M. H. M -V R T I IS
alors en pleine Terreur, il fut enfermé au Temple d'où il sortit grâce à l'intervention de CoUot d'Herbois dont il avait soigné le fils atteint de pieds bots.
A son retour en Suisse, il reprit l'établissement orthopédique dé Venel à Orbe. Il eut trois élèves : 1" Louis d'Ivernois qui écrivit un essai sur la torsion des pieds (pieds bots) et sur le meilleur moyen de les guérir (Paris, 1817).
2" Mellet, connu par son Manuel pratique d'orthopédie. Paris,
3° Son gendi-e, Ant. Martin de Genève.
C'est sans doute insolemment que Mellet, dans l'ouvage mentionné ci-dessus, se pose comme a le seul dépositaire des moyens inventés par Venel, et peu à peu perfectionnés par Jaccard, » car Ant. Martin, notre père, succéda immédiatement à ce dernier et transporta son établissement orthopédique à Aubonne.
C'est de cette manière que nous possédons le manuscrit du commencement d'un travail a Notice sur le traitement des difformités osseuses » que Venel voulait publier et plusieurs dessins à la plume de cas intéressants, comme pieds bots, genoux cagneux, fléchis, etc.. traités par lui. Il a aussi fait paraître en 1788 une brochure intitulée : « Description de plusieurs nouveaux moyens mécaniques propres à prévenir, borner et même corriger, dans certains cas, les courbes latérales et la torsion de Pépine du dos. »
Brûckner, de Francfort, soigné par Venel pour un pied bot, se consacra à l'orthopédie et la pratiqua en x\llemagne.
Venel traitait les pieds bots et les autres difformités par le massage, les manipulations et l'application d'appareils dont le plus connu est le sabot qui porte son nom. Ses successeurs et d'autres praticiens à leur suite ont employé les mêmes moyens et tous ont obtenu de beaux résultats.
Nous avons adopté la même méthode à laquelle nous joignons l'emploi de l'électricité à courant continu et de celle à courant induit.
Poiu- arriver à des résultats satisfaisants, il est important que les enfants en traitement soient soumis à une surveillance continuelle et pendant un temps assez long, variant, du reste, suivant la difformité.
Aussi, dès le début de notre pratique, nous sentions la nécessité d'un hospice orthopédique, c'est-à-dire d'un établissement pour les enfants de parents pauvres ou peu fortunés. Nous eu fîmes un essai à Aubonne où nous avions repris l'établissement
de notre père Ant. Martin. Plus tard, étant venu nous fixer à Lausanne, nous fûmes appelé à l'Hospice de l'enfance pour soigner quelques cas d'orthopédie.
Dans son rapport de 1872,1e comité de cet établissement, en annonçant qu'il avait établi une section orthopédique de trois lits, exprime le regret de ne pouvoir consacrer plus de places aux déviations et aux difformités de l'enfance, affections si longues à guérir, si fréquentes et qu'il importe de combattre dans le jeune âge.
Chargé de ce service par le comité, nous ne tardions pas a nous assm-er de l'insuffisance du nombre de lits consacrés à cette section.
Désireux de secourir le plus grand nombre possible d'enfants, nous renvoyions les malades avant qu'ils fussent complètement guéris ; mais les parents, ou les personnes auxquelles ils étaient confiés, nous ramenaient les petits patients dans un état si peu satisfaisant, que nous nous étions décidé à les garder jusqu'à giiérisou complète ; il en résultait qu'un grand nombre d'enfants attendaient depuis longtemps leur admission à l'Hospice et que, pendant ce temps, leurs difformités ne faisaient que s'aggraver.
Secondés par quelques amis de Lausanne, nous lançions en mai 1876, une ckculaire dans laquelle nous exposions l'utilité d'un pareil établissement et nous sollicitions les secours des personnes qui voudraient s'y intéresser.
