Amélioration croissante; même régime
11. — Convalescence : demi-quart de pain, soupe au lait, pomme cuite, bordeaux, extrait de kina. Les taches cutanées ont disparu.
Martin, déjà très-maigre avant cette atteinte de typhus, a maigri de nouveau. Avec un régime prudent et des toniques, il se relève peu à peu, mais lentement. La convalescence a été prompte, mais cet organisme usé par une diarrhée chronique et par deux atteintes de typhus, ne peut revenir qu’avec lenteur à un état de santé complète.
Observation \ IV.
Typhus levissim us, continu avec accès quotid iens, sans stupeur ni délire,
avec éruption et parotidite commençante. Varicelle concomitante?
— Traitement par trois purgatifs. Convalescence le cinquième jour.
Henry, du 64me de ligne, infirmier auxiliaire, employé au magasin du linge, à l’hôpital militaire de Péra; tempérament lymphatique, bonne constitution; pas de scorbut prononcé en Crimée ; chargé d’un service assez doux, allant très-rarement dans les salles, mais vivant avec les infirmiers attachés au service des malades, et maniant du linge qui a servi aux typhiques.
Le 25 mars 1 856, à quatre heures après midi, il est pris d’un frisson qui se prolonge jusqu’à neuf heures du soir, accompagné d’une céphalalgie surtout frontale qui, d’abord légère, s’exaspère graduellement, et est suivie d’une sueur qui dure environ une heure et demie. La nuit est mauvaise; insomnie complète, malaise, céphalalgie légère, douleurs contusives dans les membres ; la fièvre a diminué sans tomber tout à fait.
26. — Fièvre continue, coupée d’un accès pareil à celui d’hier. La céphalalgie augmente. Henry entre dans mon service le soir même. La nuit est mauvaise.
27. — Je vois ce malade à ma visite du matin. Faciès rouge, conjonctives injectées, œil larmoyant, pupilles notablement contractées, céphalalgie médiocrement intense, tête chaude, battements dans les tempes, quelques éblouissements quand il s’assied, légers bourdonnements d’oreilles, douleurs plus vives, siégeant surtout aux jambes et aux lombes, un peu d’incertitude dans la marche. Bouche fade, langue limoneuse, anorexie, soif assez vive, quelques nausées, gêne épigastrique, ventre normal, un peu de constipation, depuis quelques jours; pas de selles le 27 mars, fatigue et brisement, sans stupeur. La réaction est assez vive : pouls assez développé, sans dureté, battant 95 fois à la minute; peau chaude, moite ; 38° t/2 c. sous l’aisselle. Les urines me semblent à peu près normales, un peu plus rares et un peu plus rouges cependant qu’à l’état physiologique.— Prescription : diète, tilleul 4 litres, une bouteille d’eau de Sedlitz, qui produit trois évacuations. L’accès, revient comme hier. La fièvre continue se prolonge après l’accès comme les jours précédents, insomnie, quelques rêvasseries, un peu de marmottement la nuit, avec conservation d’une intelligence nette et sans stupeur.
28. — Même état qu’hier, à ma visite du matin. L'intelligence n’a aucune atteinte, les réponses sont très-nettes. Éruption de quelques pétéchies discrètes, disséminées sur l’abdomen, le dos, les membres, d’un rouge clair, pâlissant un peu sans disparaître sous la pression, de 5 à 6 millimètres de diamètre, irrégulièrement arrondies, assez nettes. Douleur et tension légère à la région parotidienne, je n’ai pas noté le côté. Les nausées ne se sont reproduites ni hier ni aujourd’hui. — Prescription : diète, limonade
OBSERVATIONS
tartrique 5 litres, eau de Sedlitz qui produit quatre selles, frictions mercurielles belladonées sur la région parotidienne. L’accès ne reparaît pas, la céphalalgie et la fièvre diminuent considérablement dans la soirée; le visage et les conjonctives pâlissent. Le malade dort tranquille dans la nuit du 28 au 29.
29. — Le sujet se dit fort bien : il ne reste qu’un peu d’embarras à la tête, la peau est moite, le pouls est souple et bat 82 fois, les urines sont claires et abondantes. — Prescription : bouillons, limonade tartro-boratée 3 litres, qui amène trois selles. — A ma visite du soir, l’amélioration s’est maintenue; je remarque à la face et au dos huit ou dix vésicules occupant le centre de petites taches rouges, disparaissant à la pression, et rappelant assez bien la varicelle. Les pétéchies ont un peu pâli. La région parotidienne est un peu moins tendue et moins douloureuse. Je n’apprends pas sans étonnement que le sujet est resté levé une partie de la journée. La nuit est bonne.
30. — La convalescence est bien nette et le sujet a faim. Je lui accorde des aliments légers. Le pouls reste néanmoins encore fréquent. La parotidite a avorté, la rougeur périphérique des vésicules est à peine visible; les pétéchies le sont davantage. Le 1er avril, il n’en reste pas trace.
Cette observation est un exemple de typhus levissimus incomplet. La stupeur et le délire manquent, mais l’éruption pétéchiale, la menace de parotidite, la congestion du faciès et des conjonctives, ne peuvent laisser de doute sur la nature de la maladie. Nous nous demandons si une légère varicelle ne s’y serait pas mêlée : en effet, le lendemain de l’éruption pétéchiale, des vésicules reposant sur des taches roses se sont manifestées, et quelques-unes siégeaient à la face, site presque toujours respecté par les pétéchies typhiques, tandis que les éruptions varioliques
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l’affectionnent. Du reste, nous avons eu un nombre notable de varioles et surtout de varioloïdes et de varicelles en mars et en avril. On a remarqué que les deux genres d’éruption ont parcouru leur évolution d’une manière indépendante, ce qui semble nous autoriser à les rapporter à deux genres de causes. On a vu aussi que les pétéchies pâlissaient peu sous la pression, et ont duré plus longtemps que le cercle érythémateux de la varicelle, éphémère et disparaissant sous le doigt.
