IX. Les procès pathologiques peuvent être riches en prin
cipes aqueux et fournir cependant, par la métamorphose rétrograde, un produit graisseux épais, caséeux.
X. C'est là le cas lorsqu'ils séjournent un certain temps dans l'intérieur d'organes où l'absorption des liquides peut se faire d'une façon plus ou moins active.
XI. Les organes qui réunissent ces conditions sont les glandes en général , les poumons et les ganglions lymphatiques en particulier, à cause de leur disposition anatomique en vacuoles dans lesquelles s'accumulent et séjournent les produits morbides.
XII. Aussi ce sont ces organes que l'on regarde comme le plus communément affectés de tubercule , ce qui veut dire que ce sont eux qui renferment le plus fréquemment de la matière caséeuse.
Mil. Celte disposition en alvéoles contribue en outre à donner à beaucoup de procès, développés dans ces organes, la forme circonscrite, ce qui est une raison de plus pour soutenir l'erreur qui les fait considérer comme du tubercule, en atlachant a ce mot l'idée de production spécifique.
XIV. La matière organique morte et recluse dans les tissus, après avoir éprouvé la métamorphose caséeuse, peut, à la longue et dans certaines conditions , se transformer en concrétions plâtreuses et même pierreuses : c'est l'étal crétacé.
XV. Cette transformation a lieu dans les conditions suivantes : l'union intime des parties salines et de la graisse arrive à ne plus exister, a un moment donné. La graisse se résorbe peu à peu , et les sels, prédominant ou restant seuls, donnent lieu a des concrétions plus ou moins dures. Dans certains cas, il pourrait bien y avoir un apport secondaire de principes salins.
XVI. Le procès tuberculeux passe, comme tous ceux qui se trouvent dans les conditions que nous venons d'énumérer, par la métamorphose graisseuse, caséeuse et crétacée; mais cette propriété ne lui est point particulière, elle est générale à la matière organique.
XVII. Il faut donc cesser de prendre pour caractère essentiel du tubercule l'étal caséeux, qui n'est que la phase ré- ; gressive de toutes espèces de productions pathologiques, et faire rentrer chacune de celles-ci dans la classe des produits morbides à laquelle elle appartient.
XVIII. Si donc on porte l'examen microscopique dans tous ces procès circonscriis et caséeux que l'on désigne actuellement du nom de tubercule, on s'aperçoit que leurs éléments offrent des différences de siège , de provenance et d'évolulion , qui les éloignent les unes des autres.
XIX. En général , le plus grand nombre appartient à la lésion que l'on désigne aujourd'hui du nom d'inflammation.
XX. C'est ainsi, par exemple, que ce que l'on appelle tubercule du poumon et des ganglions lymphatiques se rapporte très-rarement à l'affection tuberculeuse.
XXI. Le tubercule est un procès morbide à évolution toute spéeiale qui siège toujours et exclusivement dans le tissu connectif des organes.
XXII. Il affecte la forme de nodules, de granulations, dont plusieurs peuvent s'agglomérer et donner lieu à des nodosités plus ou moins considérables.
XXIII. Il ne prend point naissance dans un blastème exsudé des vaisseaux , et les rapports que l'on a cru voir entre ce procès et les capillaires sont illusoires.
XXIV. Lesnodules tuberculeux sont le résultat d'une prolifération d'éléments cellulaires préexistants , ils sont formés par l'agglomération de noyaux ou de petites cellules, presquo accolées à leurs noyaux, engendrés par les corpuscules conjonclifsou cellules plasmaliques.
XXV. Les éléments qui composent les granulations tuber culeuses n'ayant, de par leur essence, qu'une existence éphémère, ou bien leur accumulation oblitérant les petits vaisseaux qui leur apportent la nourriture, subissent de bonne heure la métamorphose régressive en donnant lieu à de la graisse , de la matière caséeuse ou des concrétions calcaires.
XXVI. L'évolution du tubercule est spéciale et ne peut être confondue avec celle d'aucun autre procès pathologique.
XXVII. Son siège dans les séreuses et les muqueuses est dans toute l'épaisseur de ces membranes ; mais chez ces dernières il se développe particulièrement dans la couche sous-muqueuse.
XXVIII. Dans les glandes hépatiqtie, urinaire et spermatique, on ne le rencontre que dans les enveloppes de ces or-
ganes el dans le tissu connectif interstitiel qui relie leurs lobes el leurs lubes sécréteurs.
XXIX. Dans le poumon, il siège exclusivement dans la plèvre el le tissu conjonclif inlerlobulaire. Tous les produits accumulés dans les vésicules, soit sous forme de granulation, soit sous forme d'infiltration , sont dus à des lésions inflatnmatoires de diverses formes et de diverse nature, et rentrent conséquemment dans la classe des pneumonies.
XXX. Aux ganglions lymphatiques on ne le rencontre que dans l'enveloppe corticale, les cloisons alvéolaires et le tissu connectif de la substance médullaire. Les produits caséeux, accumulés dans les follicules et qui constituent l'engorgement de ces glandes, sont dus à la multiplication des éléments normaux de ces vacuoles , multiplication qui s'effectue à la suite des altérations des surfaces cutanée et muqueuse , sous les influences les plus diverses, mais dont la plus fréquente est la diathèse scrophuleuse (phthisie bronchique, carreau, écrouelles etc.).
XXXI. L'intensité de la cause qui occasionne le tubercule ne s'aflirme pas par la grandeur des procès morbides, mais par leur multiplication et leur généralisation dans toute l'économie.
XXXII. Cette généralisation indique que l'affection naît sous des influences diathésiques.
XXXIII. On admet généralement une diathèse tuberculeuse que l'on identifie à la diathèse scrophuleuse; mais cette manière de voir tient à la fausse conception que l'on a du tubercule.
XXXIV. En effet, les pneumonies vésiculaires et les engorgements ganglionnaires constituent la majeure partie des cas rapportés à tort a la tuberculisation , et comme ces affections prennent généralement naissance sous l'influence de la diathèse scrophuleuse, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on ait généralisé et appliqué cette influence au véritable tubercule.
XXXV. Tout ce que l'on a dit des causes et de la nature du tubercule, s'appliquant en grande partie à des altérations qui n'appartiennent pas à cette affection , ne peut servir à résoudre les questions qui se rattachent a celte" partie de l'histoire de la tuberculisation.