Leçons IV et T
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les principes de la connaissance aussi bien que de l'existence. En lui les choses puisent à la fois leur intelligibilité et leur être. C'est par la participation de la raison divine que notre raison possède quelque chose d'absolu. Tout jugement de la raison enveloppe une vérité nécessaire, et toute vérité nécessaire suppose l'être nécessaire.
Si toute perfection appartient à ]*être parfait, Dieu possédera la beauté dans sa plénitude. Père du monde, de ses lois, de ses ravissantes hafmonies, auteur des formes, des couleurs et des sons, il est le principe de la beauté dans la nature. C'est lui que nous adorons, sans le savoir, sous le nom d'idéal, quand notre imagination, entraînée de beautés en beautés, appelle une beauté dernière où elle puisse se reposer. C'est à lui que l'artiste mécontent des beautés imparfaites de la nature et de celles qu'il crée lui-même, vient demander des inspirations supérieures. C'est eufin en lui que se résument les deux grandes formes de la beauté en tout genre, le beau et le sublime, puisqu'il satisfait toutes nos facultés par ses perfections et les accable de son infinitude.
Dieu est le principe de la vérité morale comme de toutes les autres vérités. Tous nos devoirs sont compris dans la justice et la charité. Ces deux grands préceptes, nous ne les avons pas faits ; ils nous sont imposés; de qui donc peuvent-ils venir, sinon d'un législateur essentiellement juste et bon ? C'est là, selon nous, une démonstration invincible de la justice et de la charité divines : cette démonstration éclaire et
soutient toutes les autres. Dans cet immense univers dont nous entrevoyons une faille partie, tout semble, malgré plus d'une obscurité, ordonné en vue du bien générai, et ce plan atteste une Providence. A l'ordre physique qu'on ne peut guère nier de bonne foi, ajoutez la certitude, l'évidence de l'ordre moral que nous portons en nous-mêmes. Cet ordre suppose l'harmonie de la vertu et du bonheur ; il la réclame donc. Sans doute cette harmonie paraît déjà dans le monde visible, dans les conséquences naturelles des bonnes et des mauvaises actions, dans la société qui punit et récompense, dans l'estime et le mépris public, surtout dans les troubles et dans les joies de la conscience. Toutefois cette loi nécessaire de l'ordre moral, n'est pas toujours exactement accomplie ; elle doit l'être pourtant, ou l'ordre moral n'est point satisfait, et la nature la plus intime des choses, leur nature morale, demeure violée, troublée, pervertie. Il faut donc qu'il y ait un être qui se charge d'accomplir, dans un temps qu'il s'est réservé et de la manière qui crnviendra, l'ordre dont il a mis en nous l'inviolabl-e besoin ; et cet être, c'est encore Dieu.
Ainsi de toutes parts, de la métaphysique, de l'esthétique, surtout de la morale, nous nous élevons au même principe, centre commun, fondement dernier de toute vérité, de toute beauté, de tout bien. Le vrai, le beau et le bien ne sont que les manifestations diverses d'un même être. L'intelligence humaine, interrogée sur loutCo ces idées qui sont incontestablement en elle, nous fait toujours la même réponse; elle nous renvoie
à la même eTcplication : au fond de tout, au-dessus de tout, Dieu, toujours Dieu.
Nous voici donc arrivés, de degrés en degrés, à la religion. Nous voici en communion avec les grandes philosophies qui toutes proclament un Dieu, et en même temps avec les religions qui couvrent la terre, avec la religion chrétienne, la nourrice et l'institutrice de la société moderne. Tant que la philosophie n'est pas parvenue à la reUgion naturelle, et par là nous entendons, non la religion à laquelle l'homme peut arriver dans cet état hypothétique qu'on appelle l'état de nature, mais la religion que nous révèle la lumière naturelle accordée à tous les hommes; la philosophie demeure au-dessous de tous les cultes, même les plus imparfaits, qui du moins donnent à l'homme un père, un témoin, un consolateur, un juge. Une vraie théodicée emprunte en quelque sorte à toutes les croyances religieuses leur commun principe, et elle le leur rend entouré de lumière, élevé au-dessus de toute incertitude, placé à l'abri de toute attaque. La philosophie peut alors se présenter à son tour au genre humain: elle aussi elle a droit à sa confiance ; car elle lui parle de Dieu a' nom de tous ses besoins et de toutes ses facultés, a i nom de la raison et au nom du sentiment.
