MÉDICAMENTS DIVERS
Un mouvement assez curieux se fait depuis quelque temps dans la thérapeutique de la pneumonie aiguë. Tandis que la foi dans les médications classiques, consacrées par le patronage des plus illustres médecins, a été diminuant de plus en plus, on a vu des médecins prôner avec ardeur d'autres médicaments qui, en vertu de propriétés physiologiques connues, sont susceptibles d'agir sur tel ou tel élément de la maladie, comme si modilier plus ou moins passagèrement la température, la congestion dans la pneumonie, était triompher delà maladie elle-même.
Nous avons déjà rangé parmi les médicaments les plus connus, quelques-uns de ces agents, qui, à défaut d'avantages incontestables, ont du moins pour eux une ancienneté relative et
l'appui de hautes autorités.
D'autres médicaments ont été proposés sans qu'on puisse savoir encore, faute de documents suffisants, comment on doit les
apprécier. .
Nous résumerons ici les quelques données que la science possède sur ces agents que la pratique n'a pas placés dans les premiers rangs.
Erqot de seiaie. - L emploi de l'ergot de seigle contre la pneumonie est de date assez récente: aussi trouve-t-on peu de documents à ce sujet dans la littérature médicale. M'ycjsk employa l'ergot de seigle dans 5 cas de pneumonie; il ditqu aucune
n'eut une terminaison fatale, ne devint clironique ou ne laissa après elle de lésion appréciable; dans tous les cas, le processueexsudatif fut certainement diminué. Scearce fit ensuite quelquea recherches qui lui donnèrent des résultats favorables.
Il emploie l'ergot à la période congestive et l'administre par doses de i/2 drachme (i grammes environ) qu'il répète jusqu'à amélioration ou jusqu'à production des phénomènes d'ergotisme: dilatation des pupilles, vertiges, hébétude, sensation de plénitude cardiaque, etc.
Voici d'ailleurs comment il s'exprime : « Pour étudier exactement son action, je m'abstenais de tout autre remède, local ou constitutionnel, et je surveillais avec soin les résultats. En vingtquatre ou trente-six heures, la douleur était calmée, la température, le pouls rapide, la dyspnée, revenaient à l'état normal, l'expectoration diminuait de quantité et cessait d'être teintée de sang. Enfin, au lieû d'attendre de 7 à 9 jours pour l'évolution de la maladie, comme cela a lieu avec le traitement habituel, nos malades étaient entièrement guéris dans la moitié de ce temps. »
Yeaman aurait également employé l'ergot de seigle avec le plus grand succès dans un cas oij les phénomènes généraux étaient très marqués, la température à i04-%i/2 F. (40°, 2 C), le pouls à 108. La température s'éleva encore après l'administration de l'ergot, mais le lendemain, bien qu'il y eût encore 40 degrés et 104 pulsations, la dyspnée était moins pénible, le point de côté moinsvif, les crachats moins sanguinolents, la toux moins douloureuse et moins fréquente. Le quatrième jour, Yeaman trouva son malade levé et déjeunant : la convalescence se fit sans accident. T. Wells se félicite aussi beaucoup de l'emploi de l'ergot, qui, dans sa pratique, lui a donné de bien meilleurs résultats que tous les autres traitements. Il rapporte dix cas dans lesquels les crachats sanglants furent rapidement arrêtés d'une façon permanente; l'attaque pneumonique avorta dans la moitié des cas, et dans les autres, la durée fut seulement de six à sept jours sans
qu'aucun accident vînt entraver la guérison. Le traitement employé par Wells est d'ailleurs assez complexe : tantôt il emploie simplement des injections sous-culanées d'ergotine, tantôt il donne l'ergot sous forme d'extrait fluide associé à la digitale et à l'acétate de plomb ; de toute façon il commence par administrer une dose massive de quinine (de 40 à 50 grains) qui, agissant en môme temps quel'ergot, régulariserait, d'après lui, la circulation pulmonaire, diminuerait la congestion et l'inflammation, et réduirait de moitié la durée de la maladie.
Plus récemment encore Boggs, dans un cas de pleuro-pneumonie avec épanchement notable qu'il soignait avec M. le professeur G. Sée, a cru pouvoir attribuer à l'ergot de seigle la disparition rapide des signes de la pneumonie et de l'épanchement. Handfield Jones aurait également vu l'ergot arrêter l'hémorrhagie dans un cas de pneumonie francbe qui s'accompagnait d'une hémoptysie très abondante, et il ne doute pas qu'il n'ait été avantageux dans ce cas particulier; cependant, ajoute-t-il, bien que théoriquement le seigle ergoté semble, par ses propriétés bien connues sur le système vasculaire, le remède par excellence non seulement de l'inflammation du poumon, mais aussi de toutes les inflammations, ses résultats pratiques ne sont pas merveilleux et ont généralement trompé l'attente des observateurs (H. Jones).