Je trouve dans la description du typhus de Vienne en 1757 et 1758 (1) l’indication d’un cas dans lequel les pétéchies se montrèrent le quatrième jour, et des miliaires blanches le dix-septième. Je relève dans plusieurs auteurs, et je retrouve dans mes notes sur le typhus de l’armée d’Orient des cas dans lesquels des sudamina se manifestèrent aprèsl’éruption pétéchiale.
Observation XV.
Typhus levissimus. Éruption le quatrième jour à compter des premiers phénomènes morbides. La maladie est jugée le sixième jour ; convalescence immédiate avec persistance d’un peu d’embarras de tète pendant quelques jours. Traitement par deux purgatifs, sinapismes, camphre.
Boitier, du 57me de ligne, sorti depuis un mois de l’hôpital où il avait été traité pour un scorbut dont il ne reste plus de traces, rentre le 16 mars 1856. Il a la fièvre depuis le 13 : céphalalgie modérée, faciès et conjonctives rouges, un peu d’hébétude, réponses très-raisonnables, insomnie et subdélire la nuit, constipation, ventre sans météorisme ni gargouillement, fièvre modérée, peau moite. — Le 17.
(1) llascnblal, loco citato, cap. n, p. 12.
OBSERVATIONS
une éruption pétéchiale discrète mais caractéristique se manifeste sur tout le corps, avec exacerbation fébrile mar quée. Eau de Sedlitz à 60 grammes. — Le 18, il y a un mieux marqué, la fièvre est tombée, le malade a faim, mais il reste une teinte légère de stupeur et de l'embarras de tête. Je répète l'eau de Sedlitz à 30 grammes; sinapismes; j’accorde un bouillon. — Le 19, le mieux continue ; l’éruption pâlit un peu; le malade reste assis sur son lit à plusieurs reprises dans la journée; mais, comme, malgré cet état général satisfaisant, une légère stupeur et une sorte de sentiment d’ivresse persistent, je n’accorde encore qu’un bouillon et je prescris des sinapismes. La maladie est jugée le sixième jour, sauf le reliquat céphalique. — Le 20, la convalescence se consolide : excepté la tête, toutes les fonctions sont assez rentrées en ordre pour que le mot convalescence puisse être prononcé. Boîtier se lève un peu. Potion camphrée, sinapismes; bouillon. — Le 21, le malade a rêvé la nuit, mais le mieux se consolide, et j’accorde une soupe au lait. — Le 22, panade et pomme cuite. La tête se débarrasse. — Le 23, demi-quart de pain, vermicelle au gras, omelette, quart devin. Il ne reste rien de l’éruption. — Le 25, Boitier mange la demie.
©bservatiou XVI.
Typhus levissimus. Trois jours de fièvre rémittente, insomnie, un peu d embarras gastrique et de constipation. Le quatrième jour, un peu de délire nocturne, et éruption cutanée légère. Le cinquième jour, bonne nuit, convalescence, appétit, ie malade se lève. Il passe sans transition de la maladie à la santé et s’alimente immédiatement. Traitement : a prises de sedlitz, sinapismes, limonade.
Tonnot, infirmier auxiliaire, jouissant d’une bonne santé, sanguin, entre malade dans mon service le 22 février 1856,
43 i DU TYPHUS DE L’ARMÉE d’oRIENT.
quatrième jour de son affection. Le 19 février, il a été pris, à une heure après midi, d’un frisson suivi de fièvre avec céphalalgie, éblouissements, chaleur, moiteur sans sueur, soif, amertume de la bouche et nausées, brisement des jambes. Dès lors il y a eu insomnie, et la fièvre est maintenue; mais les 20 et 21, le frisson s’est représenté en retardant un peu chaque jour, de sorte qu’il n’est venu qu’à 4 heures le 21 : le type était donc rémittent. Un peu de constipation.
22. — Insomnie, rêvasseries, un peu de délire, diaphorèse dans la journée, intelligence nette, fièvre modérée; l’artère à 80 pulsations, sans développement, un peu molle; peau assez chaude et moite, céphalalgie légère, aucune autre douleur; bouche amère, langue sans sécheresse ni enduits, abdomen souple, légers vertiges ; faciès congestionné et conjonctive injectée ; rien à la poitrine. — Pr. eau de Sedlitz, limon, tartr. ; sinapismes aux cuisses. — Deux selles dans la journée, le frisson ne revient pas, mais la fièvre se maintient modérée, il est vrai, et il y a une légère teinte de stupeur ; l’intelligence est toujours bien nette. Éruption de petits points rouges, pâlissant à la pression, épars sur tout le corps ; il y en a à peine une vingtaine.
23. — Dort assez bien la nuit, sans rêver, et a des sueurs abondantes; pas de selles le matin, pouls à 110, peau assez chaude, céphalalgie légère et quelques vertiges quand il va sur le vase ; plus de stupeur, regard naturel, soif modérée, un peu d’appétit, moiteur continuelle. — Pr. soupe au lait, limon, tartr. ; eau de Sedlitz qui amène quelques selles. — A ma visite du soir, je trouve, non sans étonnement, Tonnot levé et assis devant une fenêtre.
24. — Bonne nuit, peau moite, pouls à G8, appétit, plus de traces de la légère éruption. — Pr. quart de pain,
OBSERVATIONS
panade, une omelette. La tête reste un peu lourde et l’œil est encore un peu injecté : eau de Sedlitz qui amène cinq selles.
25. — J’accorde la demi-portion. Point d’exfoliation furfuracée de la peau.