Notre appel fut entendu ; les dons vinrent des cantons de Genève et de Vaud de manière à nous permettre de fonder, la même année, l'Hospice orthopédique de la Suisse romande.
Afin de lui donner le caractère d'institution pubhque qu'il comporte, le comité décida de soumettre les statuts au Conseil d'État qui voulut bien les ratifier. Notre étabhssement fut ainsi reconnu personne morale.
. A l'ouverture de l'Hospice orthopédique en octobre 1876, nous avions 8 lits. Dès lors, les demandes d'admission devenant toujours plus nombreuses, nous avons augmenté chaque ^innée le nombre des lits et maintenant nous pouvons recevoir 30 malades à la fois. Ce chiffre est loin d'être suffisant; plus de 20 enfants, quelques-uns inscrits depuis très longtemps, attendent leur tour pour entrer dans notre étabhssement.
Les traitements orthopédiques auxquels sont soumis nos petits patients, étant ordinairement assez longs, comme le lec-
teur pourra s'en convaincre plus loin, nous leur faisons donner, chaque jour, quelques leçons, afin que leur instruction ne soit pas trop retardée par leur séjour à l'Hospice.
152 enfants ont été traités à l'Hospice pendant les six premières années de son existence : soit 80 garçons et 72 filles. Quant à leur nationahté, nous pouvons les répartir de la manière, suivante :
Vaudois 87, Genevois 15, Neuchâtelois 12, Fribourgeois 5» Valaisans 7, Bernois 10, Zurichois 2, Argovien 1, Thurgovien 1, Français 9, Italiens 3.
Pour les renseignements médicaux, nous reproduisons l'article que nous venons de pubHer dans la Bévue médicale de la. Simse romande, n° du 15 juin 1883 :
L'Hospice orthopédique de la Suisse romande, a été ouvert à Lausanne, en octobre 1876, et pendant les six premières annéesde son existence nous avons eu à traiter 152 enfants, dont lesaffections se répartissent comme suit :
Garçons. Filles.
Pieds bots congénitaux
» » accidentels Paralysie infantile
» progressive
Atrophies musculaires
Contractures
Scohoses
Mal vertébral
Torticolis
Genoux cagneux
Flexion du genou consécutive à une tumeur
blanche
Luxation congénitale de la hanche
Coxalgie
Courbures rachitiques
Relâchement des ligaments
Défaut de conformation
Total.... 152 80 72
Nous clu-ons quelques mots sur chacune de ces maladies, sur le traitement que nous employons dans chaque cas et enfin sur les résultats obtenus.
Nous sommes à une époque où le pansement de Lister a beau- •coup diminué la gravité des opérations, aussi a-t-on peut-être quelquefois abusé de l'instrument tranchant dans certains cas qui relèvent de l'orthopédie. Souvent l'opération peut-être évitée et les mêmes résultats seront obtenus plus lentement, il est vrai, mais sans faire courir- autant de risques au malade, par l'orthopédie non chirurgicale. Il ne sera donc pas inutile de faire connaître les ressources dont dispose cette dernière méthode et d'exposer les résultats obtenus par son emploi.
Cette branche de la médecine a du reste, comme la chù-urgie, fait de grands progrès, grâce aux nombreux travaux qui ont été faits sur les systèmes osseux, musculaires et particulièrement sur le système nerveux, ainsi que sur l'électricité et son emploi thérapeutique.
Par la combinaison des méthodes, par l'emploi simultané des agents thérapeutiques agissant sur tout l'organisme, et de ceux qui ne modifient que les désordres locaux, nous sommes arrivés à des résultats très satisfaisants, sans douleur et sans que la santé des petits patients en ait souffert.
La revue des différents cas de difformités que nous avons eu à soigner, montrera l'efficacité du traitement mis en usage.
