BOULEVARD SAINT-GERMAIN
INTRODUCTION
L'hystérie dans ses aspects multiples est à juste titre l'une des grandes préoccupations du jour ; et l'un des côtés les plus intéressants et en même temps les plus pratiques de la question est son aspect moral. Il est incontestable que le caractère de ces malades présente des tendances absolument morbides, qui peuvent se résumer en un seul point : le désir d'attirer l'attention.
L'hystérique abandonnée à ses propres tendances cherche à grouper autour d'elle un cercle de subordonnés, nous dirions volontiers de victimes, et presque toujours, dans le cercle étroit des affections de famille, ce rôle tyrannique est trop facile à jouer pour n'être pas
VI INTRODUCTION
génôraleineiit adopté. Gomme la dit un observateur aussi spirituel que profond, une jeune fille hystérique est un vampire qui suce le sang de tous ceux qui l'entourent. Constamment préoccupée de ses propres sensations, exagérant volontiers les incommodités qu'elle éprouve, s'efforçant de se créer des souffrances imaginaires, elle se laisse facilement glisser dans un abîme de sentiments égoïstes, qui fait le malheur de tous ceux qui subissent son influence et contribue dans une grande partie à détériorer sa propre santé. Il s'agit d'un cercle vicieux dans lequel la disposition morbide se nourrit pour ainsi dire de son propre fonds et crée un terrain qui lui est éminemment favorable.
Un trouble profond des fonctions végétatives est l'une des premières conséquences d'un pareil état de choses.
Rien n'est plus fréquent que de voir les hystériques , par pure perversité morale , se priver de nourriture, abdiquer le sommeil, se
introduction" vr
condamner perpétuellement au lit, développant ainsi des conditions morbides qui favorisent au degré le plus élevé l'évolution et les progrès de la maladie nerveuse.
Chez les malades de cette espèce, sinon chez toutes les hystériques , le traitement moral est d'une importance absolument capitale. Il faut rompre le cercle magique où se maintient la victime ; il faut l'arracher violemment aux sympathies exagérées et nuisibles de son entourage, et lui ôter l'envie de jouer une comédie perpétuelle, en supprimant les spectateurs dont la complaisance l'encourage à persévérer dans son rôle.
En un mot, séparer la malade de son milieu habituel, la plonger dans un miheu tout différent, lui imposer des règles de conduite basées sur les préceptes de l'hygiène physiologique, et faire pher sa volonté devant une volonté plus, saine et plus forte que la sienne : tels sont les principes essentiels de la méthode que préconise M. Weir Mitchell, en
VIII INTRODUCTION
s'appuyant sur les rapports intimes qui relient la vie végétative à la vie de relation, et le fonctionnement du système nerveux à la santé générale.
On ne saurait assez approuver un système de traitement qui tranche ouvertement avec nos mœurs habituelles, dans lesquelles l'action du médecin est constamment contrariée et paralysée par l'intervention incessante des préjugés mondains et des influences de famille.
L'électricité, le massage, le régime et les traitements pharmaceutiques sont des moyens qui peuvent tous avoir leur utilité, mais à la condition d'être sévèrement et méthodiquement appliqués. Or la condition indispensable pour obtenir un pareil résultat est de soustraire la malade à. un entourage qui subit ses caprices et les impose plus ou moins ouvertement à son médecin.
Traiter les hystériques comme de véritables' aliénées et faire prédominer dans le système
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adopté le côté moral de la question, telle est
l'idée maîtresse du livre de M. Weir Mitchell, qui se recommande par une certaine franchise
de bon sens, qui n'exclut ni la finesse ni la
profondeur.
Le système qu'il préconise a déjà reçu la sanction de l'expérience , et de nombreux succès sont venus justifier les principes de l'auteur, qui s'appliquent sinon à la totalité des cas , du moins à un grand nombre d'entre eux : des observations personnelles m'autorisent à parler affirmativement à cet égard.
Notre littérature médicale, déjà si riche en travaux sur l'hystérie, ne présente rien de plus original au point de vue pratique que cet opuscule de quelques pages, qui a déjà obtenu un grand succès en Amérique et en Angleterre^ et qui est sans doute appelé à un succès égal en France.
B. Ball.
AVIS DU TRAOUGTKUH
Le volume que j'ai l'honneur de présenter au public médical français a paru en Amérique sous un titre différent , Fat and Blood , and how to make tliem; son nouveau nom, plus approprié que l'ancien, lui a été donné à la suggestion de l'auteur. J'ai cru devoir signaler ce changement, ahn d'éviter les erreurs bibliographiques qui pourraient autrement se produire.
J'ai ajouté sous forme d'appendice le discours prononcé par M. le professeur Playfair à la réunion annuelle de la British médical Association et la discussion intéressante qui s'ensuivit , dans laquelle plusieurs médecins autorisés témoignèrent en faveur de la méthode préconisée
L'introduction de mon émincnt maître rend superflue une préface plus étendue. J'ai la ferme conviction que mes confrères feront bon accueil à ma traduction; je la leur livre sans autre préambule.
Oscar Jennings.'
1. Le professeur Playfair a publié récemment un petit volume intitulé The systematic treatment of nerve prostration and hysteria (Smith Elder and C"). On trouvera dans cet ouvrage de nouvelles observations de l'auteur, et de plus plusieurs chapitres nouveaux d'un haut intérêt clinique.