Plus haut, leçon v, du Mysticisme
2. Cette prétendue preuve de sentiment est, en effet, la preuve cartel sienne elle-même. Voyez plus haut, leçon iv et leçon xvi.
sentiment! Nous l'invoquons au contraire et pour les autres et pour nous. Nous sommes ici avec le peuple, ou plutôt nous sommes peuple nous-même. C'est à la lumière du cœur, empruntée à celle de la raison, mais qui la réfléchit plus vive dans les profondeurs de notre être, que nous nous coiifions pour entretenir dans Tàme de l'ignorant toutes les grandes vérités, et pour les sauver même dans l'esprit du philosophe des égarements ou des raffinements d'une philosophie ambitieuse.
Oui, nous croyons, avec Quintilien et Vauvenargues, que la noblesse des sentiments fait celle des pensées. L'enthousiasme est à nos yeux le principe des grands travaux comme des grandes actions. Sans l'amour du beau , l'artiste ne produira que des œuvres régulières peut-être mais froides , qui pourront plaire au géomètre, mais non pas à l'homme de goût. Pour communiquer la vie à la toile, au marbre, à la parole, il faut la porter en soi. C'est le cœur, mêlé à la logique , qui fait la vraie éloquence; c'est le cœur, mêlé à l'imagination, qui fait la grande poésie. Songez à Homère, à Corneille, à Bossuet: leur trait le plus caractéristique, c'est le pathétique, et le pathétique est le cri de l'âme. Mais c'est surtout dans la morale qu'éclate la puissance du sentiment. Le sentiment, nous l'avons déjà dit, est comme une grâce divine qui nous aide à accomplir la loi sérieuse et austère du devoir. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'en des situations délicates, compliquées, difficiles, on ne sait pas démêler où est le vrai , où est le bien ! Le sentiment vient au secours du raisonnement qui chancelle ; il parle , et toutes les incertitudes se dissipent.
En écoutant ses inspirations, on peut agir imprudemment , mais rarement on agit mal : la voix du cœur, vc'est la voixdeDieu.
Nous faisons donc une grande place à ce noble élément de la nature humaine. Nous croyons l'homme tout aussi grand par le cœur que par la raison. Nous rendons hommage aux généreux écrivains «qui , dans le relâchement des principes et des mœurs ?iu XYin* siècle, ont opposé la beauté du sentiment à la bassesse du calcul et de rintérêt. Nous sommes avec Hutcheson contre Hobbes, avec Rousseau contre Helvétius, avec l'auteur de Woldemar * contre la morale de l'égoïsme ou celle de récole. Nous leur empruntons ce qu'ils ont de vrai ; nous leur laissons des exagérations inutiles ou dangereuses. Il faut joindre le sentiment à la raison, mais non pas remplacer la raison par le sentiment. D'abord, il est contraire aux faits de prendre la raison pour le raisonnement et de les enve'opper dans la même critique. Et puis, après tout, le raisonnement est Tinstrument légitime de la raison : il vaut ce que valent les principes sur lesquels il s'appuie. Ensuite la raison, et singulièrement la raison spontanée, est, comme le sentiment , immédiate et directe ; elle va droit à son objet, sans passer par l'analyse, l'abstraction , la déduction, opérations excellentes sans doute, mais qui en supposent une première , l'aperception pure et simple (le la vérité ^. Cette aperception, c'est à tort qu'on l'at-