AVANT-PROPOS
On dit que l'époque actuelle est peu favorable aux œuvres de l'esprit , dont le seul but est d'éclairer et d'instruire ; je ne saurais être de cet avis en me voyant invité à soumettre, pour la seconde fois, cet opuscule au jugement du public et à solliciter de nouveau ses suffrages.
À celte invitation si flatteuse, je cède pour deux raisons : parce que je n'ai pas d'autre moyen de répondre aux encouragements sympathiques qui ont accueilli mon ouvrage à sa naissance, et parce que ma conscience m'affirme qu'il est de ceux qui ne font jamais de mal, et dont la lecture peut toujours faire un peu de bien.
Dans l'avant-propos de la première édition je disais : « Cet ouvrage n'est point un plaidoyer pour ou contre le tabac : c'est une étude consciencieuse sur une question qui intéresse aujourd'hui toutes les familles à peu d'exception près.
» Â ceux qui trouveront que mes conclusions s'écartent trop du voeu de M. Glais- Bizoin, qui demandait pour les ouvriers
des villes et des campagnes, non pas, comme le veulent les économistes, la vie a bon marché, omis le tabac à bon marché {i ), ma réponse est facile :
» Je suis médecin ; c'est en cette qualité que j'ai interrogé les faits, que j'ai consulté l'expérience, et c'est le résultat de mes
(1) Corps législatif, séance du 22 juin 1865 :
M. Glais-Bizoin. — «Messieurs, j'ai eu l'honneur de présenter à la commission du budget un amendement ainsi conçu :
« Il sera rais eu vente, dans tous les débits de » TEmpire, du tabac dit de cantine, h 2 francs le > kilogramme. »
» Dans le cours des événements, la fortune m'a offert, a diverses reprises, une part de pouvoir que j'ai constamment refusée. ^
» Aujourd'hui je sens un mouvement d'ambition subite, mais considérable, car j'aspire à la dictature pour un moment seulement. (On rit.)
» J'en profiterai pour donner aux cultivateurs, aux ouvriers des villes et campagnes, ces combattants civils qui luttent si vaillamment contre toutes le§i
observations et de mes recherches que je livre à la publicité. »
Un certain nombre de mes lecteurs s'est déjà prononcé, et si les bornes d'une préface le permettaient, je n'hésiterais pas à publier ici ses jugements. Qu'on n'aille pas croire cependant qu'il ne m'a été décerné
difficultés de la vie, pour leur donner quelque chose qui leur plairait autant, peut-être pluç que la fameuse poule au pot qu'ils attendent encore ; je leur donnerai du tabac à bon marché.
» Je le leur donnerais, assuré d'être juste et en même temps de ne pas nuire au Trésor, car, par cette mesure, j'arrêterais une fraude immense incalculable, qui se fait non seulement par les frontières, mais avec les départements dans lesquels le tabac est vendu à prix réduit.
» Voilà le rêve de mon ambition. Cette dictature que j'envie, vous l'avez, messieurs; je vous conjure d'en user et de donner une realité à mon souhait en adoptant mon amendement, qui vous assurera les bénédictions du pays. (Rires approbatife sur quelques bancs.) 3^
HUB des éloges et que la critique s'est privée de ses droits à mon égard.
Ainsi, pourquoi, m'a-t-ôn dit, venir troubler les contribuables satisfaits et répandre au milieu d'eux l'inquiétude? L'habitude du tabac est un impôt sompti^e qui remplit les caisses de l'Etat sans peser sur les pautres
Cette objection repose tout simplement sur une erreur : le pauvre fume comme le riche ; la qualité du tabac fait seule la différence, et les 40 francs qu'il porte annuellement en moyenne à la régie constituent un impôt qu'il ne manquerait pas de trouver intolérable s'il frappait le pain , le sel ou toute autre denrée alimentaire de première nécessité. D'ailleurs l'argument fût-il
vrai, la question d'hygiène n'en consenreverait pas moins son opportunité, et ma brochure est chargée d'y répondre.
D'autres approuvent mes intentions, mais ils blâment ma modération, et ils |K tendent que dans la peinture que j'ai faite des maux qu'engendre le tabac, mes couleurs sont insuffisantes et trop faibles, et que je n'atteindrai mon but qu'en frappant fort et sans merci.
Ma réponse à ce reproche est en toute lettre dans le Salut public de Lyon , qui m'a fait l'honneur de rendre compte de ma brochure (1). a Conseiller la modération vaut beaucoup mieux que de proscrire ab-
(1 i Numéro du 2 juillet 1866.
solument, et les sages conseib donnés par l'auteur auront de bien meilleurs résultats que toutes les imprécations lancées contre le tabac. Qui veut trop ne veut rien, dit le proverbe. »
Ces résultats dont parle le journaliste, ce n'est pas du temps présent que je les attends, et c'est l'avenir qui les tient en réserve, grâce à l'intervention réfléchie et convaincue des pères de famille et des maîtres chargés d'élever la jeunesse. Le professeur Virchow, de Berlin, a fait à Cologne, dans le courant de Tannée dernière, une leçon sur les dangers qu'entraîne , au point de vue de la santé, l'habitude de fumer du tabac. Aussitôt après la leçon, douze jeunes gens déclarèrent qu'ils s'abs-
tiendraient à l'avenir de fumer, et qu'ils placeraient Targent qu'ils épargneraient ainsi dans une assurance sur la vie.
Mon ambition ne s'élève pas plus haut, et je considérerai cette édition comme ayant atteint son but si sa lecture parvient à convaincre quelques prosélytes qui, nouveaux apôtres, iront par le monde semer le bon grain de la vérité et contribueront à préparer ainsi pour nos successeurs cette moisson de bien-être et de santé qui est le dernier mot de l'hygiène.
1" mai I8tf7.
ET LES FACOLTiS IITBUBGIDSUIS ET atlâUI.