OBSERVATION IX
(Lister. British med. Journ., 3 nov. 1883).
Fracture ancienne, impotence.
Joseph R..., soldat, âgé de 22 ans, glisse pendant une course qu'il faisait le 3 juin 1880 ; en essayant de se retenir il se fractura la rotule. À l’hôpital militaire on lui appliqua des attelles où il fut maïintenu pendant sept semaines, puis on lui mit un bandage dextriné ; il sortit de l’hôpital avec un cal fibreux. Le genou était raide, probablement à cause du triceps qui était extrêmement atrophié. Il lui était impossible de marcher ; lorsqu’il essayait de le faire il tenait sa jambe avec sa main et se plaignait de sensation pénible dans le genou, L'écartement était de 3/4 de pouce,
11 fut admis dans le service de M, le professeur Lister le 27 septembre 1880, Cinq mois après son accident, le 22 octobre, je pratiquai, dit Lister, sur la rotule, une incision verticale d'environ deux pouces de long. Après avoir coupé le cal fibreux situé entre les fragments, j'avivai les surfaces osseuses et après avoir pourvu au drainage, comme je le fais en cas pareil, je perforai les fragments et je les réunis par un solide fil d'argent. Pendant quatre semaines, rien à noter, aucune élévation de température. J’essayai alors des mouvements passifs que le malade ne put tolérer. Je le mis sous le chloroforme et j’employai une force considérable, le triceps rigide refusa de plier et la torsion du fil céda ; la cicatrice qui était fermée dans toute sa longueur, sauf au point où elle donnait issu au fil, s’ouvrit, Nous entendimes le bruit de l’air qui pénétrait dans l’articulation en même temps que les fragments s'écartaient. J'injectai dans l'articulation une solution antiseptique, précaution que, je l’avoue sincèrement, je regarde aujourd’hui comme ayant été probablement superflue.
Six jours plus tard je fis une seconde opération. De nouveau on donna le chloroforme, je fis une incision semblable à la première; après avoir écarté les lèvres de la plaie, je vis que les extrémités du fil étaient restées en place, prêtes à être de nouveau tordues. J’enlevai une masse considérable de caillots qu’on trouvait entre les fragments et dans l'articulation ; le fil métallique fut tordu et nous eûmes ainsi une seconde opération sur lemême malade. Nous avons ici une courbe de température doublement longue, car nous avons eu pour ainsi dire deux cas réunis en un, mais on peut voir cependant qu’il n’y a eu aucune élévation de température. En temps opportun j'enlevai le fil, mais je m'abstins de tout mouvement passif, et, lorsque la plaie faite pour l'extraction du fil fut cicatrisée, le malade quitta l'hôpital, environ huit semaines après la seconde opération.
Le genou était raide, mais le malade pouvait marcher. J'étais déjà satisfait de ce résultat, puisque, avant l'opération, la marche était impossible, Il revint nous voir le 22 février 1883 et voici la note que je pris à ce moment : « La rotule est absolument normale, sauf une légère irrégularité des deux lèvres de la fracture. Sa surface est complètement lisse, aucun intervalle entre les fragments, il ÿy a évidemment union osseuse, la flexion atteint 60°, l'extension est presque complète. L’été dernier le malade a abandonné son bâton et
mme
repris ses occupations de jardinier. Il ne peut pas s’agenouiller, mais tous les autres mouvements sont possibles ; en mettant sa jambe en légère extension, il franchit une palissade. Pendant la marche la
claudication est à peine perceptible, »
Le Professeur Lister présente son malade à la Société médicale de Londres.
On constate alors que l’opéré fléchit le genou à angle droit, et qu’il marche sans aucune claudication. Il déclare lui-même qu'il est debout toute la journée, et qu’il fait son métier sans fatigue.
Le grand intérêt de cette observation parait résider, dit Lister, dans le progrès survenu sans aucun mouvement provoqué, et comme un simple résultat du travail naturel du membre.