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Du traitement médical des calculs urinaires et particulièrement de leur dissolution par les eaux de Vichy et les bi-carbonates alcalins

La dissolution des calculs urinaires a été , de tout temps, un objet de recherches et de méditations pour les médecins; mais tant qu’ils furent réduits à former des hypothèses sur la nature de ces concrétions, ils ne

(i) Les autres propriétés des eaux de Vichy sont beaucoup mieux et beau» coup plus anciennement connues que celle de dissoudre les calculs urinaires; c’est pour cette raison que j’ai cru devoir m’en occuper d’abord sous ce dernier rapport. Depuis des siècles f par exemple, leur réputation est établie et parfaitement méritée contre les affections chroniques du foie , les engorgemens de cet organe, ceux de ia rate, les coliques hépatiques, les gastrites et gastro- entérites chroniques , et, en général , contre toutes les affections chroniques des organes du bas-ventre, pourvu que l'inflammation soit calmée autant que possible , et que, dans les cas d’engorgement, il n’y ait point encore dégénération cancéreuse. C’est surtout dans ces différens cas que M. Lucas qui en connaissait si bien toutes les applications, en a obtenu les nombreux succès qui lui ont mérité la grande réputation quM avait, acquise.

purent nécessairement qu’essayer des remèdes au hasard, sans autre guide qu’un aveugle empirisme. Ce ne fut qu’à l’époque ou la chimie vint éclairer cette partie si importante de la science, qu’il fut possible de tenter rationnellement l’emploi des dissolvans, et de concevoir l’espérance, au moins dans quelques cas, d’éviter la cystotomie , opération toujours douloureuse et souvent mortelle.

On ne trouve en effet dans les auteurs anciens , sur la nature des calculs , que les hypothèses les plus erronées et poussées quelquefois jusqu’à l’absurde, surtout depuis Galien jusqu’à Paracelse. Ce dernier, par exemple, les croyait formés de résine animale durcie par T esprit d'urine. V an Helmont, qui vivait au commencement du dix-septième siècle, donna une idée assez exacte de leur formation , en la comparant à la cristallisation du tartre dans le vin. Depuis, un grand nombre d’observateurs, parmi lesquels on remarque Haies, Boyle et Boerhaave , émirent encore, sur la composition de ces corps étrangers, diverses opinions qui ne méritent pas d’être rapportées.

Cette ignorance des anciens sur la composition chimique des calculs , n’est pas faite pour donner une liante idée des dissolvans ou lithontripüques qu’ils leur opposaient ; cependant on ne peut trop louer la persévérance qu’ils mirent dans leurs recherches. Ils essayèrent une foule de remèdes. Souvent , parce que l’un d’eux avait produit ou paru produire , dans quelques cas, l’effet qu’ils en attendaient, ils crurent avoir trouvé un dissolvant infaillible, qu’ils ne manquaient pas alors de préconiser comme devant réussir contre tous les calculs; mais comme il ne tardait jamais à se présenter des cas dans lesquels ce remède trompait leur attente , il perdait bientôt de son crédit, et tombait même ordi-

nairement dans mie défaveur d’autant plus complète 2 qu’il avait été d’abord accueilli avec plus d’enthousiasme. Ce qui explique ces résultats, c’est que le plus souvent ils employèrent pour de véritables lithontriptiques , de simples diurétiques, qui n’avaient une certaine action, sur les calculs, que parce qu’ils augmentaient la partie aqueuse de l’urine, qui est dans ce cas le seul dissolvant. On conçoit que de semblables moyens ne pouvaient pas procurer de grands succès, surtout contre les calculs un peu volumineux ; cependant il est incontestable qu’ils produisaient souvent un soulagement très marqué. C’est ainsi qu’agissait la décoction de raisin d’ours si vantée par de Haen , de même qu’un grand nombre d’autres médicamens qui ont été successivement décorés du nom de lithontriptiques.