La imralysie infantile, causée par une lésion de la moelle, entraînant la paralysie de certains muscles, leur atrophie et les déviations consécutives , est traitée de la manière suivante : l'électricité à courants constants est employée avec prudence pour agu- sur les parties malades de la moelle ; l'électricité à courants induits, le massage, les frictions stimulantes servent à modifier les muscles malades et à fortifier les fibres musculaii-es, restées saines ; enfin les manipulations et l'appUcation raisonnée d'appareils combattent les déformations.
Les résultats obtenus par ce traitement méthodique, sont des plus encourageants.
Nous ne pouvons parler de guérison complète, mais à l'exception de quelques enfants chez lesquels la paralysie était accompagnée de troubles cérébraux, ceux qui en étaient atteints, ont vu à des degrés divers leur condition s'améliorer; tous ceux chez lesquels la déformation rendait la marche impossible, ont
eu leurs membres redressés et n'ont pas tanlé à pouvoir marcher facilement. Chez la plupart d'entre eux, des muscles paralysés ont repris lem- action.
Voici l'observation de quelques-uns de ces petits malades :
Observation I
E. M., petite lille de 3 ans, owt à l'âge de cinq mois des convulsions et pendant une semaine, elle fut alternativement dans un état comateux et convulsif; lorsque ces accidents eurent disparu, les parents constatèrent une faiblesse du bras droit, i'eux mois après, apparurent les premièresdents.
Ce n'est que plus tard, lorsque les parents voulurent faire marcher l'enfant, qu'ils remarquèrent une anomalie dans sa jambe droite; elle ne pouvait la mouvoir. Son pied change peu à peu de forme et devient complètement équin, l'autre devient valgus.
C'est alors que la mère la fait entrer à l'Hospice orthopédique. L'équinisme était à un degré tel que la partie supérieure des orteils touchait le sol. Le redressement du pied était impossible et, si l'on voulait l'obtenir, l'enfant exprimait par ses cris une vive douleur. Nous commentons de suite le traitement indiqué plus haut. Un mois suffit pour permettre de ramener le pied à angle droit, sans douleur et sans elibrt. L'enfant ne pouvait relever la pointe du pied, les extenseurs des orteils et le jambiei" antérieur étant paralysés. Ces muscles ne tardèrent pas à réagir aux courants induits. Dès lors, la lillette fit quelques efforts pour marcher : elle fit de rapides progrès et sortit au bout de 6 mois marchant facilement a l'aide d'appareils prothétiques.
Nous avons revu plusieurs fois cette enfant ; son pied a perdu toute tendance à l'équinisme et les muscles des jambes se sont bien développés. Voir la pl. III, fig. 1, prise d'après la photographie des moulages.)
Observation II
L. A., fillette de 7 ans, a eu à l'âge de deux ans, après s'être amusée dans, l'herbe humide, une paralyse infantile à début brusque.
Lorsqu'elle entra à l'Hospice, la jambe était complètement inerte et l'enfant était obligée de la soulever à l'aide de ses deux mains pour la changer de place. Pour marcher, elle remplaçait très adroitement sa jambe par un bâton qu'elle appuyait sur son sternum ; son membre paralysé oscillait alors comme un pendule. Le pied était complètement tourné en dedans, il reposait à terre sur le côté externe et la partie supérieure des orteils louchait le sol.
La contraction iimsculaire n'est pas réveillée par le courant induit. Sous l'infiuence du traitement mécanique, soit les manipulalions el le sabot de Veiiel, le pied est bien vite redressé, ce qui permet de faire porter à
l-enla,il une hotlino à laquelle est adaptée un appareil. Ceci obtenu, elle peut se mouvoir sans bi\ton. , • „
Après trois ans de traitement méthodique, la fillette peut mouvou sa jambe la lever, la lancer en avant, et enfin peut marcher h pieds nus sans aucun appui, et cependant la réaction des muscles est très faible.
En présence de ces progrès très Ifrnts, il est vrai, mais bien réels, le traitement doit être continué, et en gardant cette enfant dans notre hospice on ne doit pas désespérer d'arriver à une plus grande amélioration. Outre le traitement et les soins hygiéniques, elle y reçoit encore une éducation et une instruction qui lui permettront de gagner sa vie.
