CHAPITRE DEUXIÈME
Procédé opératoire
On a eu recours à différentes méthodes pour la pratique de la suspension chez les tabétiques ; toutes ont pour but de déterminer une élongation de la moelle.
Dans la méthode de Pichery, on combine la suspension avec la gymnastique de l’opposant. Pour effectuer cette association, on se sert d’un chariot muni d'un boudin élastique, qui permet au malade d'exécuter des mouvements plus ou moins coordonnés en même temps qu'il se déplace.
Weir Mitchell rend indépendantes les tractions cervicale et axillaire et diminue ainsi la douleur causée par l'opération. Les pièces axillaires s'adaptent aux coudes fléchis, par lesquels les malades sont maintenus ; en outre, l'appareil est muni d’un double système de moufles, l’un pour élever le corps par les coudes, qui sont collés à ce dernier ; l’autre pour la traction de la tête.
Hammond simplifie et supprime complètement la traction axillaire ; il aggrave la pendaison par l’adjonction de poids aux pieds. |
Althaus, adjoint un treuil et un cran d’arrêt à l’appareil primitif. C’est ainsi qu'il le modifie en permettant de soulever le malade sans aide et de le maintenir sans effort.
L'appareil de Ladame comporte un dynamomètre qui rend compte du poids du sujet ; on peut, de cette mamière approprier la durée de la séance au poids de chaque malade.
La technique que l’on emploie couramment est celle que décrit M. Gilles de la Tourette. « L'opération, ditil, est chose des plus simples; mais encore nécessite-telle un certain wodus faciendi à la vérité facile à acquérir, mais qui, dans tous les cas, ne saurait s’inventer. »
La suspension se fait à l’aide de l'appareil imaginé par Sayre, de New-York. Il se compose d’une tige de fer horizontale de 45 centimètres de longueur, portant en son milieu, un anneau dans lequel passera le crochet d’un moufle, par l'intermédiaire duquel s’effectueront les tractions. À chaque extrémité de la tige, 1l existe un crochet auquel s'adaptent les pièces destinées à être placées sous les aisselles du malade.
Sur le bord supérieur de la même tige, se trouvent trois encoches.
En outre de la tige de fer, l’appareil comprend deux pièces latérales pour les aisselles et une médiane, servant de soutien à la tête pendant la suspension. Cette
pièce médiane se subdivise en deux parties : l’une, antérieure, se place sous le menton ; l’autre, postérieure, au niveau de la nuque. L'application des pièces de la nuque et du menton est assez délicate, elle dépend de la grosseur et de la forme de la tête et du cou du sujet. Il sera possible de faire varier les dimension selon la grosseur de la tête.
La tête, une fois en place au milieu du collier, il reste à placer les pièces des aisselles ; ce sont celles-ci qui sont les véritables régulateurs de la suspension, car il est nécessaire que, pendant l’élévation, la traction ne porte pas uniquement sur la tête et le cou ; la suspension ainsi pratiquée ne serait pas tolérée. Pour cela les pièces auxiliaires ont la forme d’un ovoïde matelassé et sont munies d’une courroie pouvant s’allonger ou se raccourcir à volonté, suivant la taille ou le poids du malade.
L'appareil étant en place, bien disposé, il faut tirer doucement sur la corde adaptée à la tige, afin d'éviter une élévation trop brusque, et habituer les muscles du cou à la traction qu'ils doivent supporter. Lorsque le malade a quitté le sol, il faut le soutenir légèrement de manière à empêcher les oscillations ; en même temps on fixe les yeux sur une montre Pau régler la durée de chaque séance.
On commence par une demi-minute et on peut arriver jusqu’à 3 et 4 minutes pour chaque séance. En général, il ne faut pas prolonger au-delà de 5 minutes. 11 faut en outre tenir compte et du poids du sujet et de certaines susceptibilités individuelles. La durée de la séance peut être proportionnée au poids du malade :
plus le malade est lourd, plus la séance de suspension doit être courte, afin d'éviter certains accidents. Les séances pourront être faites tous les deux jours ou tous les jours; c'est la méthode employée dans les services de MM. les professeurs Bondet et Teissier ; le moment où doit être pratiquée la suspension n’a pas une grande importance ; mais la régularité dans les séances est indispensable.
Le temps de la suspension étant écoulé, on lâche peu à peu la corde de façon à ce que le malade touche sans secousses le sol qu’il vient de quitter ; puis on l’asseoit sur un fauteuil, afin qu’il se repose un instant.
Ajoutons qu'il est nécessaire que cette suspension soit faite par un aide intelligent, habitué à la manœuvre, ou en la présence d’un médecin. L'opération ne doit entraîner n1 douleur ni fatigue, sinon on court les chances de voir survenir des accidents.
Lorsque l'impossibilité de la marche exige que le malade soit transporté assis auprès de l'appareil, il faut, après avoir fixé les courroies, faire lever et soutenir le malade debout avant de commencer la traction; sans cela on ne peut éviter la brusquerie des mouvements.
Lombroso conseille la traction graduée selon le poids; inutile de multiplier le nombre des séances ; il faut les espacer suffisamment, tenir compte de l’âge, du sexe, de la constitution du malade; faire suivre chaque séance d’un repos; enfin, commencer par quelques secondes pour arriver à une minute : autant de faits qu’il déduit de ses expériences.