A force de multiplier les essais, les anciens rencontrèrent cependant quelques dissolvans d’une efficacité réelle, dont la chimie nous a depuis révélé le mode d’action, et qui sont restés clans la pratique. Leurs recherches, tout empiriques quelles étaient, les conduisirent même à un résultat qu’il est bon de faire remarquer en passant , c’est que, de tous les remèdes qu’ils employèrent, les seuls qui aient eu des succès incontestables, étaient des remèdes alcalins, c’est-à-dire de même nature que ceux que nous employons aujourd’hui. Ainsi les coquilles d’escargot , recommandées par Pline ( Historia naturalisa lib. xxx , cap. vin), et, au commencement du dix-huitième siècle , le remède de mademoiselle Steevens, composé de coquilles d’œufs et de savon, n’agissaient que par le sous-carbonate de chaux qui en fait la base.

Mademoiselle Steevens employait d’abord les coquilles d’œufs seules, elle n’y ajoutait du savon que pour faire cesser la constipation. Dans la suite , elle y mêla des h-

snaçons brûlés jusqu’au noir, une décoction de fleurs de camomille, de fenouil et de persil, ingrédiens qui ne pouvaient que compliquer le remède, sans rien ajouter à ses propriétés lithontriptiques. Quoi qu’il en soit, ce remède acquit par ses succès une si grande célébrité , qu’en 1789, comme on craignait généralement que la formule n’en fût pas rendue publique, le parlement nomma une commission de vingt-deux membres pour l’examiner , et que, sur le rapport avantageux qu’ils en firent, on Tacheta 5ooo liv. sterling. L’Académie des sciences , qui avait pris un vif intérêt à ce qui se passait en Angleterre , fit faire aussi des expériences , et Morand ; son commissaire , soumit bientôt un assez grand nombre de calculeux à l’usage de ce remède. Quelques-uns furent guéris et d’autres considérablement soulagés. Des calculs, extraits de sujets qui en avaient pris pendant quelque temps , semblèrent , à Lentaud et à Morand, comme vermoulus à leur surface. Morand soupçonna que la chaux, qui entre dans la composition des coquilles d’œufs , était la partie active du remède de mademoiselle Steevens. Haies, en Angleterre, fît des expériences à ce sujet, et, quelque temps après, Wbytt publia plusieurs exemples de guérisons qu’il avait obtenues par l’eau de chaux seule, employée à la dose d’une pinte et demie à deux pintes par jour.

Tel était à-peu-près Fétat de la science, lorsqu’en 5776, Scheele publia , dans les Transactions de Stockholm , son travail sur l’analyse des calculs urinaires. C’est de là seulement que datent nos connaissances sur la nature chimique de ces concrétions. Mais il arriva ■que tous les calculs que ce célèbre chimiste soumit à l’analyse , se trouvèrent composés d’une matière concrète particulière, qui reçut le nom à’ acide lithique , et que nous connaissons maintenant, d’après le docteur Pear-

son, sous celui d’acide urique; d’où il conclut que touâ les calculs étaient produits par cet acide. Il reconnut que cette substance était soluble dans les lessives alcalines , que l’urine humaine la contient toujours en plus ou moins grande quantité , et qu’elle s’en sépare souvent, par l’effet du refroidissement, sous la forme d’un sédiment couleur de brique. Bergman et Morveau confirmèrent bientôt la découverte du chimiste suédois ; mais le premier ayant rencontré un calcul formé de phosphates, il fut reconnu que la composition de ces concrétions pouvait varier. Les expériences se continuèrent de toutes parts, et, en 1797 , Wollaston trouva dans la composition des calculs, indépendamment de l’acide urique et du phosphate de chaux, un mélange de ce dernier sel et de phosphate ammoniaco-magnésien (calculs fusibles), le phosphate ammoniaco-magnésien pur, et l’oxalate de chaux (calculs mûraux). Presqu’en même temps Fourcroy et Yauquelin , ayant invité les médecins à leur remettre des calculs pour une analyse qu’ils se proposaient d’en faire, en réunirent six cents, et furent par conséquent à même d’en observer un grand nombre de variétés. Ils trouvèrent , outre les substances que Wollaston avait luùmême rencontrées, de l’urate d’ammoniaque, et, dans deux cas, de la silice. Quoique le carbonate de chaux soit très rare dans les calculs de l’homme, Proust en a trouvé un qui n’était composé que de ce carbonate, avec une faible trace d’urate de chaux. Il dit en avoir vu un autre, pesant sept onces et contenant 0,8 de carbonate de chaux , et 0,2 de sousphosphate de chaux, sans trace d’acide urique. Ce sel a été rencontré depuis par Cooper, Prout, Smith, et en dernier lieu par Frommherz. En i8ro, Wollaston publia, dans les Transactions philosophiques , la description d’un nouveau principe constituant des calculs un»

