XI. L'Italie recevra une indemnité de guerre proportionnée
à sa force et à ses sacrifices. ‘
XII. L'Italie s’associera à la déclaration de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, en vertu de laquelle les villes ne des Mahométans doivent être laissées entre les mains
l'un État musulman indépendant.
PPRBEE AUTRICHE, YOUGOSLAVIE : 177
XIII. Dans le cas où la France et la Grande-Bretagne étendraient leurs possessions coloniales en Afrique aux dépens de PAllemagne, elles reconnaissent en principe à l'Italie le droit de demander certaines compensations, sous la forme d’une extension de ses possessions en Erythrée, dans le pays des Somalis, en Libye, et dans les territoires coloniaux limitrophes des colonies françaises et anglaises.
XIV. La Grande-Bretagne s'engage à faciliter aussitôt à l'Italie la conclusion, à des conditions favorables, sur le marché de Londres, d’un emprunt qui ne sera pas inférieur à cinquante millions de livres sterling.
XV. La France, la Grande-Bretagne et la Russie s'engagent à soutenir l'Italie en tant qu’elle ne permettrait pas au Saint- Siège d'entamer une négociation diplomatique pour amener la paix et régler les questions soulevées par la guerre.
XVI. Le présent traité doit être tenu secret. Quant à l’adhésion de.l’Italie à la déclaration du 5 septembre 1914, elle ne sera publiée qu'après les déclarations de guerre de et à l'Italie.
Les représentants de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, après avoir pris connaissance de ce memorandum, et munis des pouvoirs nécessaires, d’accord avec le représentant de l'Italie, qui était également autorisé par son gouvernement, décident : —
La France, la Grande-Bretagne et la Russie se déclarent pleinement d'accord avec le présent memorandum qui leur a été présenté par le gouvernement italien.
Quart aux articles I, IT et IIT relatifs à la coordination des opérations mulitaires des quatre puissances, l'Italie déclare qu’elle prendra part réellement à la guerre aussitôt que possible, et en tout Cas avant la fin du mois qui suivra la signature du présent document par les parties contractantes.
(Signé en quatre exemplaires, le 26 avril 1915.)
Enwarp GREY, Juzes CAMBON, ImMPERïIALI, BENCKENDORFF.
Le texte publié par les bolcheviks est-il complet et exact ? — Tout permet de le supposer, parce que nous ne
voyons aucune raison qui aurait pu les pousser à en modifier la teneur et que les gouvernements intéressés ne l’ont pas démenti. On n’y lit pas cependant la clause du veto, dont il a été souvent question ces derniers mois, en vertu de laquelle les Alliés auraient promis à l’Italie de s’opposer à la réunion de la Serbie et de la Croatie. [WM. Gauvain suppose, {Journal des Débats, 18 février.) que, pour « dissimuler un engagement d'un caractère aussi choquant, on avait jugé plus décent de le rejeter dans une dépêche ou une lettre explicative.» Son hypothèse paraît assez vraisemblable] (1). Peut-être la Consulta, comme le suppose encore M. Gauvain, comptait-elle se servir de cette clause du veto comme d’un moyen pour peser sur les Yougoslaves : elle leur aurait offert d’y renoncer à condition qu’ils reconnussent les autres conditions du traité du 26 avril. ei J'ai toujours été, pour ma part, l'adversaire résolu de la diplomatie secrète, qui est un des legs les plus déplorables de l’ancien régime et du pouvoir absolu. Elle n’a jamais donné que des résultats lamentables, parce qu’elle repose sur une conception radicalement erronée et sur la méconnaissance absolue des conditions actuelles de la vie publique et des conséquences du régime démocratique. Elle tend, en effet, à imposer aux peuples une politique qu’on n’ose pas leur avouer, et elle se résume dans un mot : « la diplomatie contre la nation ». Le système des « secrets », qu’il ait été appliqué par Louis XV, par Napoléon IIT, ou en 1911, na jamais abouti qu’à des désastres. Prétendre le continuer de nos jours est une pure folie et un non-sens, puisque les traités les plus formels sont caducs du jour où le peuple dont on a engagé subrepticement la signature se refuse à les ratifier. Le moment arrive toujours où il faut payer de
