Platon, République j t. IX et X de nqtre traduction
une cité complète , tout un monde d'idées , de sentiments, de désirs, de passions , de mouvements, qui réclament une législation. Cette législation nécessaire est supprimée.
Disons encore un mot d'un système qui , sous de sublimes apparences, cache un principe vicieux*.
Il y a des personnes qui croient relever Dieu en mettant dans sa volonté seule le fondement de la loi morale, et le souverain mobile de Thumanité dans les peines et les récompenses qu'il lui a plu d'attacher au respect et à la violation de sa volonté.
Entendons-nous bien dans une matière aussi délicate.
II est certain, et bientôt nous rétablirons nous-mêmes pour le bien*, comme nous Tavons fait pour le vrai et pour le beau ^ il est certain que d'explications en explications on en vient à se convaincre que Dieu est en définitive le principe suprême de la morale, en sorte qu'on peut très-bien dire que le bien est l'expression de sa volonté, puisque sa volonté est elle-même l'expression de la justice éternelle et absolue qui réside en lui. Dieu veut sans doute que nous agissions suivant la loi de la justice qu'il a mise dans notre entendement et dans notre cœur 3 mais il n'en faut pas du tout conclure qu'il ait institué arbitrairement cette loi. Loin de là, la justice n'est dans la volonté de Dieu que parce qu'elle a sa
1. Voyez dans les Premiers Essais, Du vrai principe de la morale ^ p; 284-287, une réfutation de ce système.