naires, auquel il donna le nom d'oxide cyslique. Marcct a décrit aussi un nouveau calcul qu’il a appelé oxide xantique (de Çavôoç, jaune), parce que la dissolution de cette substance, dans l’acide nitrique, laissait, après l’évaporation, un résidu jaune; il a même décrit une autre matière qu’il a également trouvée dans la vessie de l’homme, et qui lui a paru être de nature fibrineuse. Berzelius élève quelques doutes sur la nature assignée par Marcet, à ces deux substances; cependant M. le professeur Laugier a analysé une concrétion urinaire qui avait tous les caractères du calcul xantique de Marcet. M. Magendie ( Recherches physiologiques et médicales sur les causes , les symptômes et le traitement de la gravelle , Paris, 1828; et Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique , Paris, 1 833 ) a observé plusieurs fois une espèce de gravelle fort singulière qu’il a appelée gravelle pileuse , parce que la matière saline qui la forme, et qui paraît être ordinairement composée de phosphate de chaux, de phosphate de magnésie et d’un peu d’acide urique, est mélangée avec des poils plus ou moins longs, et plus ou moins abondans. Enfin , Lindbergson a reconnu, dans un calcul urinaire, de l’urate de soude et du carbonate de magnésie.

Ces recherches de la chimie moderne ont puissamment contribué à éclairer les médecins sur les meilleurs moyens à employer pour dissoudre les calculs. Il a été enfin possible de procéder rationnellement, et alors un grand nombre de praticiens se sont occupés de ce sujet intéressant; mais c’est surtout aux recherches physiologiques et médicales de M. Magendie, que nous sommes redevables des progrès que le traitement des affections calculeuses a faits depuis quelques années, et particulièrement de mieux savoir combiner, dans les différens cas, le régime et les boissons. M. d’Arcet a aussi rendu un

éminent service a cette partie de la science, en démontrant par les observations qu’il fit aux eaux de "Vichy, en 1824 et 1825, la facilité avec laquelle ces eaux , prises en boisson et même seulement en bains , rendent l’urine alcaline , et l’innocuité pour la vessie de cette alcalinité, quoique prolongée souvent pendant plusieurs mois. « Il « est, dit-il, hors de doute que l’on peut alcaliser l’urine « dans la vessie, sans danger, pourvu que l’on fasse cc usage, pour produire cet effet , des bicarbonates alcc câlins, et qu’on en aide l’action dissolvante par des « boissons chargées d’acide carbonique. Les travaux de « Wollaston, de Fourcroy, de Yauquelin, de Mascagny, « de Luiscius, de Brande, de Home, de Hatchett, de « Marcet , de M. Magendie, etc., avaient déjà fait con- <c naître les avantages que peut présenter l’emploi des « alcalis, soit purs, soit carbonatés , dans le traitement « des affections des voies urinaires; mais je crois qu’il cc est permis d’espérer plus de succès de ce mode de cc traitement , maintenant que Finfluence de l’acide carcc bonique y est mieux appréciée, et que l’innocuité des cc bi-carbonates alcalins se trouve démontrée par tout cc ce que nous avons dit. Ce qu’011 observe dans les éta- <c blissemens thermaux où se trouvent des eaux alcalines cc gazeuses, dans les fabriques de soude factice et de sel cc de soude, en Angleterre où l’on consomme une si cc grande quantité d’une eau alcaline gazeuse , connue cc sous le nom de soda water , et lorsqu’on fait usage cc des pastilles alcalines, indique la possibilité d’obtenir cc de grands succès en examinant de nouveau, avec plus cc d’exactitude et de hardiesse qu’on ne l’a fait jusqu’ici, cc le traitement du calcul, de la gravelle et de la goutte, cc par le moyen des dissolvans chimiques. » { Annales do chimie et de physique , 1826.)