Le même mode de traitement, est employé dans les cas d'atrophies musculaires.
Sur neuf enfants atteints de cette affection, huit présentaient l'atrophie plus ou moins prononcée des extenseurs des orteils, des péroniers ou du jamhier antérieur ; chez le neuvième on remarquait l'atrophie du triceps sural.
Voici l'observation du cas le plus grave :
Observation III
• R. S., H ans, est née bien conformée. Lorsqu'elle a commencé à marcher sa mère s'est aperçue qu'elle se laissait tomber sur le côté droit.
Malgré les frictions de graisse contre les décroîts (/) la jambe continua à s'atrophier et le pied se tordit complètement. La jeune fille reposait son membre sur le côté externe et sur la partie supérieure des orteils.
Sous l'influence de notre traitement, le pied fut redressé en 4 mois, et la jambe augmenta de 4 centimètres en épaisseur. Les muscles e.Ktenseurs et les péroniers commençaient à bien réagir à la faradisation et à retrouver leur action quand les parents désireux de reprendre leur fille auprès d'eux, vinrent la chercher. Elle est sortie de chez nous portant un appareil adapté à sa bottine et destiné à lui maintenir le pied dans une l)onne position.
Nous avons revu cette jeune fille, deux ans après sa sortie de l'Hospice; son pied allait toujours bien et l'atrophie des muscles n'avait pas augmenté. (Planche III, fig. 2, d'après la photographie.)
Sauf l'enfant dont le triceps sural était atrophié et qui n'est resté que deux semaines en traitement, les 7 autres malades atteints d'atrophies musculaires, ont été ou guéris ou améliorés.
Quatre enfants présentant de la paralysie -progressive générale, ont été traités de la même façon, mais sans qu'il en soit
résulté pour eux une amélioration. La maladie cependant, a été jusqu'à un certain point enrayée dans sa marche chez deux d'entre eux.
Nous modifions ce traitement dans les cas de contractures.
La faradisation est supprimée et l'emploi du courant constant est plus généralisé ; nous supprimons également les frictions stimulantes poui- nous borner au massage, aux manipulations et aux appareils.
De même que pour les paralysies, il faut persévérer quelquefois plusieurs années avant d'arriver à des résultats satisfaisants.
Observation IV
L. M., jeune fille de 20 ans est venue au monde bien conformée et dans de bonnes conditions. Cependant elle ne commence à marcher qu'à 3 ans et pendant quelques années, elle ne peut se mouvoir qu'en se tenant aux meubles ; à l'âge de 10 ans, il ne lui est même plus possible de prendre cet exercice.
A partir de ce moment, les genoux se fléchissent, les pieds se dévient et à 20 ans ne pouvant se mouvoir qu'à l'aide de béquilles, elle est envoyée à l'Hôpital cantonal à Genève.
Voici l'observation prise dans cet établissement :
L. M., lille forte et robuste.- ayant l'apparence d'une santé brillante, teint rose et frais, buste et partie supérieure du corps parfaitement développés.
Les extrémités inférieures sont inégalement développées. Les cuisses sont bien musclées. Les mollets au contraire, le sont beaucoup moins, sans être cependant atrophiés. Les genoux sont tous deux bien conformés, mais sont tous deux fléchis à angle obtus, le gauche l'est un peu plus que le droit.
A la partie postérieure, les tendons de la patte d'oie et du biceps font une saillie et donnent la sensation de cordes extrêmement tendues. Cette tension s'exagère encore quand on essaie d'étendre les genoux, ce qui n'est du reste possible que dans une limite très restreinte. Les mollets, nous l'avons dit, sont bien conformés, mais un peu atrophiés.
Les deux pieds présentent la disposition de pieds bots varus-équins. Le gauche présente cette disposition beaucoup plus fortement que le droit.
