‹ Du typhus de l'armée d'Orient [electronic resource]Chapitre 72 sur 91 · VI. Symptômes · texte numérisé non relu

VI. Symptômes

La physionomie générale a présenté de notables différences dans quelques épidémies. L’une des plus remarquables à ce point de vue est celle du Sané, qui. d’après la lettre détaillée écrite àM. Ch. Remiet, chirurgien du bord, — lettre que nous avons eue dans les mains ainsi que tous les documents relatifs au typhus de la marine, — n’a été reconnue pour le typhus que le huitième jour, par le médecin du navire et par M. Blache, directeur de la santé à Marseille. Voici ses caractères en deux mots, jour par jour, d’après les renseignements dus à M. Ch. Remiet. Huit jours d’incubation, à partir du débarquement des malades transportés par le Sané, neuf jours si l’on prend le milieu de la période pendant laquelle ce contact a eu lieu. Du 17 au 20 février, 30 marins tombent malades; du 20 au 22, 62 nouveaux sont pris; 150 hommes de l’équipage payent

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leur tribut. Pendant les quatre premiers jours, symptômes insignifiants, courbature très-légère, céphalalgie, langue non chargée, humide et blanche, réaction fort modérée. Le cinquième jour, on note : peau chaude, langue pâteuse, insomnie, céphalalgie atroce, douleurs et même crampes dans les membres inférieurs. C’est le cinquième jour que M. Blache est consulté et déclare ne pouvoir poser un diagnostic. Les sixième et septième jours, le diagnostic ne se pose pas encore : enduit lingual épais, mais la langue pâle reste humide, l’œil est humide aussi, le faciès coloré, céphalalgie violente, douleurs vives dans les membres. Le huitième jour , hébétude, mais pas de délire ni de sécheresse de la langue, quelques épistaxis, sudamina, gargouillementiliaque droit ; le diagnostic est posé et les malades sont envoyés au lazaret. Le neuvième jour, taches lenticulaires sur un grand nombre, pétéchies chez quelquesuns, le délire commence et la langue devient sèche. Le dixième jour, le nombre des hommes présentant des pétéchies est considérable, le délire est furieux, la langue se fendille. La note de M. Ch. Remiet s’arrête ici, la communication avec le lazaret, où les typhiques étaient confiés à M. Lambert, ayant été interdite dès ce jour.

Assurément, pour quelqu’un qui aurait vu le typhus de Constantinople, qui serait averti de la variabilité de la forme, et qui aurait songé à remon-

ter à l’origine, le diagnostic aurait pu se poser le septième jour, et même le cinquième. Il n’en est pas moins remarquable que l’hébétude n’ait paru que le huitième jour, le délire le neuvième jour, que les sudamina aient précédé l’exanthème et que celui-ci n’ait fait irruption que le neuvième, au lieu du quatrième ou cinquième, comme à Constantinople. Ce typhus est donc d’une rare lenteur dans son développement, et le délire ainsi que l’hébétude n’apparaissent guère qu’à une époque qui est déjà presque celle de la solution dans les typhus de Constantinople. Nous supposons, du reste, dans cette appréciation, que c’est déjà la maladie, et non les prodromes, qui commence au moment d’où M. Remiet la fait dater.

D’après MM. Alferief et Mœring, les phénomènes catarrhaux sembleraient avoir été plus prononcés en Russie qu’à Constantinople.

M. Netter a insisté, à Constantinople, sur les variations symptomatologiques qu’a subies le typhus selon les saisons. M. Mouchet fait les mêmes remarques en Crimée : de février à mai 1856, phénomènes nerveux de la plus haute gravité et toujours constipation opiniâtre ; dès que la chaleur s’établit, en mai, la diarrhée remplace la constipation. En hiver, toux très-pénible, qui diminue considérablement l’été. Nous avons établi qu’à Constantinople en général, et en particulier dans notre propre

Dlî TYPHUS DE l’ AIIMÉE d’oRIENT.

service, les parotidil.es ont été fréquentes en 1 854-55, rares en 1855-50. M. Mouchet constate précisément tout le contraire en Crimée. Enfin, notre collègue relate quelque différence présentée par le pouls dans les deux épidémies, différence que nous n’avons pas retrouvée à Constantinople : en 1 854-55, pouls mou, dépressible, calme même chez les sujets délirants, et ne reprenant de l’énergie que dans les cas où la terminaison devait être heureuse ; en 1855-56, pouls mou, petit, lent, difficile à trouver, puis se développant aux approches d’une terminaison favorable. A Constantinople le pouls était généralement développé, quoique dépressible, et sa fréquence variait de 80 à 1 20. Enfin, selon M. Mouchet, les épistaxis seraient fréquentes en été et fourniraient du sang vermeil, tandis qu’en hiver elles ne se manifesteraient que pendant la convalescence et seraient constituées par du sang noir lent à se coaguler.

Voyons pour quelques symptômes en particulier.

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