‹ Du typhus de l'armée d'OrientChapitre 69 sur 83 · A. SYSTÈME NERVEUX, DÉLIRE, DOULEURS, ETC · texte numérisé non relu

A. SYSTÈME NERVEUX, DÉLIRE, DOULEURS, ETC

Nous avons vu parfois à Constantinople le délire se manifester la seconde, quelquefois même la première nuit, et, en général, il est précoce dans le typhus ; bien plus, si l'on compte comme délire les rêvasseries nocturnes avec marmotement, paroles pronon-

cées tout haut, égarement, le délire est à peu près initial. M. Bally parle aussi de débuts brusques commençant par le délire. Au contraire, sur le Sané, etc., et en général quand le début est lent et catarrhal, le délire est tardif.

Les caractères bizarres du délire n'ont pas échappé à M, Godelier :

« J'ai vu, dit-il, des raihtaires, raisonnables d'ailleurs sur tout autre sujet, vouloir absolument sortir pour se rendre à une revue ; une sœur s'est crue damnée pendant plus de trois semaines ; j'ai noté la taciturnité morose, obstinée, suivie d'une hilarité et d'une loquacité puériles assez persistantes. » Presque tous les observateurs ont remarqué que le délire est plus prononcé la nuit. Il a été parfois assez tranquille, d'autres fois furieux; ainsi, sur le Fleurus, il a fallu employer tous les voiliers à confectionner des chemises de force. Sur le Magellan, le délire tourne à la monomanie suicide : le chirurgien-major se tue en s'ouvrantla carotide; le maître-canonnier se suicide aussi ; le capitaine d'armes se laboure la poitrine de coups de couteau, etc. Plusieurs de ces hommes raisoiniaient bien en général, si ce n'est sur l'objet de leur monomanie, et croyaient faire des niches à leurs gardiens en cherchant à se tuer. M. Billot, au Frioul, fait sur les caractères du délire des remarques à peu près semblables à celles que nous avons relatées à

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propos du typhus de Gonstantinople. Le malade n'est ni malheureux ni souffrant, et, quand la convalescence se déclare, il semble sortir d'un doux rêve. » Quelques convalescents, et mon ami Cougner entre autres, m'ont raconté qu'ils n'avaient, durantla période la phis grave de leur maladie, souvenir de rien, aucune idée, si ce n'est un sentiment de duahté, de trinité. Dans leurs hallucinations, ils se croyaient couchés avec un ou deux individus en tout point identiques à eux-mêmes. Ils causaient, dans leur délire, avec de bizarres compagnons, buvaient, mangeaient, etc., les uns pour les autres, et cela produisait exactement la même satisfaction que si le malade s'en était acquitté pour lui seul. » Plusieurs de mes camarades qui ont eu le typhus en Orient, m'ont dit avoir éprouvé les mêmes sensations.

Il n'a jamais vu le déhre furieux de la méningite.

D'après Ozanam, le même sentiment de pluralité aurait aussi existé à Wilna en 1813, et les malades se croyaient, en outre, entourés d'une foule d'individus chargés de prendre soin d'eux.

En Crimée, M. Moucliet fait aussi quelques remarques analogues aux nôtres : que, dans le typhus, surtout à forme cérébrale, le délire est un des phénomènes les plus constants, plus grave la nuit que le jour, mais qu'il n'enlève pas toutes ses facultés au malade, qui répond juste jusqu'à une époque

rapprochée de la rnorl. Les malades, ajoute-l-il, conservent souvent une force incroyable : ils vont seuls sur la chaise jusqu'au dernier moment, et on en a vu maintes fois quitter leur lit pour aller courir , délirants, par la campagne et dans le camp.

Les douleurs contusives ou plus vives dans les membres sont notées par la majorité des observateurs. La céphalalgie est généralement assez intense; elle est atroce à la fin, sur le Sané. A Constantinople, elle se manifeste d'emblée, acquiert en très-peu de jours toute son intensité, et diminue ensuite au lieu d'augmenter. Sur plusieurs navires, au contraire, elle reste plus ou moins de temps fort légère, sauf à changer tardivement dans certains cas : exemple sur le Sané, sur le Vauban, etc. En général, elle est modérée quand le début est lent et catarrhal; mais elle est d'emblée plus intense chez les individus sains pris brusquement, comme nous l'avons observé à Constantinople. Les grands spasmes delà méningite, du tétanos ne sont pas notés; c'est absolument comme à Constantinople. M. Godelier observe un cas de catalepsie ; on a des chorées sur Vléna, des crampes sur le Sané, etc.

M. Garcin note la voix éteinte. Ce phénomène a été rare à Constantinople. En Russie, le catarrhe laryngé enrouait la voix (Mœring).

Stupeur. — Elle a été tardive sur le Sané, sur VPJldorado, etc., etc.; ailleurs, elle s'est montrée

SI

rapidement. En général, le coma profond ne semble que le propre des cas Irès-graves, ou ne se manifeste guère que dans la période ultime des cas qui se terminent par la mort. En Crimée, M. Mouchet constate que la stupeur, plus prononcée dans la seconde que dans la première épidémie, est loin cependant de celle de la fièvre typhoïde.

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