Pendant la marche, la malade ne repose que sur l'extrémité des métatarsiens et sur les orteils ; en outre les deux pieds dévient en dedans ; le pied gauche surtout de telle sorte que son extrémité rencontre presque le voisin.
On essaie en vain l'extension forcée pendant l'éthérisation ; la section du tendon des biceps est pratiquée ; l'extension devient alors possible.
«uoiqiie avec beaucoup de peine, puis on place deux appareils composés d'un pansement de Lister modifié, avec une attelle postérieure, allnnt du tnlon k l'ischion et fixée par des bandes de tarlatane.
21 jours après on enlève l'appareil : les genoux sont un peu moins fléchis, mais la différence est très peu sensible. L'état des pieds est le
même. . n, t i
La jeune lille ne peut plus marcher même avec ses béquilles. C est alors
qu'elle entre à l'Hospice orthopédique.
Dès que les eschares, occasionnées par les attelles, furent guéries, nous commençâmes le traitement, qui consista dans l'emploi du courant continu, des manipulations et l'application d'appareils destinés à redresser les membres inférieurs.
Après 8 mois de ce traitement, la jeune fille avait retrouvé assez de mobilité et de force dans ses jambes pour pouvoir faire quelques pas sans aucun appui : elle pouvait en effet, les étendre d'elle-même et ses pieds étaient assez redressés pour que la plante reposât sur le sol.
Dès lors son état s'est toujours amélioré et maintenant elle peut, à l'aide d'appareils légers adaptés à ses bottines, marcher facilement et même monter et descendre les escaliers.
Nous obtenons les mêmes résultats sur un garçon de 6 ans qui est à l'hospice depuis une année.
Les pieds lots congénitaux sont traités d'après les mêmes principes que les pieds bots paralytiques.
Au lieu de débuter par la ténotomie et de placer le membre dans un appareil inamovible (deux causes d'affaiblissement des muscles), nous cherchons comme dans les cas de paralysie infantile, à fortifier les muscles affaiblis au moyen du courant induit, des frictions stimulantes et des massages, et à combattre la rétraction musculaire au moyen des courants constants, des manipulations et des appareils.
C'est le sabot de Venel (1780), modifié par Jaccard d'Orbe (1810) son successeur et neveu, que nous employons de préférence.
Cet appareil simple présente toutes les conditions favorables au traitement. Il peut s'enlever et se remettre aisément, ce qui facilite la répétition des manipulations pendant la journée ; le praticien peut se rendre compte du degré d'action qu'il fait supporter au membre du petit patient; enfin le sabot permet aux enfants de marcher, de courir et de s'ébattre aussi bien en plein air que dans la maison.
Dans le traitement des pieds bots congénitaux, on peut distinguer deux périodes : 1" celle du redressement dont la durée varie suivant le degré de la difformité et sa cause et suivant l'âge du sujet; 2° celle de la convalescence. Celle-ci beaucoup plus longue que la première varie aussi suivant la constitution de l'enfant et peut dui-er jusqu'à l'âge de 12 ans pour les uns, de 15 ans pour les autres, autrement dit jusqu'à ce que l'ossification du pied soit complète.
L'âge le plus favorable pour commencer le traitement est celui de 20 mois à 2 ans. Il n'est cependant pas possible d'établii- une règle générale, comme on pourra en juger par les observations que nous donnons plus loin.
Nous distinguerons les pieds bots congénitaux en paralytiques et accidentels.
Cette division nous paraît assez pratique.
Voici l'observation d'un enfant présentant le cas de pieds bots^ congénitaux paralytiques:
Observation V
H., 9 ans, garçon fort et robuste est venu au m )nde avec un doublepied bot varus et une main bote.
Traité d'abord par l'extension forcée et les appareils plâtrés, puis par le massage, les manipulations et enfin, par la section des tendons d'Acbiile et du jambier entérieur, cet enfant présente à l'âge de 9 ans des pieds à peu près redressés, il est vrai, mais complètement immobiles- L'articnlation tibio-tarsienne est comme ankylosée et les muscles ont perdu toute action ; ils ne réagissent pas même au courant induit.
