‹ Du traitement moral de la folieChapitre 4 sur 80 · FIN DE LA TABLE · texte numérisé non relu

FIN DE LA TABLE

DU

La folie consiste clans l’aberration des facultés de l’entendement; elle n’est pas, comme les maladies ordinaires, caractérisée par des symptômes physiques, et les causes qui la produisent, quelquefois appréciables aux sens, appartiennent le plus souvent à un ordre de phénomènes complètement étrangers aux lois générales de la matière : ce sont des passions et des idées. Mais les idées et les passions, mais les facultés de l’entendement ne se manifestent jamais sans l’intermédiaire du système nerveux, dont elles sont considérées comme une émanation, un produit. Si le système nerveux est la source d’où elles découlent, il semble logique d’en inférer que, dans

le cas d aberration mentale, le système nerveux soit malade, (je système est, en effet, regardé comme malade, chez tous les aliénés, par la généralité des médecins; la thérapeutique concernant les aliénés repose sur cette croyance, et l’ouverture des corps, l’anatomie pathologique semble justifier 1 emploi des moyens physiques, jugés propres à ramener le système nerveux, et plus particulièrement le cerveau, à son état normal.

Toutefois , les médications physiques ne sont pas les seules qui aient été recommandées, dans le traitement de la folie ; l’influence des agens moraux, sur cette maladie , n’a jamais été entièrement méconnue; elle a même été regardée, par quelques praticiens, comme la seule efficace pour guérir les aliénés ; et, de nos jours, placée au second rang, elle est employée comme un auxiliaire avantageux des agens matériels. Ainsi, dans la pratique médicale concernant les aliénés , on ménage un cerveau réputé malade , comme on ménage tout autre organe dont les fonctions sont dérangées; on s’attache à le soustraire à toute sorte d’excitation, et, pour le ramener à son état normal, on a recours aux bains, aux applications réfrigérantes sur la tête, aux émissions sanguines, aux purgatifs, aux exutoires et à la plupart des autres moyens em-

ployés dans le traitement des maladies physiques. Que l’aberration mentale se présente isolément, ou quelle soit accompagnée de symptômes appréciables aux sens, le malade ne saurait échapper aux prescriptions médicales, il les subit jusqu’à ce qu’il guérisse, ou qu’il soit déclaré incurable .

Parmi les moyens moraux réputés auxiliaires dans le traitement de la folie, l’isolement est mis en première ligne; viennent ensuite les jeux , la promenade, la lecture, la conversation, la musique, le travail et les voyages.

Les voyages ne sont à la portée que d’un petit nombre d’aliénés, par la double raison de la dépense qu’ils occasionnent, et de l’inconvénient ou même du danger qu’il y aurait à laisser libres des malades que leur délire pourrait porter à nuire à eux-mêmes ou aux autres. Le travail, malgré son utilité bien reconnue, n’est guère institué d’une manière générale, que dans les hospices destinés aux pauvres, et encore dans un petit nombre de ces hospices. La musique , souvent recommandée, a rarement été employée de la manière la pluspropre adonner de bons résultats. La conversation est peu profitable à la plupart des aliénés, parce que ordinairement ces malades n’ont pas d’autre société que celle de leurs compagnons d’infortune, et que d’ailleurs, trop préoccupés d’eux-

mêmes et de leurs idées, ils font peu d’attention à ce qu’on leur dit et à ce qui se passe autour d’eux. La lecture exigerait une force de volonté et une application soutenue dont très peu d’aliénés sont capables, surtout quand ils sont abandonnés à eux-mêmes, ce qui est le cas le plus ordinaire. La promenade a des avantages réels, mais pour un petit nombre d’aliénés seulement, pour ceux surtout auxquels l’exercice est nécessaire à l’accomplissement des fonctions musculaires et digestives, car on peut, en se promenant, s’entretenir de ses idées folles, aussi bien qu’on le ferait en gardant le repos. Les jeux, quand ils occupent l’esprit, sont vraiment utiles; mais combien d’aliénés refusent de jouer, parce qu’ils sont ou inattentifs ou tristes, ou absorbés par leurs préoccupations maladives. Quant à l’isolement qui, parmi les moyens moraux est, aujourd’hui, le plus généralement mis en usage , je ne crains pas d’avancer que, s’il est quelquefois indispensable, il est d’autres fois extrêmement nuisible. Pour sentir les dangers de l’isolement, il faut avoir été témoin de l’ennui et du désespoir de quelques aliénés enfermés dans des maisons de santé ou dans des hospices, il faut avoir vu ces malades isolés, alors que leur intelligence était pervertie sur un point seulement, perdre peu-à-peu, faute d’excitans moraux, l’énergie de

leurs facultés, et tomber enfin dans la démence.

Contrairement à la doctrine généralement reçue, je considère le traitement moral, comme le seul qui soit propre à guérir la folie; et pour combattre cette maladie, le traitement physique, celui qui consiste dans l’emploi des saignées, des bains, des préparations pharmaceutiques, me semble aussi inutile qu’il pourrait l’être à celui qui, dans une discussion de philosophie et de morale, s’aviserait de les employer pour convaincre ses adversaires. Mais ici , il faut établir une distinction qui est de la dernière importance. Parmi les aliénés, les uns ont seulement un dérangement de la raison, les autres ont en outre une lésion physique, et présentent des symptômes qui tombent sous les sens, comme sont la paralysie, l’apathie, l’agitation, la loquacité, la fièvre, etc., etc. Contre ces symptômes , l’emploi de certains remèdes, toujours indiqué, est quelquefois efficace , il faut bien se garder de les négliger ; dans les simples dérangemens de la raison au contraire, dans les cas où la folie existe seule, sans complication, c’est le traitement moral qui convient.

Pour n’avoir pas établi cette distinction, il est arrivé :

i° Que l’on a méconnu les cas où il est nécessaire d’employer seulement les remèdes

moraux, et ceux où il faut recourir préalablement aux remèdes physiques.

20 Que les remèdes moraux, d’une application très difficile et très laborieuse, n’étant pas méthodiquement opposés aux symptômes psychiques que seuls ils peuvent combattre, ont fort rarement produit tout ce qu’il est en eux de produire.

Cependant le hasard avait mis sur la voie qu’il fallait suivre , car il avait fourni plusieurs cas de folie simple, guérie par la seule influence des impressions morales; et l’art en avait provoqué quelques autres du même genre, à côté decas beaucoup plusnombreux, dans lesquelsdes symptômes nerveux s’étant dissipés à l’aide d’un traitement physique, le rétablissement de la raison avait suivi la disparition de ces symptômes. Mais le désir d’expliquer la production de la folie par des altérations organiques du cerveau, est venu compliquer encore le problème déjà si inexplicable de la cause immédiate de la folie. Parfois on a vu, d’autres fois on a cru voir des lésions de cet organe chez les aliénés, et, sans considérer s’il existe des altérations dans le cerveau de tous les aliénés, si ces altérations ont quelque chose de constant quant à leur nature, s’il n’en existe pas d’analogues chez les gens raisonnables, si celles que l’on rencontre coïncident ou non

avec des symptômes qui , pour former le cortège ordinaire de la folie, n’en sont pas cependant inséparables, on leur a attribué, sans difficulté et sans contrôle, la cause du dérangement des facultés intellectuelles et morales.

L’ouvrage qu’on va lire a pour but d’exposer le résultat des observations et des recherches que j’ai faites sur le traitement de l’aliénation mentale, et d’établir la vérité des trois propositions suivantes :

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