DE L'ÉDITION DE
Depuis quelque temps on nous demande de divers côtés de rassembler en un corps de doctrine les théories dispersées dans nos différents ouvrages, et de résumer, en de justes proportions, ce qu'on veut bien appeler notre philosophie.
Ce résumé était tout fait. Nous n'avions qu*à reprendre des leçons déjà bien anciennes, mais assez peu répandues parce qu'elles appartiennent à un temps où les cours de la Faculté des lettres n'avaient guère de retentissement au delà du quartier latin, et aussi parce qu'on ne pouvait les trouver que dans un recueil considérable, comprenant tout notre premier enseignement de 1815 à 1821*. Ces leçons étaient là comme perdues dans la foule. Nous les en avons tirées, et nous les donnons à part, sévèrement corrigées, dans l'espérance qu'ainsi elles seront accessibles à un plus grand nombre de lecteurs , et que leur vrai caractère paraîtra mieux.
4. Premiers essais de philosophie; Du vrat, du beau et DU bien; Philosophie sensualiste, Philosophie écossaise; Philosophie de Kant, 3* édit., 5 vol.
n AVANT-PROPOS
Les dix-huit leçons qui composent le présent volume ont en effet ce trait particulier que, si l'histoire de la philosophie en fournit le cadre, la philosophie elle-même y occupe la première place, et qu'au lieu de recherches d'érudition et de critique elles présentent une exposition régulière de la doctrine, dès lors arrêtée dans notre esprit, qui depuis n'a cessé de présider à tous nos travaux.
Ce livre contient donc l'expression abrégée mais exacte de nos convictions sur les points fondamentaux de la science philosophique. On y verra^à découvert la méthode qui est l'âme de notre entreprise, nos principes, nos procédés, nos résultats.
Sous ces trois chefs , le Vrai , le Beau , le Bien , nous embrassons la psychologie , placée par nous à la tête de la philosophie tout entière , l'esthétique , la morale, le droit naturel, le droit public même en une certaine mesure , enfin la théodicée , ce périlleux rendez-vous de tous les systèmes, où les différents principes sont condamnés ou justifiés par leurs conséquences.
C'est l'affaire de notre livre de plaider lui-même sa cause. Nous souhaitons seulement qu'il soit apprécié et jugé sur ce qu'il est réellement , et non sur une opinion trop accréditée.
On s'obstine à représenter l'éclectisme comme la doctrine à laquelle on daigne attacher notre nom. Nous le déclarons : l'éclectisme nous est bien cher,
AVANT-PROPOS. vu
sans doute, car il est à nos yeux la lumière de l'histoire de la philosophie, mais le foyer de cette lumière est ailleurs. L'éclectisme est une des applications les plus importantes et les plus utiles de la philosophie que nous professons, mais il n'en est pas le principe.
Notre vraie doctrine, notre vrai drapeau est le spiritualisme , cette philosophie aussi solide que généreuse, qui conmience avec Socrate et Platon, que r Évangile a répandue dans le monde, que Descartes a mise sous les formes sévères du génie moderne , qui a été au xvii* siècle une des gloires et des forces de la patrie, qui a péri avec la grandeur nationale au xvni% et qu'au commencement de celui-ci M. Royer-CoUard est venu réhabiliter dans l'enseignement public, pendant que M, de Chateaubriand , M"' de Staël , M. Quatremère de Quincy la transportaient dans la littérature et dans les arts. On lui donne à bon droit le nom de spiritualisme, parce que son caractère est de subordonner les sens à l'esprit , et de tendre , par tous les moyens que la raison avoue, à élever et à agrandir l'homme. Elle enseigne la spiritualité de l'âme, la liberté et la responsabilité des actions humaines, l'obligation morale , la vertu désintéressée , la dignité de la justice, la beauté de la charité ; et par delà les limites de ce monde elle montre un Dieu, auteur et type de l'humanité , qui , après l'avoir faite évidemment