La main présente toujours le caractère de la main paralytique dans le^ cas d'hémiplégie.
Nous traitons cet enfant pendant sept mois ; les articulations des pieds commençaient à avoir un peu de mouvements, les muscles à réagir, mais les parents perdirent patience et il partit avec une amélioration assez notable pour pouvoir bien augurer d'un traitement prolongé.
Nous avons eu ici à faii-e évidemment à un cas de pieds bots congénitaux paralytiques pour lesquels il aurait fallu employer tout d'abord l'électricité, les manipulations, la gymnastique bien plutôt que les sections tendineuses et l'immobilité qui ont été si funestes.
Obsekvation VI
Ë. A., garçon de 12 ans, nsl né avec un pied bot varus. On lui fait lu
section du tomlon d'Achille îi TAj^e d'un m. Lorsqu'il outre à l'Hospice orthoprdique. il repose le pied sur le côté externe ; il reste une année et il s'en va ayant son pied tout à fait redressé et pouvant faire tous les mouvements, normaux. (Planche IIL lig. 3, d'après les photographies.)
Observation VII
H B , 9 ans, garçon bien portant et robuste, n'a pas subi de traitennont avant d'entrer àVHospice où il reste 5 mois. Il sort ayant son pied bien redressé et ayant repris tous les mouvements normaux, (t^l. III, fig. 4, d'après les photographies.)
Observation VIII
F. B., Jillette de 2 ans, faible et chétive ayant un double pied bot varus. Elle res'te 18 mois à l'Hospice. Lorsqu'elle s'en va ses pieds étaient bien redressés, mais ils n'étaient pas guéris. (Pl. HI, lig. 3, d'après les photographies.)
Eu tout, uous avous eu à traiter 37 cas de pieds bots congéuitaux et tous ont été ou guéris ou améliorés.
Les pieds bots accidentels ont été traités d'après le même principe, mais avec quelques modifications suivant leur cause.
Un garçon de 7 ans, avait eu par suite d'un accident, la jambe écrasée et les muscles du mollet en partie enlevés; il s'était formé un pied équin tel que, lorsque l'enfant voulait poser son pied à terre, on trouvait 5 cent, du talon au sol. Il reste 7 mois à l'hospice et il en est sorti pouvant bien reposer la plante du pied et ayant retrouvé les mouvements de l'articulation tibiotarsienne.
Un autre enfant avait reçu un coup de faux qui lui avait coupé les tendons des péroniers; malgré les soins qui lui furent donnés aussitôt après l'accident, la continuité de ces tendons ne se rétablit pas et le pied se touiiiait toujours en dedans; il n'y avait pas de traitement possible, aussi avons-nous fait faire simplement un appareil destiné à maintenir le pied dans une bonne position.
Deux jeunes filles avaient chacune un pied bot valgus douloureux. Après un traitement consistant en manipulations, faradisation du long péronier latéral et du jambier antérieur et action du sabot de Venel, elles purent avec des chaussures ad hoc, reprendre leurs occupations au bout de trois semaines.
Une autre jeune fille de 16 ans forte et très grande pour sou
âge, s'était fait une entorse après laquelle malgré divers traitements elle ne put, durant une année marcher sans ressentir de vives souffrances. Après 15 jours du traitement indiqué pour le pied bot valgus douloureux, elle put de^ nouveau marcher aisément et sans douleur.
Les déviations de la colonne vertébrale sont traités différemment suivant leurs causes. Ainsi dans le cas de courbures par flexion, si fréquentes chez les jeunes gens et surtout chez les jeunes filles, il suffira de fortifier le système musculaire pour obtenir le redressement durachis; la gymnastique, les exercices de tout genre, les bains froids, les douches, le régime tonique, seront suffisants, si l'on s'y prend de bonne heure.
