Timée, p. 419, t. XII de notre traduction
Et cependant il y a dans le monde un désordre qui semble accuser la justice et la bonté de Dieu.
Un principe qui se rattache à Tidée même du bien nous dit que tout agent moral, mérite une récompense quand il fait le bien , et une punition lorsqu'il fait le mal. Ce principe est universel et nécessaire, il est absolu. Si ce principe n'a pas son application dans ce monde, îl faut, ou que ce principe soit menteur ou que ce monde soit mal ordonné.
Or, c'est un fait que le bien n'amène pas toujours à sa suite le bonheur, ni le mal le malheur.
Remarquons d'abord que si le fait existe, il est assez rare et semble présenter le caractère d'une exception.
La vertu est une lutte contre la passion, et cette lutte, pleine de dignité, est pleine aussi de douleur; mais, d'un côté, le crime est condamné à des douleurs bien autrenjent dures; de l'autre, celles de la vertu sont de peu de durée; elles sont une épreuve nécessaire et presque toujours bienfaisante.
La vertu a ses peines , mais le plus grand bonheur est encore avec elle, comme le plus grand malheur est avec le crime; et cela en petit et en grand, dans le secret de l'âme et sur le théâtre de la vie , dans les conditions les plus obscures et dans les situations les plus éclatantes.
La bonne et la mauvaise santé est, après tout, la plus grande partie du bonheur et du malheur. A cet égard, comparez la tempérance et son contraire , l'ordre et le désordre, la vertu et le vice, j'entends une tempérance vraiment tempérante, et non pas un ascétisme
atrabilaire, une vertu raisonnable et non pas une vertu farouche.
Le grand médecin Hufeland * remarque que les senliments bienveillants sont favorables à la santé , et que les sentiments malveillants lui sont contraires. Les passions violentes et haineuses irritent, enflamment, portent le trouble dans Torganisation comme dans Tâme; leâ affections bienveillantes entretiennent le jeu niesuré et harmonieux de toutes les fonctions.
Hufeland remarque encore que les plus grandes longévités appartiennent à des vies sages et bien réglées.
Ainsi, pour la santé, la force et la vie, la vertu vaut mieux que le vice : c'est déjà beaucoiip, ce me semble.
Je veux bien ne parler de la conscience qu'après la santé ; mais enfin , avec le corps, notre hôte le plus assidu est la conscience. La paix ou le trouble de la conscience décide du bonheur ou du malheur intérieur. A ce point de vue , comparez encore Tordre et le désordre , la vertu et le vice.
Et en dehors de nous , dans la société , à qui vont l'eslime et le mépris, la considération et Tinfamie? Assurément Topinion a ses méprises , mais elles ne sont pas longues. En général , si les charlatans , les intrigants, les imposteurs de toutes les espèces surprennent quelque temps les suffrages , il faut convenir qu'une honnêteté soutenue est le moyen le plus sûr, et à peu près infaillible , d'arriver à la bonne renommée.
Je regrette que le temps qui nous presse m'interdise