Vaco7iit a été très préconisé comme antipyrétique. Phillips ne croit pas qu'il empêche la consoUdation du poumon, mais lui attribue la propriété de modérerlatendance envahissante delacongestion. W. Dobiea, tout récemment encore, rapporté quatre cas de pneumonie grave, aux âges respectifs de quarante-deux, Vingt, soixante-huit et quatre ans, qui furent, dit-il, très rapidement améliorés par l'emploi de l'aconit. Dans tous ces cas, c'est vingt-quatre heures environ après le début de la maladie qu'il vit les malades, et c'est ex moment qu'il juge le plus favorable à l'administration du remède et à son action. Mais ici encore il existe des recherches contradictoires : W. Foc dans les quelques cas où il a employé l'aconit, n'a pas obtenu de
résultats permettant de lui attribuer une action véritablement efficace, et Anstie de son côté en fait uniquement un diapliorétique.
Les alcalins ont été très vantés aussi dans la pneumonie. D'après Rabuteau, on peut rapporter leurs effets à leur action antiphlogistique lorsqu'ils sont administrés à doses suffisamment élevées et à leur action sur les sécrétions et les mouvements des cils vibratiles, la rapidité des mouvements de ces appendices rendant beaucoup plus facile l'expectoration des mucosités. Mascagni avait depuis longtemps employé le sous-carbonate de potasse ; Lemaire reprit ce traitement et nota principalement la diminution de la fièvre et la chute très notable du pouls. Popham, de Cork, a employé le bicarbonate de potasse qu'il conseillait d'administrer dans des potions mucilaeineuses. La quantité varie de Sgrains (0,325) chezl'enfant,àunedemi-drachme ('lg%94) chez l'adulte, dose qu'il répète quatre, six et même huit fois en vingtquatre heures. On doit procéder par augmentation nécessaire jusqu'à l'acmé, diminuer ensuite progressivement et continuer un peu après la convalescence. Les 28 cas que Popham traita de cette manière, étaient tous bien caractérisés : matité, crépitation, souffle tubaire, crachats rouilles, herpès dans la moitié des cas. Dans quelques cas il ne se produisit pas d'effet appréciable, mais dans la majorité, un phénomène frappant aurait été observé : le changement de l'expectoration. Après deux ou trois jours, les crachats visqueux se résolvent, la couleur rouillée devient blanche ; l'adhérence aux rarauscules bronchiques diminue, l'expectoration est de plus en plus facile. La toux devient humide, douce, expulsive, de sèche, rude, irritante qu'elle était. Les alcalins agiraient dans ce cas comme de véritables sédatifs. L'effet sur les premières voies digestives serait peut-être encore plus rapide: l'épaisse couche qui recouvre la langue et qui, lorsque la maladie I prend un caractère typhique, devient sèche, brune, fuligineuse, : semble se dissoudre dans un flot de salive ; les gencives deviennent I rouges et turgides ; toute la surface buccale est nette en quelques j jours.
Dans les poumons, il se produirait une amélioration locale coïncidant avec la diminution du pouls et la chute delà terai.évature. Enfin, les urines éprouvent de notables modifications ; l'ac.dité de l'urine est à son maximum dans la pneumonie ; mais après l'emploi de l'alcalin, elle fait place à une réaction alcaline neutre ou très légèrement acide. Ce changement survient vers le troisième jour et persiste quelques jours après la cessation du médicament. Eu même temps l'urine augmente de quantité et perd sa coloration foncée, indice d'une inflammation intense. C'est surtout au début de la pneumonie qu'agit ce traitement qui est d'ailleurs contre-indiqué lorsqu'il existe de l'irritation de l'estomac ou du tube digestif. Macaauglon Jones, qui emploie le nitrate de potasse, a remarqué que ses effets sur le pouls et la température ne sont pas parallèles : la température tombe sans que la décroissance du pouls soit en rapport avec la chute thermométrique ; le pouls diminue très lentement, et si l'administration du mtre est prolongée trop longtemps, il devient lui-même lent et irregulier Macn Joues croitque la résorptionde produits pneumomquesqu U détermine est due non seulement à son action directe sur la fibrine et les corpuscules sanguins, mais aussi à l'influence secondaire de la réduction de fièvre et de la diminution dans la lorce d'impulsion et la fréquence des battements cardiaques.
