi mettre la liqueur alcaline dans une cornue, la chauffer à feu nu et recevoir la nicotine dans un récipient refroidi.
La nicotine ne laisse aucune trace de son action après le lavage à l’eau sur les objets avec lesquels elle a été mise en contact {soit vêtements, draps).
Un médecin avait avancé un fait que quelques expériences semblent ne pas faire accepter : je veux parler de l’antagonisme de la nicotine et de la strychnine. M. Chevers donnait à la nicotine la strychnine comme contre-poison et vice vers, mais on a presque prouvé qu’au lieu d'agir dans ce sens, ces deux toxiques semblaient se prêter main-forte pour en finir plus tôt avec l’intoxiqué ; je me garderai donc bien de donner comme sûre cette médication. On ne connaît pas encore l’antidote sûr de la nicotine ; aucune substance, jusqu’à présent, n’a eu la faculté de décomposer les poisons de cette classe, ni les transformer en corps, n’exerçant pas d’action nuisible, lorsqu'ils ne sont pas rejetés par les vomissements,
Les effets produits par le tabac, la nicotine, doivent être combattus d’après les principes suivants :
Si le poison a été avalé depuis peu de temps, on doit administrer un vomitif dissous dans une petite quantité d’eau favorisant ainsi l'expulsion du toxique et-ne hâtant pas son absorption,
Si le poison a été pris depuis quelque temps et si l'on croit le trouver encore dans le canal intestinal, on fera prendre une émétocathartique et l’on fera administrer des lavements purgatifs. On fera ensuite usage de boissons acidulées,
Vu : bon à imprimer Le Directeur, | BUSSY.
Permis d'imprimer, Le Vice-recteur de l'Académie de Paris, A. MOURIER:
Paris. — Imprimerie de Cusser ot C°, rue Racine, 26.
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