‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 16 sur 91 · B. HABITUDE EXTÉRIEURE, ÉRUPTIONS CUTANEES · texte numérisé non relu

B. HABITUDE EXTÉRIEURE, ÉRUPTIONS CUTANEES

L’habitude extérieure dénoie la turgescence, la congestion : les téguments sont rouges, la peau chaude et moite. La face est turgescenle et d’un rouge qui se fonce souvent plus tard et vire au brun rouge, quand les congestions deviennent passives et persistantes. Les conjonctives sont rouges aussi : c’est tantôt comme une teinture rose unie et générale avec des arborisations plus foncées dans les angles; tantôt le fond est d’un rouge plus vif et les arborisations couvrent toute la conjonctive ; d'autres fois il n’y a que des rameaux sur un fond à peu près blanc. L’œil est en oulre humide, brillant, nacré et les paupières parfois chassieuses. Nous avons déjà dit, à l’article Début, toute l’importance de ces signes pour le diagnostic. M. le professeur Godelier en a aussi été frappé : « Teint d’un rouge

sombre, dit-il, qui faisait reconnaître les typhiques entre tous. » La couleur jaune, bistrée, blafarde de la peau appartient aux cas complexes. Cependant, dans les cas simples de forme ictérale, assez rares, la peau prend une teinte ictérique.

Les fosses nasales sont parfois humides et fluentes, comme dans le coryza.

Un exanthème caractéristique se manifeste du deuxième au cinquième jour. Voici à peu près comment je l’ai décrit dans la séance du 29 mars de la Société impériale ottomane, et je crois en avoir donné le premier une description exacte et détaillée :

Chez les individus pris de typhus étant en état de santé, il est rare que toute éruption fasse complètement défaut ; cette absence de toute manifestation typhique cutanée est un phénomène qu’on ne constate pas plus d’une fois sur vingt. Mais, quand la peau est parcheminée par un scorbut ancien ou un flux intestinal chronique, ou encore dans les cas de profonde anémie, le tégument desséché ne se prête même plus aux exanthèmes. Si quelques médecins ont prétendu que l’éruption manque dans un nombre notable de cas, c’est qu’ils ont englobé dans leur observation les cas simples et les cas complexes. Dans les cas simples et bénins, elle peut être quelquefois peu marquée; alors il faut savoir la chercher et surtout en connaître

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toutes les formes. Notre regrettable ami le docteur Volage, médecin principal et en chef du grand hôpital de Ramis-Chiflick, alors dévoré par le typhus, nous ayant dit, dans une de nos visites à cet établissement, que l’exanthème manquait assez souvent, nous le lui avons fait voir chez tous ses malades dont la peau avait conservé sa perméabilité; et lui-même, peu de semaines après, succombait au typhus, ainsi que notre ami et collègue Rampont, après avoir présenté tous deux la plus vive et la plus confluente éruption.

L’éruption du typhus est exanthémo-pétéchiale, caractère qui n’a pas non plus échappé à notre excellent maître, M. le professeur Godelier, et que M. Chauffard a également signalé à Avignon. Cette double appellation est justifiée par les considérations suivantes : 1° tantôt il n’y a que des pétéchiefc, tantôt que des plaques exanthématiques morbilleuses, tantôt les deux espèces existent ensemble ; 2° la pétéchie typhique, quand elle est superficielle, semble tenir à la fois du genre eccliymotique et du genre exanthématique.

Nous décrirons, comme dans notre discours du 29 mars, l’éruption pétéchiale, l’éruption morbilliforme, les éruptions plus rares et non caractéristiques , les éruptions précédentes mélangées , les manifestations cutanées tout à fait exceptionnelles.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l’ÉPIDÉMIE.

1° Exanthème tacheté de rouge.

C’est de ce nom que nous appellerons la pétéchie typhique, le mot pétéchie n’étant pas bien défini. Cette dénomination appartient à Ilildenbrand, qui, du reste, n’ajoute aucun détail descriptif; mais elle me paraît donner une idée assez exacte de l’aspect de la peau. Jenner l’a appelée avec assez de bonheur muricolore. Les taches distinctes et les taches sous-cuticulaires de cet auteur ne sont autre chose que l’exanthème tacheté de rouge, et ces deux apparences ne viennent que de la position tout à fait superficielle ou un peu plus profonde de la pétéchie. Jenner n’a point vu la tache morbilliforme, qu’on ne saurait reconnaître en aucune façon dans les caractères qu’il assigne à la tache distincte.

