I.*»lr et fringant on me voyait naguère
Le précéder et montrer mon ardeur ;
L'âge et le tempa, me iamanten arrière.
Ont affaibli le» jambe* du coureur.
Mais, san* quitter nn maître que j'honore,
A se* côtés, marchant à petits pas.
Je sui* heureux, lorsque je puis encore
Le soutenir en lui donnant le j>ras.
CAROLINE
Savez-vous s'il a bien voulu accepter l'invitation de maman, et si nous le verrons à notre bal?
RLONDtN.
Nos grandes occupations pourraient bien l'en ; empêcher... Monseigneur est en ce moment de j quartier au château, et...
CAROLINE
Mais, alors, monsieur Eugène ne viendrait pas?
BLONDIN
Probablement, n’ayant pas l’avantage d’être connu do madame votre mère... c’est aujourd’hui que ce jeune homme espérait se faire présenter...
CAROLINE
Sans doute , et j'avais compté sur ce bal pour cela...
BLONDIN
El ce cher chevalier, donct... lui qui ne vous a jamais vue qu'au parloir du couvent de* dames j anglaises...
CAROLINE
Quand il y venait voir Mélanie sa sœor, ma ma bonne compagne, que j'y ai laissée pour quelque temps encore...
BLONDIN
TJne bien aimable demoiselle, qui vous écrit souvent et qui vous parle toujours dans ses lettres de son cher Eugène...
CAROLINE
Quoi ! vous savez cela , monsieur Blondin?
BLONDIN
Mon Dieu, oui... privilège de vieux serviteur à qui on ne cache presque rien... ou qui devine à peu près tout
CAROLINE, à part.
Ahî j'entends une voiture... (On annonce dans la coulisse M me Benoit.) Ma marraine... (On annonce de nouveau M. Petit.) Encore!... l'avoué de ma mère.
BLONDIN
Benoit... Petit... comme c’est tiers-étatl
CAROLINE
Si vous voulez voir maman, je vais la faire prévenir?...
BLONDIN
La déranger!... oh! non... je ne souffrirai pas... 1 et cependant il faut que je lui remette une lettre... !
CAROLINE
Une lettre?.. j
BLONDIN
Confidentielle... M. le duc ne me charge que de celles-là... de quel côte pourrais-je trouver madame votre mère, s'il vous plaît?., car, vous le savez... je n’ai pas ici les grandes entrées, et si j’allais m’égarer, on pourrait me prendre pour un vrai coureur... d'aventures... Quoique habitant avec M. le duc une partie de l’hôtel de madame votre mère, je n’avais pas encore passé l’antichambre de cet appartement... quand je venais lui apporter les hommages de sa seigneurie, ( à part ) et les termes du loyer, ( haut) mission délicate et distinguée, dont mon noble maître me charge seul en ma qualité d'homme de confiance.. . et de discrétion... et ce n’est pas d’aujourd’hui , mademoiselle, que j’ai l'honneur de cette spécialité parmi les serviteurs de M. le duc... Les Blondin datent de trois cents ans dans la livrée de» d’Ercourt...
Caroline, sans répondre.
Allons... il ne viendra pas...
blondin, tirant sa montre .
Oh ! il n’est pas encore trop tard : dix heures...
CAROLINE
Sans doute... et puisque vous savez tout, mon bon monsieur Blondin... si je désire tant que M. le duc paraisse à notre soirée... qu’il y amène... M. de Morny... c’est que j’espère maintenant que ma mère approuvera notre inclination... Hier encore, j’ai entendu une conversation qui m'a fait un plaisir... Ma fille n’épousera qu’un homme titré, disait maman, un homme qui tienne 4 la cour... les Brémont en mourront de dépit...
blondin.
Les Brémont! qu’cst-ce que c’est que ça?
CAROLINE
C'est le nom de la famille de ma tante... qui depuis long-temps est en mésintelligence avec ma mère... de petites questions de vanité... nia tante a épousé M. le vicomte de Brémont, ancien maréchal des logis des mousquetaires noirs... et nous n’avons pas de titres... tuais, tenez, j’aperçois maman qui vient de ce côté.
BLONDIN
Tant mieux... il m’eût peut-être fallu la chcrcherlong-temps, cl pour un coureur de soixantehuit ans... il vaut mieux tenir que de...
Il fait le grate de courir.