Principaux caractères de la gravelle et des calculs .

Voulant me renfermer autant que possible dans le sujet de ee mémoire, je ne m’occuperai pas de tous Ses symptômes qui peuvent accompagner la gravelle et Ses calculs; je me bornerai à en exposer les principaux caractères , et particulièrement ceux qui peuvent en faire reconnaître les différentes especes.

La gravelle n’est autre chose que le premier degré des calculs ; elle n’en diffère que parce que les graviers qui la composent n’ont pas assez de volume , pour ne pouvoir pas le plus souvent parcourir les voies urinaires et être entraînés par le jet d’urine. La grosseur, la forme et l’aspect extérieur de cette espèce de sable sont très variables. On le rend quelquefois sous forme de petits cristaux anguleux; ordinairement, néanmoins, il est plus ou moins arrondi. Ces graviers se forment quelquefois dans la vessie, mais le plus souvent dans les reins ou ils séjournent plus ou moins , d’où ils se détachent ensuite et descendent dans la vessie en parcourant les uretères, mais non pas toujours sans les douleurs les plus vives. Il arrive cependant quelquefois qu’il en reste dans les reins où ils peuvent acquérir un volume considérable, et déterminer les accidens les plus graves.

M. Magendie établit sept espèces de gravelle: i° gravelle rouge ; 2° gravelle blanche ; 3° gravelle pileuse; 4° gravelle grise ; 50 gravelle jaune; 6° gravelle transparente ; 70 gravelle multiple .

La gravelle rouge ou d'acide urique est la plus commune de toutes; elle est ordinairement, comme l’indique son nom, d’une couleur rouge plus ou moins foncée, quelquefois d’un jaune pâle. La gravelle blanche se présente, suivant M. Magendie , tantôt sous la forme d’une

poussière blanche ou blanchâtre qui se dépose en quantité plus ou moins considérable au fond du vase qui contient l’urine , tantôt sous celle de graviers de forme irrégulière, anguleuse, et de consistance variable. Il la croit la plus fréquente après la gravelle rouge, et l’analyse qu’il en a fait faire lui a donné pour résultat qu’elle est composée de phosphate de chaux et d’une très faible proportion de phosphate de magnésie. La gravelle pileuse que le même auteur a décrite le premier , est caractérisée par la présence de poils plus ou moins Ion gs et plus ou moins abondans, mélangés avec la substance saline. C’est quelquefois une poussière blanchâtre , mêlée à une quantité de petits poils dont la longueur varie depuis une ligne jusqu’à un pouce et plus ; d’autres fois ce sont des graviers de volume variable , velus à leur surface, et dans quelques cas réunis en grappes les uns aux autres. La matière saline, analysée par M. Pelletier, a été trouvée composée en grande partie de phosphate de chaux, d’un peu de phosphate de magnésie, et de quelques traces d’acide urique. M. Magendie n’a rencontré la gravelle grise ou de phosphate ammoniaco magnésien que sous l’état de graviers plus ou moins volumineux, ayant quelquefois à peu de chose près la forme et le volume d’olives ou de pistaches, et présentant dans d’autres cas nombre d’irrégularités anguleuses à leur surface. Ces graviers sont composés par le phosphate ammoniaco-magnésien uni à de la matière animale, en petite quantité, et à quelques traces d’acide urique. M. Magendie a appelé gravelle jaune , celle qui est composée par l’oxalate de chaux. Il ne l’a vue qu’une seule fois, et le malade n’avait rendu qu’un gravier unique. Il crut d’abord que ce gravier était composé d’acide urique ; mais l’ayant fait analyser par un habile chimiste, M. Despretz, il le trouva composé d’oxalate

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