‹ Du vrai, du beau et du bien. --Chapitre 12 sur 76 · Premiers estais, Fragments du cours de 1817, etc · texte numérisé non relu

Premiers estais, Fragments du cours de 1817, etc

2. Voy. cette critique, cours de 1820. Pbilosophie de Kant, leç. VIII.

est celle de nos facultés qui nous les découvre, et à laquelle ils se rapportent et correspondent.

Le propre de ces principes, c'est qu'à la réflexion chacun de nous reconnaît qu'il les possède, mais qu'il n'en est pas l'auteur. Nous les concevons et les appliquons, nous ne les constituons point. Interrogeons notre conscience. Rapportons-nous à nous-mêmes, par exemple, les définitions de la géométrie, comme nous le faisons de certains mouvements dont nous nous sentons la cause? Si c'est moi qui fais ces définitions, elles sont donc miennes, je puis donc les défaire, les modifier, les changer, les anéantir même. Il est certain que je ne le puis. Je n'en suis donc pas l'auteur. Il est aussi démontré que les principes dont nous avons parlé ne peuvent dériver de la sensation variable, bornée, incapable de produire et d'autoriser rien d'universel et de nécessaire. J'arrive donc à cette conséquence nécessaire aussi : la vérité est en moi et n'est pas à moi. De même que la sensibilité me met en rapport avec le monde physique, ainsi une autre faculté me met en communication avec des vérités qui ne dépendent ni du monde ni de moi, et cette faculté c'est la raison.

Il y a dans l'homme trois facultés générales qui sont toujours mêlées ensemble et ne s'exercent guère que simultanément, mais que l'analyse divise pour les mieux étudier, sans méconnaître leur jeu réciproque, leur liaison intime, leur unité indivisible. La première de ces facultés est l'activité, l'activité volontaire et libre, où paraît surtout la personne humaine, et sans

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laquelle les autres facultés seraient comme si elles n'étaient pas, puisque nous ne serions pas pour nousmêmes. Qu'on s'examine au moment où une sensation paraît en nous : on reconnaîtra qu'il n'y a perception qu'autant qu'il y a un degré quelconque d'attentions et que la perception finit au moment où finit notre activité. On ne se rappelle pas ce qu'on a fait dans le sommeil absolu ou dans la défaillance, parce qu'alors on a perdu l'activité, par conséquent la conscience, et par conséquent encore la mémoire. De même, souvent la passion, en nous enlevant la liberté, nous enlève du même coup la conscience de nos actions et de nousmêmes : alors, pour nous servir d'une expression juste et vulgaire, on ne sait plus ce qu'on fait. C'est par la liberté que l'homme est véritablement homme, qu'il se possède et se gouverne; sans elle il retombe sous le joug de la nature; il n'en est qu'une partie plus admirable et plus belle. Mais, en même temps que je suis doué d'activité et de Hberté, je suis passif aussi par d'autres endroits; je subis les lois du monde extérieur; je souffre et je jouis sans être moi-même l'auteur de mes joies et de mes souffrances; je sens s'élever en moi des besoins, des désirs, des passions que je n'ai point faites, et qui tour à tour remplissent ma vie de bonheur ou de misère, malgré que j'en aie et indépendamment de ma volonté. Enfin, outre la volonté et la sensibilité, l'homme a la faculté de connaître, l'entendement, l'intelligence, la raison, peu importe le nom, au moyen de laquelle il conçoit des vérités d'ordres différents, et entre autres des vérités uni-

verselles et nécessaires qui supposent dans la raison, attachés à son exercice, des principes entièrement distincts des impressions des sens et des résolutions de la volonté'.

L'activité volontaire, la sensibilité, la raison, sont toutes les trois également certaines. La conscience vérifie l'existence des principes nécessaires qui dirigent la raison tout aussi bien que celle des sensations et des volitions. J'appelle réel tout ce qui tombe sous l'observation. Je souffre : ma souffrance est réelle en tant que j'en ai conscience; il en est de même de la liberté; il en est de même de la raison et des principes qui la gouvernent. Nous pouvons donc affirmer que l'existence des principes universels et nécessaires repose sur le témoignage de l'observation, et même de l'observation la plus immédiate et la plus sûre, celle de la conscience.