Remarquez que nous sommes arrivés à ces hautes conclusions sans aucune hypothèse, à l'aide de procédés à la fois très-simples et parfaitement rigoureux. Étant données des vérités de différent ordre, que nous n'avons pas faites et qui ne suffisent pas à elles-mêmes, nous sommes remontés de ces vérités à leur auteur,
de même qu'on va de l'effet à la cause, du signe à la cnose signifiée, du phénomène à l'être, de la qualité au sujet. Ces deux principes, que tout effet suppose une cause et que toute qualité suppose un sujet, sont des principes universels et nécessaires. Ils ont été mis par nous dans une pleine lumière, et démontrés en la manière que peuvent l'être des principes indémontrables puisqu'ils sont primitifs. Déplus, ces principes nécessaires, à quoi s'appliquent-ils ? A des vérités métaphysiques et morales, nécessaires aussi. lia donc bien fallu conclure l'existence d'une cause et d'un être nécessaire ; ou bien il fallait nier, soit la nécessité du principe de la cause et du principe de la substance, soit la nécessité des vérités auxquelles nous les avons apphqués, c'est-à-dire renoncer à toutes les notions du sens commun ; car ce qui compose le sens commun, ce sont précisément ces principes et ces vérités avec leur caractère d'universaUté et de nécessité. Non-seulement il est certain que tout effet suppose une cause et toute qualité un être, mais il l'est également qu'un effet de telle nature suppose une cause de la même nature, et qu'une qualité ou un attribut marqué de tels et tels caractères essentiels suppose un être dans lequel se retrouvent éminemment ces mêmes caractères. D'où il suit que nous avons conclu très-légitimement de la vérité à une cause et à une substance intelhgente, de la beauté à un être souverainement beau, et d'une loi morale composée à la fois ie justice et de charité à un législateur souverainement juste et souverainement bon.
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Et nous n'avons pas fait de la géométrie et de l'algèbre en ihéodicée, à l'exemple de beaucoup de philosophes, et des plus illustres. Nous n'avons pas déduit ies attributs de Dieu les uns des autres, comme on convertit les différents termes d'une équation, ou comme d'une propriété du triangle on déduit ses autres propriétés, ce qui aboutit à un Dieu tout abstrait, bon peutêtre pour l'école, mais qui ne suffit pas au genre humain. Nous avons donné àlathéodicéeun plus sur fondement, la psychologie. Notre Dieu, c'est sans doute aussi l'auteur du monde, mais c'est surtout le père de l'humanité ; son intelligence, c'est la nôtre à laquelle on ajoute la nécessité de l'essence et la puissance infinie. De même notre justice et notre charité, rapportées à leur immortel exemplaire, nous donnent une idée de la justice et de la charité divines. Voilà un Dieu réel, avec lequel nous pouvons soutenir un rapport réel aussi, que nous pouvons comprendre et sentir, et qui à sou tour peut comprendre et sentir nos efforts, nos souffrances, nos vertus, nos misères. Faits à son image, conduits jusqu'à lui par un rayon de son être, il y a entre lui e1 nous un Hen vivant et sacré.
Notre théodicée est donc pure à la fois d'hypothèse et d'abstraction. En nous préservant de l'une, nous nous sommes préservés de l'autre. Ne consentant à reconnaître Dieu qne dans ses signes visibles aux yeux, intelligibles à l'esprit, c'est sur d'infaiUibles témoignages que nous nous sommes élevés à Dieu. Par une conséquence nécessaire, partant d'effets et d'attributs réels, nous sommes arrivés à une cause et à une substance
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réelles, à une cause ayant en puissance tous ses effets essentiels, à une substance riche d'attributs. J'admire la folie de ceux qui, pour mieux connaître Dieu, le considèrent, disent-ils, dans son essence pure et absolue, dégagée de toute détermination limitative. Je crois avoir ôté à jamais la racine d'une telle extravagance *. jXon; il n'est pas vrai que la diversité des déterminations et par conséquent des qualités et des attributs détruise l'unité absolue d'un être ; la preuve infaillible en est que mon unité n'est pas le moins du monde altérée par la diversité de mes facultés. Il n'est pas vrai que l'unité et la multiplicité sont unies en moi. Pourquoi donc ne le seraient-elles pas en Dieu? Il y a plus : loin (l'altérer l'unité en moi , la multiplicité la développe et en fait paraître la fécondité. De même la richesse des déterminations et des attributs de Dieu , loin de lui être une limite, est précisément le signe de la plénitude de son être. Négliger ses attributs, c'est dope l'appauvrir, nous ne disons pas assez, c'est l'anéantir : car un être sans attributs n'est pas, et l'abstraction de l'être, humain ou divin, fini ou infini, relatif ou absolu, c'est le néant.
La théodicée a deux écueils : l'un, que je viens de vous signa.ler, est l'abstraction, l'abus de la dialectique; c'est très-souvent le vire de la métaphysique. S'efîorcet-on d'éviter cet écueil , on court le risque d'aller se briser contre l'écueil opposé, je veux (Jire cet effroi du raisonnemept qui s'étend jusou'à la raison, cette pré-