II» partie
438 DIX-SEPtiÈMÈ LEÇON.
mais réelle qu'il soutient avec la vertu, et de lui ouvrir des perspectives infinies K
Avec ces éléments empiriques, l'idéalisme est mis à l'abri de cet enivrement mystique qui peu à peu le gagne et le saisit quand il est tout seul, et le décrie auprès des esprits sains et sévères. Pourquoi ne le dirions-nous pas? Dans nos travaux, nous avons souvent présente la pensée de Locke que nous tenons pour un des hommes les meilleurs et leë plus sensés qui aient été. Il est parmi ces cons(3illers secrets et illustres que nous donnons à notre faiblesse. Nous lui devons plus d'une inspiration ; et nous demandons souvent si des recherches dirigées avec la méthode circonspecte que nous tâchons d'apporter dans les nôtres, n'auraient pas été acceptées par sa sincérité et par sa sagesse. Locke est pour nous le vrai représentant le plus original et tout ensemble le plus tempéré de l'école empirique. Dans les Uens d'un système, il conserve encore une rare liberté d'esprit : sous le nom de réflexion, il admet une autre source de connaissance que la sensation; et cette concession au sens commun est bien considérable. C'est Gondillac qui, en ôtant cette concession, a outré et gâté la doctrine de Locke, et en a fait un système étroit, exclusif, entièrement faux, le sensuaHsme, à pioprement parler. Gondillac opère sur des chimères réduites en signes avec lesquels il se joue à son aise. On cherche en vain dans ses écrits, surtout dans les derniers, quelque trace de ia nature humaine.
l. III' partie.
On se croit, en vérité, dans le royaume des ombres, per inania rerjna^. V Essai sur r eiitendemeni humain produit l'impression contraire. Locke est un disciple de Descartes, que les excès de Malebranche ont jeté dans un excès contraire : il est un des fondateurs de la psychologie : c'est un des plus fins et des plus profonds connaisseurs de la nature humaine, et sa doctrine, un peu chancelante, mais toujours modérée, est digne d'avoir une place dans un véritable éclectisme'^.
A côté de la philosophie de Locke, il etl est une bien autrement grande, et qu'il importe de préserver de toute exagération pour la maintenir à toute sa hauteur. Fondé dans l'antiquité par Socrate, constitué par Platon, renouvelé par Descartes, l'idéalisme compte dans son sein, même parmi les modernes, les plus belles renommées. Il parle à l'homme au nom de ce qu'il y a de plus noble dans l'homme. Il revendique les droits delà raison; il rétabht dans la science, dans l'art et dans la morale des principes fixes et invariables, et du sein de cette existence imparfaite il nous élève vers un autre monde, le monde de l'éternel, de l'infini, de l'absolu.
Cette grande philosophie a toutes nos préférences : on ne nous accusera pas de lui avoir fait une trop petite part dans ces leçons. Au îviii* siècle elle est sur-
1. Sur Condillac. Premiers Essais, Condillac, p. ir)9-171, etc., el particulièrement Philosophie sensualistk, leçons ii et m.
2. Noos n'avons jamais parlé de Locke qu'avec un respect sincère, même en le combattant. Voyez Philosophie sensualiste. leçon I", Locke, et surtout Philosophie dk Locke, passim.
tout représentée à des degrés différents parReid etpai Kanl. Nous acceptons Reid tout entier moins ses vues historiques, qui sont par trop insuffisantes et souvent mêlées de graves erreurs '. Il y a dans Kant deux parties : la partie analytique et la partie dialectique, comme il les appelle '^. Nous admettons l'une, nous repoussons l'autre. Dans tout ce cours, combien d'emprunts n'avons-nous pas faits à la Critique de la raison spéculative, à la Critique du jugement, à la Crititique de la raison pratique? Ces trois ouvrages sont à nos yeux d'admirables monuments du génie philosophique : ils sont remphs de trésors d'observation el d'analyse \
Avec Reid et Kant, nous reconnaissons la raison comme la faculté du vrai, du beau et du bien. C'est à sa vertu propre que nous rapportons directement la connaissance dans sa partie la plus humble et dans sa partie la plus élevée. Toutes les prétentions systématiques du sensualisme se brisent contre la réalité manifeste des vérités universelles et nécessaires qui sont incontestablement dans notre esprit. A chaque instant, que nous le sachions ou que nous l'ignorions, nous