Lucien, Apulée, Lucius de Patras
3. Histoire générale de la philosophie, leçon vi, «nrla philo- Sophie de la renaissance.
lèrent les ApoTIonius et les Jamblique ; et même en plein xviif siècle, Swedenborg n'a-t-il pas uni en sa personne un mysticisme exalté et une sorte de magie, frayant ainsi la route à ces insensés qui me * contestent le matin les preuves les plus solides et les plus autorisées de l'existence de l'âme et de Dieu, et me proposent le soir de me faire voir autrement que par mes yeux, de me faire ouïr autrement que par mes oreilles, de faire usage de toutes mes facultés autrement que par leurs organes naturels, me promettant une science surhumaine, à la condition de perdre d'abord la conscience, la pensée, la liberté, la mémoire, tout ce qui me constitue être intelligent et moral? Je saurai tout alors, mais à ce prix que je ne saurai rien de ce que je saurai. Je m'élèverai dans un monde merveilleux, qu'éveillé et de sens rassis je ne puis pas même soupçonner, et dont ensuite il ne me restera aucun souvenir : mysticisme à la fois grossier et chimérique, qui pervertit tout ensemble la psychologie et la physiologie; extase imbécile, renouvelée sans génie de l'extase alexandrine, extravagance qui n'a pas même le mérite d'un peu de nouveauté, et que l'histoire voit reparaître à toutes les époques d'ambition et d'impuissance.
1. On s'occupait alors avec ardeur du ma^nétistne, et plas d'un magrnétisenr, à moitié matérialiste, à moitié illuminé, préfendait vous convertir au système de la parfaite clairvoyance de l'àme obtenue au moyen du sommeil artificiel. Hélas! aujourd'hui de sen:- Wables folies sont revenues. Les évocations sont à la. mode. On iflferroge les esprits et ils répondent! Il n'y a que la conscience qu'on n'interroge pas, et la superstition seule contre-pèse le sceptjcism«.
130 CINQUIÈME LEfiOIM.
Voilà OÙ on en vient quand on veut sortir des con« ditions imposées à la nature humaine. Ciiarron l'a dit le premier, et après lui Pascal l'a répété : Qui veut faire l'ange fait la bête. Le remède à toutes ces folies est une théorie sévère de la raison, de ce qu'elle peut et de ce qu'elle ne peut pas, de la raison enveloppée d'abord dans l'exercice des sens, puis s'élevant aux idées universelles et nécessaires, les rappontant à leur principe, à un être infini et en même temps réel et substantiel, dont elle conçoft l'existence, mais dont il lui est interdit à jamais de pénétrer et de comprendre la nature. Le sentiment accompagne et vivifie les intuitions subhmes de la raison, mais il ne faut pas confondre ces deux ordres de faits, encore bien moins étouffer la raison dans le sentiment. Entre un être fini tel que l'homme , et Dieu, substance absolue et infinie, il y a le double intermédiaire de ce magnifique et immense univers livré à nos regards, et de ces vérités éternelles que la raison conçoit, mais qu'elle n'a point faites pas plus que l'œil ne fait les beautés qu'il aperçoit. Le moyen le plus sur qui nous soit donné de nous élever jusqu'à l'Être des êtres, sans éprouver d'éblouissement ni de vertige, et de nous en rapprocher dans la mesure permise, c'est de nous consacrer à l'étude et à l'amour de la vérité, et, comme nous le verrons tout à l'heure, à la contemplation et à la re production du beau, surtout à la pratit^ue du bien.