Dans les courbures par déformation, qui sont produites par une altération osseuse, le traitement est plus comphqué. Outre le traitement général pour les courbures par flexion, nous employons alors les moyens mécaniques : la suspension Sayre, le plan incliné avec pressions latérales et les corsets orthopédiques.
Pour obtenir une guérison radicale, il faudrait pouvoir commencer le traitement avant que les lésions fussent trop considérables ; malheureusement nos malades entrent à l'hospice dans une période trop avancée et nous ne pouvons mentionner que des améliorations dans les 16 cas de scoliose que nous avons eu à traiter.
Nous avons obtenu de bons résultats en traitant les torticolis de la même manière.
Sur les quatre enfants atteints de cette difformité, trois présentaient le torticolis musculaire.
Le quatrième, petite fille de 5 ans, avait, par suite d'une affection non caractérisée, une inclination de la tête à gauche, si forte, que celle-ci reposait sur l'épaule; il était impossible à l'enfant de faire le moindre mouvement avec le cou. En agissant doucement par le moyen d'un appareil, en employant avec prudence la suspension Sayre et en pratiquant de légères manipulations, nous sommes arrivés en une année à lui redresser la tête et elle peut maintenant faire facilement d'elle-même tous les mouvements du cou. (Pl. III, fig. 6, d'après les photographies.)
Les vices de conformation des genoux chez les rachitiques ou chez les eufants faibles, proviennent, comme les déviations de la colonne vertébrale par déformation et les courbures des os longs, d'une altération spéciale du système osseux et nécessitent un traitement général fortifiant et antirachitique en même temps qu'un traitement tout mécanique et local.
De même que pour les pieds bots, il y a deux périodes bien distinctes dans le traitement des genoux cagneux (genuvalgwn): celle du redressement variant de 1 à 3 mois suivant le degré de la déviation et celle de la convalescence beaucoup plus longue et dépendant de la constitution de l'enfant.
Voici l'observation de deux de ces cas :
Observation IX
S. C, fillelte de S ans, mal soignée dans sa première enfance, a les genoux cagneux à un tel degré que lorsqu'ils se touchent, il y a 25 centimètres entre les deux malléoles internes. Elle reste 11 mois à l'Hospice et s'en va guérie en 1879. Nous l'avons revue souvent depuis sa sortie et elle va bien. (Pl. lil, fig. 7, d'après les photographies.)
Observation X
F. S., jeune fille de 16 ans, a été traitée sans succès précédemment ait moyen d'appareils. On trouve 20 cent, d'écartement entre ses deux malléoles internes.
Après 6 mois de traitement, ses jambes sont redressées, mais lorsqu'elle s'en est allée, après un séjour d'un an à l'Hospice, la période de convalescence n'était pas terminée.
Les quatorze autres enfants présentant la même difformité, avec un écartement des pieds, variant de 6 à 18 cent., ont été tous guéris.
Parmi ceux-ci, il y en a deux qui avaient des courbures rachitiques très prononcées des fémurs et des tibias. Elles ont considérablement duninué sous l'influence du traitement destiné essentiellement à la déviation des genoux.
Nous voyons donc que les courbures rachitiques peuvent être avantageusement modifiées et même quelques fois guéries parles moyens mécaniques, mais surtout à la condition que le traitement général et une bonne hygiène viennent à leur secours.
Les maladies des os et des articulations, le mal vertébral, les
tumeurs blauches et les arthrites, principalement celles du genou et de la hanche, ne sont pas tout à fait du domaine de l'orthopédie, mais elles occasionnent souvent des difformités que cette, branche de la médecine peut soulager si ce u'est guérir.
Les enfants atteints de mal vertébral que nous avons soumis avec prudence au traitement par la suspension Sayre et par l'application d'un appareil de gypse ou de feutre, ont vu leur état s'améliorer.
Nous préférons les corsets de feutre à ceux de gypse, les premiers ayant l'avantage d'être plus légers et de pouvoir s'ôter et se remettre facilement.