L’exanthème tacheté (je rouge a été l’éruption vraiment caractéristique et essentielle dans le typhus de l’armée d’Orient, comme les chiffres suivants en font foi.

Sur 159 cas de typhus solitaire, où nous avons noté l’éruption avec soin, nous trouvons :

Exanthème tacheté de rouge seul 89

Exanthème tacheté de rouge, mélangé aux formes non

caractéristiques 12

Taches morbilliformes, seules 21

Taches morbilliformes mélangées aux formes non caractéristiques 3

A reporter... 123

Report.... 125

Mélange de l’exanthème tacheté de rouge et de taches

morbilliformes 27

Formes non caractéristiques, seules 7

Total 15&

Ainsi, sur 159 cas, on y trouve l’exanthème tacheté de rouge à l'élat d’isolement 89 fois, et mélangé à d’autres formes, 39 fois, en tout 118, c’est-à-dire environ 74 pour 100.

11 est constitué par des taches inégales, dont les dimensions, qui sont ordinairement celles d’une très-grosse lentille, peuvent varier entre un pointillé assez lin et l’étendue d’une pièce de 20 centimes; elles sont irrégulièrement arrondies, parfois comme polygonales; leurs bords sont déchiquetés, frangés : quand plusieurs taches viennent à s’unir ensemble, il en résulte des plaques groupées ou serpigineuses, irrégulières et de toute forme. Elles ne sont point proéminentes. Elles apparaissent, comme nous l’avons dit, du deuxième au troisième jour, et elles ont acquis tout leur développement en deux jours environ, quelquefois en 24 ou 36 heures. Le plus souvent il n’y a qu’une éruption ; parfois il s’en produit plusieurs poussées dans l’espace de deux à quatre jours. Elles nous ont semblé se manifester multanément sur toutes les parties du corps. Elles se montrent partout, sur le tronc en avant et en arrière, sur les membres, sur les mains et sur les

pieds, au cou, plus rarement à la figure. Au dos, elles sont plus larges, plus violacées, phénomène que j’ai fait souvent remarquer dans mes salles et qui semble déjà une sorte de résultat hypostatique. Elles sont souvent continentes. Parfois, elles reposent sur un fond érythémateux, surtout à la partie supérieure et antérieure du thorax : on dirait alors des gouttes vermeilles jetées sur un fond rose uni. Celte couleur rose erythémateuse disparaît sous le doigt; les taches pâlissent peu ou point, et ne disparaissent jamais sous la pression. Leur couleur, ordinairement vineuse, varie du brun rouge vif, parfois pourpré, carminé, à une nuance brunâtre, chocolatée.

Elles sont superficielles ou plus profondes.

Superficielles, elles sont plus nettes et pâlissent légèrement sous le doigt. Il est rare pourtant que leurs bords déchiquetés ou frangés tranchent avec une entière netteté sur la peau ambiante, avec laquelle leur couleur se fond presque toujours un peu. Elles disparaissent généralement en cinq ou huit jours; mais, quand elles sont très -superficiel les, peu nombreuses, peu marquées, elles peuvent s’effacer après deux ou trois jours d’existence. Cette prompte disparition, la diminution de leur nuance rouge sous le doigt, les furfurcsdont elles sont assez souvent suivies, même quand il n’y a pas eu un fond érythémateux, enfin la rapidité avec laquelle

DU TYPHUS DE L’ARMÉE d’oRIENT.

elles atteignent tout leur développement, nous portent à les considérer connue tenant à la fois du genre pétéchial ou ecchymotique et de l’exanthème. Non-seulement elles granitent très-irrégulièrement la peau, mais leur couleur est souvent elle-même un peu granitée, ponctuée, striée; tandis que, dans la tache morbilliforme que nous décrirons plus bas, et qui s’efface d’ailleurs complètement sous le doigt, la teinte est tout à fait unie. Communément, l’exanthème tacheté de rouge superficiel pâlit beaucoup à la mort ou disparaît même tout à fait. Quand il persiste et qu’on le soumet au lavage, celui-ci n’enlève pas ou n’enlève qu’incomplétement le sang incorporé. Il y a donc non-seulement exanthème, mais aussi pétéchie, ecchymose, infiltration superficielles.