() Les passages entre parenthèses angulaire avaient été censurés pendant la guerre. |
PR RL ER SAUTRICHE,; YOUGOSLANVIE: 170
sa personne, et les cabinets qui n’ont pas derrière eux la masse de la nation sont bien vite acculés à une capitulation sans gloire. Les seules clauses, ainsi, qui aient ‘quelque chance d’être respectées sont celles qui sont acceptées par . la conscience publique, et il ny a, dans ce cas, aucune raison de ne pas les proclamer : à haute voix. Du jour où l’Allemagne par son agression de 1914, a déchiré elle-même le traité de Francort, nous n'avons pas hésité à annoncer solennellement que, puisque la guerre nous était imposée, nous ne la terminerions qu'après avoir, rattaché à la France les provinces . qui nous avaient été arrachées au mépris de toute justice. L’Italié de même, quand au xix® siècle elle a commencé la lutte pour son indépendance, a réclamé sans hésitation l’indépendance de la péninsule, des Alpes à l’Adriatique. — Pourquoi ? — Parce qu’elle était sûre d’avoir pour elle à la fois l'adhésion de la conscience universelle et le dévouement inébranlable de ses propres enfants. Pourquoi renonce-t-elle à ses plus illustres traditions ? Après tout, elles ne lui ont pas si mal réussi ; [ef ne voit-elle pas que c’est une médiocre preuve de foi dans sa propre cause que de dissimuler dans des clauses secrètes ses désirs et ses espérances ?]| Encore si le mystère dont s’entourent les diplomates n'était pas aussitôt percé ! Leur secret n’est le plus souvent que le secret de Polichinelle, qui est mal fait pour relever leur prestige. — La Convention du 26 avril a été divulguée au lendemain même du jour où elle avait été conclue, et 1l était impossible qu’il en fût autrement, parce qu’elle touchait à des intérêts trop multiples. D'ailleurs, il faut en prendre son parti : discrétion et régime parlementaire sont deux termes contradictoires ; résignons-nous à vivre dans une maison de cristal. À peine connu, le traité a [produit une impression déplorable, et tout le monde avoue aujourd’hui qu’il aeu de néfastes conséquences]. I1 a doulou-
reusement surpris les neutres. [1 a donné des armes à l'Allemagne qui a pris des mines confites et doucereuses pour dénoncer les vues ambitieuses de ses ennemis. [/J a créé entre l'Italie es ses nouveaux alliés un état de sourde défiance, parce que la Consulta les a toujours soupçonnés de soutenir sans ardeur et sans sincérité des engagements qui répondaient mal à leurs véritables aspirations]. En Italie même et en France, il a découragé les 1déalistes qui acceptaient avec un enthousiasme fervent les sacrifices de la guerre, parce qu'ils y voyaient l’aurore d’une ère nouvelle où les doctrines impérialistes n’auraient plus aucune place. Surtout — et c’est le point le plus grave, celui aussi qui rentre dans l’horizon de notre Revue — il a éloigné de nous les populations yougoslaves, prêtes à tous les sacrifices pour conquérir leur indépendance, mais qui n’avaient évidemment aucune raison de
se soulever contre l’Autriche dès qu’on exigeait d'elles
qu’elles renonçassent à leurs revendications les plus chères. Par là, il a favorisé le retour offensif des partisans de
l'Autriche, encore fort nombreux dans le monde, et.
toute la cohorte bigarrée et bruyante des défenseurs des Habsbourgs a repris courage, puisque ses adversaires se divisaient. 0
Rien ne saurait être plus dangereux, parce que la destruction de la monarchie austro-hongroise est la condition première de l’émancipation du monde et, par conséquent, le prélude et la garantie nécessaires de notre victoire.
Il ne nous a pas fallu moins de trois ans de guerre pour
nous convaincre que notre action militaire était affaiblie et compromise par la division et l’incohérence de nos efforts. Mais l’unité diplomatique n’est pas moins indispensable que l’unité du commandement militaire. Pour l’obtenir,
un seul moyen : partir de principes qui soient acceptables