HISTORIQUE
Nous ne reprendrons pas ici l'historique complet du traitement du placenta vicieusement inséré; le traité de TARNIER et BUDIN, les thèses de DESSOUBRY et de MAYER, le récent rapport de PAUCOT et REEB au dernier congrès des Gynécologues et Obstétriciens de langue française fournissent à ce sujet tous les renseignements désirables.
Mais, si nous résumons cet historique, nous voyons qu’en réalité, on peut diviser l’étude du traitement du placenta prævia en trois périodes.
Une période empirique, clinique,
Une période anatomo-pathologique et physiopathologique,
Une période opératoire.
La première période, qui va d'Ambroise PARÉ et de GUILLEMOT jusqu’à BARNES : Constatation des hémorragies, essai de thérapeutiques variées.
Dans la deuxième période, BARNES décrit le segment inférieur, précise ses limites et montre les causes réelles de l’hémorragie.
Enfin, troisième période, période moderne. C’est la
période opératoire rendue possible grâce aux découvertes de Pasteur.
ee D —
La première période nous apporte simplement des Procédés thérapeutiques qui, désastreux à cette époque, seront repris par la suite, lorsque l’antisepsie et l’asepsie les rendront inoffensifs. Méthodes basées sur l’observation clinique et destinées purement et simplement à arrêter l’hémorragie.
Ces méthodes qui sont toutes tombées, d’abord, en désuétude, pour être reprises actuellement, sont celles dont on se sert aujourd’hui, mais avec les opérations chirurgicales en plus.
C’est la dilatation forcée avec Ambroise PARÉ et GUIL- LEMOT. Terrible, à cette époque, dans ses résultats, par suite de lésions du col et des vaisseaux dans un foyer infecté.
C’est la rupture, ou plutôt la ponction des membranes que pratique MORICEAU, timidement, sans qu’il se rende compte du mode d’action du procédé.
PORTAL et PUZOS vont y ajouter l’abaissement d’un pied (version par manœuvres mixtes), mais les résultats ne seront pas meilleurs.
C’est LEROUX qui va essayer du tamponnement vaginal avec des lambeaux d’étoffe graisseux qui deviendront plus tard la fameuse queue de cerf-volant. Les résultats seront toujours les mêmes, la mort par infection.
Nous arrivons, ainsi, à la période moderne avec BARNES, TARNIER, BUDIN, PINARD. C’est l’étude du segment inférieur, c’est la deuxième période, période anatomo-clinique.
Que va-t-elle apporter de nouveau au traitement ? Uniquement une connaissance plus précise de l’hémor-
ragie et un emploi plus judicieux des traitements précédents.
BARNES a montré comment se faisait l’hémorragie. Il a décrit le tiraillement du placenta par suite de l’inextensibilité des membranes.
PINARD va reprendre la perforation de MORICEAU, mais il la fera plus large et il dilacérera les membranes et, dans les insertions latéro-vaginales, i] obtiendra de bons résultats.
BRAXTON HICKS, en 1864, va perfectionner la méthode de PORTAL et PUZOS, avec sa version par manœuvre mixte.
BARNES va proposer le décollement partiel du placenta auquel, un peu plus tard, SIMPSON préfèrera le décollement total et son extraction avant le fœtus.
Mais tous ces procédés, toujours dangereux pour la mère à cause de l’infection, sont irrémédiablement mortels pour l’enfant.
Alors, nous voyons reprendre le tamponnement vaginal avec TARNIER.
Nous allons voir la méthode des ballons avec CHAMP- TIER DE RIBES. Tandis que chez BRAXTON HICKS, le fœtus servait d'agent compresseur, on va demander au ballon de faire la compression et de réserver ainsi la possibilité de sauver les enfants.
La méthode d'accouchement forcé va même reprendre de la vogue :
Avec BONNAIRE : Dilatation manuelle.
Avec Bossi : Dilatation instrumentale.
Mais tous ces procédés, quels qu’ils soient, restent dangereux, parce qu’ils sont trop offensants pour les parties maternelles, amenant des délabrements sérieux
toi
et des hémorragies secondaires plus graves que les hémorragies du placenta praévia, ou bien, et surtout, déterminent des infections graves telles que l’on peut dire que les femmes meurent plus d'infection que d’hémorragie.
Cependant, nous voyons renaître aujourd’hui la méthode de la dilatation forcée, grâce au procédé du professeur DELMAS, de Montpellier. |
Nous arrivons ainsi à la troisième période, qui commence avec les découvertes de PASTEUR, aux environs d£ 1890, et qui va aboutir au xXx° siècle, avec l’asepsie et l’antisepsie, au développement des procédés chirurgicaux devenus possibles et dont les résultats sont aujourd’hui des plus encourageants.
C’est ainsi qu’on été pratiquées successivement la césarienne haute, la césarienne vaginale et enfin la césarienne supra-symphysaire, dernière venue, qui est aujourd’hui l’objet de discussions et semble s'imposer de plus en plus.
A elles s'ajoute l'opération mutilatrice : l’hystérectomie dans les cas graves.
Les moyens thérapeutiques actuels sont donc
Les procédés obstétricaux,
Et les procédés chirurgicaux.
A chacun de ceux-ci correspondent des indications cliniques diverses.
Faut-il rejeter les uns, pour n’admettre que îÎc: autres ?
Faut-il être éclectique ? C’est ce qu'ont cherché à montrer dans leur thèse MAYER et DESSOUBRY et dans leur rapport PAUCOT et REEB.