Profondes, les taches de l'exanthème tacheté de rouge sont moins nettes, plus pâles, d’un rouge plus jaunâtre, ou, au contraire, plus obscur et moins vif, et leurs bords se perdent davantage dans la teinte de la peau ambiante; elles ne pâlissent pas ou elles pâlissent fort peu sous le doigt. Nous ne saurions dire si leur durée est sensiblement plus longue, mais nous croyons avoir remarqué qu elles ne sont guère suivies de furfures. Elles persistent ordinairement, mais pâlissent après la mort, et le lavage enlève imparfaitement et difficilement ou n'enlève pas le sang incorporé avec le derme même.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DE l’ÉPIDÉMIE.

Les taches superficielles et les taches plus profondes coexistent souvent chez le même individu, ce qui diversifie les teintes du granité dont les grains et le jaspé sont ainsi , les uns rouges vifs et assez nets, les autres plus jaunâtres et plus fondus.

Les taches superficielles s’effacent sans passer par la teinte jaune, qui marque la décroissance de l’ecchymose; leur teinte rouge devient rouge jaunâtre, pâlit de plus en plus et s’efface sans avoir cessé de présenter un reflet dérivé du rouge. Les taches profondes nous ont semblé virer plus ostensiblement au jaune en disparaissant.

Les nuances dérivées de brun rouge sont habituelles chez les individus que le typhus a trouvés sains, et plus ou moins robustes et sanguins. Si, chez de tels individus, la nuance est blafarde, plombée, bistrée, le pronostic est généralement plus grave. La couleur chocolatée ne nous semble pas d’un si mauvais augure que les nuances blafardes.

Chez les scorbuto ou les dyssentérico-typhiques , et, en général, chez les individus ruinés, cachectiques, la teinte est souvent plombée, livide. Nous avons dit que l’éruption est beaucoup plus difficile surces sujets à peau sèche et furfuracée. Enfin, chez quelques anémiques et scorbutiques, nous avons noté des taches bleuâtres ou d’un ardoisé clair.

DU TYPHUS DE e’aRMÊE n’ORIENT.

2° Exanthème morbilliforme.

C’est la seconde forme essentielle de l’éruption typhique, mais elle n’apparaît que sur le deuxième plan. Nous avons trouvé l’exanthème tacheté de rouge à l’état d’isolement 89 fois ; l’exanthème morbilleux n’apparaît que 21 fois. Nous l’avons noté 27 fois mêlé au premier, et 3 fois mêlé aux formes non caractéristiques : en tout 51 fois ou 32 p. 100.

Ces proportions sont celles que nous avons observées à l’armée d’Orient. Dans le typhus de Silésie, l’éruption morbilliforme a eu plus d’importance et a très-souvent précédé, à l’état confluent, l’éruption de l’exanthème tacheté de rouge. Dans le lyplius-fever , au contraire , Jenner semble ne pas avoir observé la tache morbilliforme.

Ces taches morbilliformes se présentent sous forme d’îlots irrégulièrement arrondis, un peu lobés parfois, à contours ondulés et non pas frangés comme l’exanthème tacheté; elles tranchent toujours nettement sur la peau saine. Leurs dimensions varient entre celles des pièces de 1 à 20 centimes, et de 2, rarement de 5 francs. L’éruption est rarement confluente; le plus souvent elle est discrète, quelquefois il n’y a que cinq ou six macules, soit seules, soit mêlées à l’exanthème tacheté. Leur teinte est unie, d’un rose vif comme dans la rougeole; accidentellement, on observe la couleur

plombée, noirâtre, bistrée. Elles s’effacent complètement sous le doigt , et ne persistent pas après la mort. Elles peuvent envahir tout le corps, en respectant presque toujours la figure; lorsqu’elles sont peu nombreuses, leur siège de prédilection est le devant de la poitrine, la ceinture, l’abdomen. Elles apparaissent en un jour, durent moins que l’exanthème tacheté de rouge , et laissent des furfures.

