Leçons i et vi
La réalité des distinctions morales nous est révélée par ce jugement, mais elle en est indépeudanie, comme la beauté est indépendante de l'œil qui l'aperçoit, comme les vérités universelles et nécessaire? sont indépendantes de la raison qui les découvre'.
Le bien et le mal sont des caractères réels des actions humaines, bien que ces caractères ne puissent être ni vus de nos yeux ni touchés de nos mains. Les qualités morales d'une action ne sont pas moins certaines pour ne pouvoir être confondues avec les qualités matérielles de cette action. Voilà pourquoi des actions matériellement identiques peuvent être moralement très différentes. Un meurtre est toujours un meurtre ; cependant, si c'est souvent un crime, c'est souvent aussi une action légitime, par exemple quand elle est accomplie non par vengeance, non par intérêt, mais dans le cas rigoureux de la défense personnelle. Ce n'est pas le sang versé qui fait le crime, c'est le sang innocent. L'innocence et le crime, le bien et le mal ne résident pas dans telle ou telle circonstance extérieure déterminée une fois pour toutes. La raison les reconnaît avec certitude sous les apparences les plus diverses, dans des circonstances tantôt les mêmes et tantôt dissemblables.
Le bien et le mal nous apparaissent presque toujours engagés dans des actions particulières ; mais ce a'est pas par ce qu'elles ont de particulier que ces actions Bont bonnes ou mauvaises. Ainsi quand je prononce
L Levions ii, m et vi.
que la mort de Socrate est une injustice et que le dévouement de Léonidcis est admirable, c'est la mort in juste d'un homme sage que je condamne, c'est le dé vouement d'un héros que jadmire. 11 n'importe pas que ce héros s'appelle Léonidas ou d'Assas, que le sage immolé s'appelle Socrate ou Bailly.
Le jugement du bien s'applique d'abord à des actions particulières, et il donne naissance à des principes généraux qui nous servent ensuite de règles pour juger toutes les actions du même genre. Comme après avoir jugé que tel phénomène particuher a telle cause particuhère, nous nous élevons à ce principe général : tout phénomène a sa cause * ; de même nous érigeons en règle générale le jugement me 'al que nous avons porté à propos d'un fait particuher. Ainsi nous admirons d'abord la mort de Léonidas, et de là nous nous élevons à ce principe qu'il est bien de mourir pour son pays. Nous possédions déjà le principe dans sa première application à Léonidas ; sans quoi cette application particulière n'eût pas été légitime ; elle n'eût pas même été possible ; mais nous le possédions imphcitement ; bientôt il se dégage, nous apparaît sous sa forme universelle et pure, et nous l'appliquons à tous les cas analogues.
La morale a ses axiomes comme les autres sciences ; et ces axiomes s'appchent ajuste titre, dans toutes les langues, des vérités morales.
Il est bien de ne pas trahir ses serments, et cela