Mais la conscience n'est qu'un témoin : elle fait paraître ce qui est, elle ne le crée pas. Ce n'est pas parce que la conscience vous l'annonce que vous avez produit tel ou tel mouvement, éprouvé telle ou telle sensation. Ce n'est pas aussi parce que la conscience nous dit que la raison est contrainte d'admettre telle ou telle vérité, que cette vérité existe : c'est parce qu'elle existe qu'il est impossible à la raison de ne pas l'admettre. Les vérités qu'atteint la raison, à l'aide

1. Cette classification des facultés humaines, qu'on chercherait en vain avant nos cours, est notre ouvrage, et, sauf quelques différences plus nominales que réelles, elle est aujourd'hui généralement adoptée et fait le fond de la psychologie de notre temps.

des principes universels et nécessaires dont elle est pourvue, sont des vérités absolues ; la raison ne les fait point, elle les découvre. La raison n'est pa? juge de ses propres principes et n'en peut pas rendre compte, car elle ne juge que par eux, et ils sont ses lois à ellemême. Encore bien moins la conscience ne fait-elle ni ces principes, ni les vérités qu'ils nous révèlent; car la conscience n'a d'autre office ni d'autre puissance que de servir en quelque sorte de miroir ù la raison. Les vérités absolues sont donc indépendantes de l'expérience et de la conscience, et en même temps elles sont attestées par l'expérience et la conscience. D'une part, c'est dans l'expérience que se déclarent ces vérités, et de l'autre nulle expérience ne les explique. Voilà comment diffèrent et s'accordent l'expérience et la raison, et comment, au moyen de l'expérience même, on arrive à trouver quelque chose qui la surpasse.

Ainsi la philosophie que nous enseignons ne repose ni sur des principes hypothétiques ni sur des principes empiriques. C'est l'observation elle-même, mais appliquée à la partie supérieure de nos connaissances, qui aous fournit les principes que nous cherchions, un point de départ à la fois solide et élevé *.

1. Cette leçon sur l'existence des principes universels et nécessaires, qui fut si aisément comprisej en 1818, par un auditoire auquel étaient encore présentes les longues discussions des deux précédentes années, paraissant ici sans l'appui de ces préliminaires pourra bien ne pas satisfaire entièrement le lecteur. Nouw le prions de vouloir bien consulter les Premiers Essais de Philosophie qui contiennent, en abrégé du moins, les nombreuses leçons de 1816 et

Ce point de départ, nous l'avons trouvé, ne Tabandonnons pas. Demeurons-y inébranlablement attachés. L'étude des principes universels et nécessaires, considérés sous leurs divers aspects et dans les grands problèmes qu'ils soulèvent, est presque la philosophie tout entière; elle la remplit, la mesure, la divise. Si la psychologie est l'étude régulière de l'esprit humain et de ses lois, il est évident que celle des principes universels et nécessaires qui président à l'exercice de la raison est la partie la plus haute de là psychologie, ce qu'on appelle en Allemagne la psychologie rationnelle, bien différente de la psychologie empirique. Puisque la logique est l'examen de la valeur et de la légitimité de nos divers moyens de connaître, elle ne peut pas ne pas faire son plus considérable emploi d'apprécier la valeur et la légitimité de principes qui sont les fondements de nos plus importantes connaissances. Enfin la méditation de ces mêmes principes nous conduit à la théodicée et nous ouvre le sanctuaire de la philosophie, si nous voulons remonter jusqu'à leur véritable source, jusqu'à cette raison souveraine, première et dernière exphcation de la nôtre.

de 1817 dont celle-ci est le résumé; surtout de lire, dans les cours de 1819 et de 1820, Philosophie sensualiste. Philosophie écossaise. Philosophie de KaiNï, les analyses développées où, sous des formes diverses, les principes universels et nécessaires sont déniontrés autant qu'ils peuvent l'être, et, dans le cours de 1829, Philosophie de Locke, les leçons consacrées à rétablir l'autorité de ces mêmes principes contre le père de l'empirisme moderne.

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