Les taches morbilliformes ont existé 21 fois seules, et 27 fois elles étaient mêlées à l’exanthème tacheté, qu’elles ont le plus souvent précédé; ordre de succession qui a aussi été noté en Silésie. Comme le fait observer M. Godelier, il y a parfois superposition des taches morbilleuses à l’exanthème tacheté de rouge, et alors la pression fait disparaître la tache superficielle, tandis que la macule par infiltration, située au-dessous , pâlit légèrement ou conserve même sa couleur.

Quand la peau est couverte de taches appartenant à l’exanthème tacheté superficiel et profond, et de taches morbilliformes, on comprend que son granité peut être à grains très-rapprochés et très-diversifiés de formes et de teintes.

3° Éruptions plus rares et non caractéristiques.

A. Taches très-nettes, petites, ovalo-lenticulaires, d’un rouge pourpré vif, évidemment saillantes, très-

discrètes; la pression du doigt les pâlit très-légèrement. Elles disparaissent ordinairement en deux ou trois jours. Je ne saurais dire si elles sont suivies d’exfoliation furfuracée.

B. Même aspect, mais sans aucune saillie. On dirait des gouttes de sang rutilant aspergées sur la peau : Gultis sanguineis valdè si miles, disait Borsieri.

C. Ecchymoses véritables, violettes, bleues, profondes, grandes ou petites, de dimension et de configuration les plus variées , lentes à disparaître , ne pâlissant pas à la pression , persistant malgré le décès et résistant au lavage. Elles siègent surtout sur les parties les plus vasculaires et sur les endroits où la peau est fine, par exemple au creux poplité, à la ceinture, en dedans des bras, etc. Elles s’effacent en présentant les teintes décroissantes de l’ecchymose traumatique. Parfois, au lieu d'être en forme d’îlots, elles ressemblent à des traînées , à des coups de fouet (f). Elles ne sont pas suivies de desquamation. Notons bien qu’il s’agit ici d’individus non scorbutiques. Chez les sujets qui sont sous l’influence scorbutique, ces ecchymoses sont plus fréquentes : le typhus semble accélérer l’éclosion d’une maladie qui n’est qu’en puissance.

Ces formes existen! rarement seules : 7 fois sur

(1) Priiiglc parle aussi de raies pourprées.

159 cas; 15 fois elles se sont mêlées aux autres formes (1).

4o Manifestations cutanées exceptionnelles et tout à fait accidentelles : ecthvma cachecticum.rupia escharrotica, eczéma impétigineux, etc.

Notre ami Je docteur Ganderax a vu un typhique couvert de pustules comme dans la morve. Nous avons recueilli l’observation d’un sujet chez lequel la plupart des macules de l’exanthème tacheté de rouge sont devenues autant de points gangréneux; de sorte que le sujet est mort tout criblé.

Les sudamina, fréquents dans la dothinentérie, sont rares dans le typhus. Nos observations indiquent à quelle époque et dans quels cas ils se manifestent; mais toujours est-il qu’ils sont exception-

(1) Je retrouve dans Borsieri plusieurs des formes que je viens de décrire : Pèliculæ in cute surnma sparsæ apparent, rubro plerumque colore, interdum puniceo, aut livido, aut violacco, aut nigricanti præditæ, forma fere rotundæ, modo parva puncticula referentes, modo lenticulis aut pulicum morsibus, aut potius guttis* sanguineis valclè similes, sed planæ, nullo modo exstanles, neque epidermim altolentcs, exceptis quidcm rarissimis casibus,in quibus non nihil supra cutim eminere visse sunt. Monro, Iluxans, Neucrantz, Schlichthorst ont aussi parlé de la diversité des couleurs : Colorcm rubrum, roseum, purpureum, flavum, fuscum, castancum, viridentem, plumbeum, cæruleum, nigrum , pallidum, citrinum, liviclum, etc. Ils parlent de sujets couverts de taches offrant toutes la même teinte ou les teintes les plus diverses ; enfin les changements de couleurs n’ont pas non plus échappé aux- observateurs : Nunc enim salutaris color diluit, ac in rubentem transit, nunc vice versa, qua; rubræ prodiere, purpureæ et lividæ fiunt.

nels. — L’herpes labialis se montre, vers l’époque de la solution, chez un cinquième ou un sixième des malades à peu près. L’urticaire mêle parfois quelques élevures à l’exanthème' tacheté de rouge.

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