Nombre de praticiens emploient couramment les alcalins dans la pneumonie en les associant à d'autres médicaments, ^ous citeronsseulementlesfaits publiés parWaters qui a donne, avec le carbonate de potasse, l'éther chlorliydiique ou le carbonate d ammoniaque comme stimulants, et celle de Grimshaw etMoore qm font prendre i gramme .de nitrate de potasse et centigrammes de sulfate de quinine toutes les trois heures. Il va sans dire que les alcalins sont loin de donner toujours des succès : Sturges n'a jamais observé les bons résultats annonces par et Lbert a dû renoncer à l'emploi de l'azotate de potasse à cause des troubles gastriques qu'il détermine.
Les sels d'ammoniaque, chlorhydrate, sesquicarbonate Pt ac-
tate ou esprit de Mindererus. ont été employés depuis fort longtemps dans les affections de&poumons, la pneumonie, la bronchite capillaii-e, la bronchite chronique, etc., à cause des propriétés stimulantes qu'on leur attribue, soit pour combattre la prostration, soit pour donner un peu de ton et de vigueur auix oi-ganes respiratoires. Patton qui a étudié très soigneusement l'action du carbonate d'ammoniaque étend beaucoup son domaine et croit que sa valeur comme stimulant n'est que la moindre partie de ses propriétés thérapeutiques.. C'est en 4862 qu'il fit ses premières recherches : treize cas de pneumonie bieu marquée avec excitalion fébrile très accusée, douleur de côté aiguë, crachats adhérents et très colorés, râles crépitants, dyspnée intense (dans 10 cas); parfois même inflammation des deux poumons (2 ca^),. furent traités dès le premier jour paj le carbonate d'ammoniaqjue à l'exclusiion de tout autre médicament. L'excitation fébrik et la chaleur de la surface cutanée furent promptement dimimjées, le pouls de>fint moins fréquent, mais plein et fort, la température baissa, la peau devint moite et la douleur s'amenda d'une façon, très notable. Mais l'amélioration la plus remarquable se manifesta dans le caractère et la fréquence de la respiration : la dyspnée cessa, les respirations devinrent pleines,, aisées, régulières, de moins en moias fréquentes. La guérison fut complète dans les 13 cas après neuf jours en nîoyenne. Depuis lors Patton a employé exclusivement le carbonate d'ammoniaque dans 9ë cas bien authentiques de .pneumonie grave- et il n'eut q;ue deux m.orts h déplorer. Il engagea quelquesi-uns de ses confrères à employer sa méthode et ils obtinrent des résultats analogues i le docteur Witherspoon, par exemple, n'eut que 1 mort sur 72 cas, le docteur Stevens,. 1 mort sur 35 cas, sévères pour la plupaa-t, auxquels il ne donna que le carbonate d'ammoniaque, tandis qu'il eut 4 morts sur -43 cas plus favorables auxquels il avait prescxit d'autres médicaments, tels que le veratrum^le chlorate de potasse, l'aconit, l'alcool, etcv El) somme Patton a réuni uni total de 309 cas, tous graves, dans
Uacélale de cuivre était employé par Kissel avec une mortalité de /tpour 100 seulement; d'ailleurs le traitement employé par l'auteur était mixte.
La belladone, Viodure de potassium, V acide cyanhydrique méritent à peine une mention.
Les inhalatiom de chloroforme furent employées il y a longtemps déjà par Wucherer, Baumgartner, Uebing, puis par Warentrappet Clément; Smoler(de Prague), Skoda, Valentini en auraient obtenu de bons résultats. D'après Jansen, on doit appliquer sur le nez et la bouche du malade un tampon d'ouate renfermant de 20 à 30 gouttes de chlorofovrae,jusqu'à ce que la somnolence se produise, puis recommencer deux ou trois heures plus tard quand le malade se réveille. Le chloroforme ainsi employé diminue la douleur, calme la respiration, excite d'abord la toux puis la fait cesser, amende les symptômes cérébraux et facilite l'expectoration. Valentini conseille de ne pas employer le chloroforme ni chez les vieillards ni chez les enfants.
Nous devons aussi signaler l'emploi qui a été fait par Mendini des cantharides à l'intérieur comme contre-stimulant. Elles sont indiquées, dit-il, lorsque la pneumonie est réellement inflammatoire, le malade pléthorique, la réaction bien marquée. L'irritibilité gastro-intestinale est une contre-indication. Il faisait prendre, en 24 heures, une décoction de 80 centigrammes à 1 gramme de mouches dans 250 grammes d'eau à laquelle il ajoutait 500 grammes d'émulsion d'amandes et 180 grammes de gomme arabique.
Enfin, nous citerons encore à titre de curiosité le traitement qu'a employé le docteur Fihn pendant la guerre russo-turque en Asie Mineure. Finn a trouvé que, dans les pneumonies bilatérales avec commencement d'œdème des poumons, l'aspiration directe du sang des poumons avec un appareil de Dieulafoy donnait plus de soulagement au malade que les applications de sangsues, ventouses scarifiées, etc.