Nous ne ferons que mentionner le cas d'une petite fille affectée d'une luxation congénitale de la hanche, et, restée trop peu de temps à l'Hospice pour qu'on ait pu obtenir un résultat satisfaisant, et celui d'un garçon chez lequel un repos d'un mois fit disparaître tous les symptômes d'une coxalgie commençante.
Nous voulons insister davantage sur celle de ces difformités que les chirurgiens abandonnent le moins au traitementpar l'orthopédie, c'est-à-dire la flexion du genou consécutive à une tumeur blanche ou à une arthrite. Douze enfants ont été soignés à l'Hospice poui- cette affection et toujours suivant la même méthode : l'extension lente et continue au moyen d'un appareil que nous avons fait faire dans ce but. Cet appareil est basé sur l'importance de laisser à l'articulation malade une certaine mobilité et de la soustraire au poids du corps.
Nous y joignons aussi l'emploi de l'électricité à courant constant et de celle à courant induit, les frictions, les massages ej les manipulations pour combattre les contractures et les atrophies inévitables dans une affection du genou.
Observation XI
C. D., garçon de 9 ans. Après une chute qu'il lit à l'âge de 6 ans, son genou augmenta de volume et devint le siège d'une tumeur blanche à la suite de laquelle sa jambe fléchit de manière à former un angle de 65°.
Deux chirurgiens conseillèrent la résection du genou ou l'amputation de la jambe : c'est alors qu'on fait entrer le petit malade à l'Hospice de l'enfance à Lausanne, pour qu'il y subisse cette opéralion.
Différentes circonstances en retardèrent l'exécution et pendant ce temps l'enfant nous fut confié. Nous commençons le traitement en juillet 1879 et en novembre de la même année, ce garçon pouvait poser son pied sur le sol et marcher .sans appui et sans npparcil. Nous laissons une légère
tlexiou au ^onou pour faciliter la marche que l'immobililé de l'articulation r.MKl un peu pénible et par précaution nous faisons porter a 1 enfant un appareil pour éviter les coups et les mouvements brusques clans
le L'enou. „ t
Il V a quatre ans que cet enfant nous a quitté, nous l avons revu et
nous ^a vous constaté que la rectitude du membre s'était maintenue sans
que l'inflammation ait reparu dans le genou. Son infirmité ne l'a pas euipéché de faire une course de montagne ou il
a marché cinq heures de suite sans ressentir de fatigue. (Pl. 111, hg. 8,
d'après les photographies.)
Observation XII
A. C, fillette de 7 ans. eut une tumeur blanche du genou à la suite de laquelle la jambe sé fléchit.
La résection fut conseillée, mais les parents préférèrent soumettre leur enfant à un traitement orthopédique. A son entrée à l'Hospice, Tangle de flexion du genou était de 60° ; lorsqu'elle en sortit, il était de 155°.
Il n'a pas été possible de ramener la jambe dans une rectitude absolue, la partie supérieure de la rotule étant soudée à la partie antérieure de la facette inférieure du condyle du fémur, de manière à faire un obstacle contre lequel buttait le bord antérieur de l'extrémité supérieure du tibia.
Les dernières nouvelles que nous avons eues de cette enfant était bonnes. Elle marchait facilement et ne ressentait aucune douleur dans le genou.
Observation XIII
J. C, jeune fille de 21 ans, avait, par suite d'une arthrite rhumatismale, une flexion du genou et l'immobilité de cette articulation.
Après six mois de traitement à l'Hospice orthopédique, la jambe était à peu près redressée et l'articulation avait retrouvé quelques mouvements. Depuis sa sortie (il y a 18 mois), la malade a mis de.côté son appareil, elle marche facilement, et la mobilité est tout à fait revenue dans le genou.
Quant aux autres cas, les résultats ont été en général satisfaisants, mais, il y a trop peu de temps que nous les avons en traitement pour pouvoir nous prononcer d'une manière définitive.