Esprit des Lois, passim
2. OEuvres de Turgot, t. II, Discours en Sorbonne sur les avantages que l'établissement du christianisme a procurés au genre hutnnin, etc.
3. Voyez dans la Correspondance la lettre au docteur Stiles, 9 mars 1790. écrite par Franklin quelques semaines avant sa mort : « Je suis convaincu que le système de morale et de religion que Jésus-Christ nous a transmis est ce que le monde a vu et peut voir de meilleur. »
qu'elles reconnaissent; nécessaire pour le meilleur service de l'humanité. La philosophie et la religion diffèrent sans se contredire. Quand saint Augustin parle à tous les fidèles dans l'église d'Hippone, ne cherchez pas en lui le subtil et profond métaphysicien qui a combattu les Académiciens avec leurs propres armes, et qui s'appuie sur la théorie platonicienne des idées pour expliquer la création. Bossuet, dans le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, n'est plus et en même temps il est toujours l'auteur des Sermons, des Elévations et de l'incomparable Catéchisme de Meanx. Séparer la rehgion et la philosophie, c'a toujours été, d'un côté ou d'un autre, la prétention des petits esprits, exclusifs et fanatiques ; le devoir, plus impérieux aujourd'hui que jamais, de quiconque a pour l'une ou pour l'autre un amour sérieux et éclairé, est de les rapprocher, de mettre ensemble, au lieu de les dissiper en les divisant, les forces de l'esprit et de l'âme, dans l'intérêt de la cause commune et du grand objet que la religion chrétienne et la philosophie poursuivent, chacune par les voies qui lui sont propres, je veux dire la grandeur morale de l'humanité'.
1. Nous n'avons cessé de réclamer, d'appeler de tous nos vœux l'alliance du christianisme et de la philosophie, comme celle de le monarchie et de la liberté. Voyez Premiers Essais, du Souverain bien, p. 31,1 et Avertissemeiit, P. xi-xvi ; nos Études sur Pascal, I** et 2' préface, possim: Discours a la Chambre des Pairs pour la
DÉFENSE DE l'université ET DE LA PHILOSOPHIE. PartOUf nOUS prO
fessons l'* vénération la plus tendre pour le christianisme : nous n'avons jamais repoussé que la servitude de la philosophie, avec Descartes ei avec les docteurs les plus illustres des temps anciens et des tâoiDs nouveaux.
ftcTue d« la doctHiie contenue dans ces leçons, et des trois ordres de faitt ^dt l9> qnels cette doctrine repose, avec le rapport de chacun d'eux à l'école moderne qui l'a reconnu et développé, mais presque toujours exagéré. — Expérience et empirisme. — Raison et idéalisme. — Sentimeut et raystioisrae. — Tliéodicée. Défaut des divers systèmes connus. — Do procédé qui conduit à la yraie théodicée et da caractère de certitude et de réalité que ce procédé lui donne.
Arrivés au terme de ce cours, nous avons une dernière tâche à remplir : il faut vous en rappeler l'esprit général et les résultats les plus importants.
Dès la première leçon, je vous ai signalé l'esprit qui animerait cet enseignement: un esprit de libre recherche, reconnaissant avec joie la vérité partout où il la rencontre, mettant à profit tous les systèmes que le xviii^ siècle a légués à notre temps, mais ne s'enfermant dans aucun d'eux.
Le xviii* siècle nous a laissé en héritage trois grandes écoles qui durent encore aujourd'hui : l'école anglaise et française, dont Locke est le chef, et dont Gondillac, Helvétius et Saint-Lambert sont parmi nous les représentants les plus accrédités; l'école écossaise, avec tant de noms célèbres, Hutcheson, Smith, Reid, Beattie, Ferguson et Dugald Stewart ; l'école allemande, ou plutôt l'école de Kant, car, de tous les philosophes d'au delà du Rhin, celui de Kœnigsberg est à peu près le seul qui appartienne à l'histoire. Kant est mort au cunimeo-
Wi DIX-SEPTIÈME LEÇON.
cernent du xix* siècle ' ; les cendres de son plus illustre disciple, Fichte^, sont à peine refroidies. Les autres philosophes renommés de l'Allemagne virent encore '^ et échappent à notre appréciation.
Mais ce n'est là qu'une énumération ethnographique des écoles du xvni^ siècle. Il faut surtout les considérer dans leurs caractères, analogues ou opposés. L'école anglo-française représente particulièrement l'empirisme et le sensualisme, c'est-à-dire une importance à peu près exclusive attribuée dans toutes les parties de la connaissance humaine à l'expérience en général, et surtout à l'expérience sensible. L'école écossaise et l'école de Kant représentent un spiritualisme plus ou moins développé. Enfin il y a des philosophes, par exemple Hutcheson, Smith et d'autres, qui, se défiant des sens et de la raison, donnent au sentiment la suprématie.
Telles sont les écoles philosophiques en présence desquelles est placé le xix" siècle.
Nous sommes forcé d'avouer qu'aucune d'elles ne contient, à nos yeux, la vérité tout entière. Il est démontré qu'une partie considérable de la connaissance échappe à la sensation, et nous pensons que le sentiment n'est une base ni assez ferme ni assez large pour