CHAPITRE IX
sérieusement, Paradis l'avait prévu. Bientôt la fille de M™^ Dupleix, M"'^ Barnawal, écrivit à La Bourdonnais de la part du gouverneur pour entrer en négociations (19 septembre). Pour apprécier la valeur militaire de ce siège, il suffit de noter que les Français n'eurent, en quatre jours d'attaque, ni un mort ni un blessé.
La Bourdonnais entra dans la ville le 21 septembre, et en avertit Dupleix par une lettre du même jour, sans dire un mol de la capitulation, qui n'était pas encore rédigée. 11 y avait eu seulement convention verbale et sans témoins sur un point : les Anglais pourraient racheter la place.
Sur ce qu'on devait faire de Madras, les deux gouverneurs n'avaient rien arrêté. Vu le petit nombre des troupes, La Bourdonnais avait tout de suite pensé à rançonner la place, et ce parti s'accordait avec ses vues particulières. Dupleix, dans une note du 6 septembre, avait déclaré que si les Anglais voulaiejit éviter le bombardement et l'attaque de Madras, il faudrait exiger d'eux la restitution du Mahmet-Chah, du Favori, du Pondichéry et des autres vaisseaux pris par leur escadre, plus un million de pagodes pour les frais de l'armement, et l'assurance de la neutralité entre les deux nations au delà du Cap (i).
Mais Dupleix raisonnait alors en supposant que la place ouvrirait une négociation avant d'être attaquée. Or, dès le 18 septembre, il apprit qu'une escadre de trois gros vaisseaux de la Compagnie avait touché à Mahé. Ce renfort permettait de laisser des troupes en campagne, et Dupleix déclara aussitôt que cela devait changer la disposition où l'on pouvait être de rendre Madras contre une rançon.
Le 21, le jour même de la capitulation, il annonça à La Bourdonnais qu'il avait reçu une lettre du nabab qui le menaçait d'attaquer Pondichéry si les Français ne levaient pas le siège de Madras (2). C'est bien, avait-il dit après l'avoir lue. Il répondit au nabab que les capitaines de France suivaient les ordres qu'ils recevaient de leur roi. Le lendemain, il fit montrer aux principaux musulmans et Télingas de Pondichéry la copie de sa réponse; il y expliquait que les Anglais ayant pris le vaisseau de Manille appelé le Mahmet-
(1) Mémoires de La Bourdonnais, p. 104. (2j Journal de Rangappa, p. 72.
Clmfi, le roi de France, en colère, avait ordonné de prendre Madras (i).
Mais cependant, pour éviter une attaque du nabab, il crut devoir lui promettre de lui livrer la ville si on la prenait. « Je crois, écrif vait-il à La Bourdonnais, avoir trouvé le moyen de le faire taire « en lui faisant dire qu'on lui remettra Madras, bien entendu dans € l'état que nous jugerons convenable. Cet éveil doit vous engager f à presser vivement cette place et à ne point écouter les proposi- « tions qu'on pourrait vous faire pour la rançonner après sa prise, « car ce serait tromper le nabab et l'engager à s'unir à nos enne- « mis. Au reste, quand vous serez maître de cette place, je ne vois € pas où les Anglais pourront trouver de quoi payer cette rançon. « Je vous prie de faire à ce sujet les réflexions convenables. »
Ainsi Dupleix avait d'abord pensé, d'accord avec La Bourdonnais, à tirer une contribution de la place, soit qu'elle se rachetât avant l'attaque, soit qu'on fût trop faible pour la garder. L'arrivée de quelques renforts changea ses dispositions et lui donna l'idée de garder la place ou, tout au moins, de l'avoir à discrétion. La menace d'intervention du nabab le décida à un troisième parti : la livrer au prince hindou après en avoir tiré tout ce qu'elle contenait en marchandises, argent et munitions. Voulant ruiner la colonie rivale de Pondichéry, il se proposait de la mettre à sac méthodiquement et de la démanteler avant de la lui remettre.
Il paraît bien extraordinaire que ce dessein, si conforme aux vues habituelles à La Bourdonnais, nait pas été accueilli par lui avec empressement. C'était, en somme, mieux qu'une simple rançon, dont le paiement restait douteux. Mais nous touchons là au point délicat de cette célèbre alTaire.
Pourquoi La Bourdonnais s'en tint-il obstinément au premier projet de rançon? Lui-même dit dans son mémoire qu'une première entrevue eut lieu le 20 septembre au matin à son camp, entre lui et MM. Monson et Hally-Burton, députés de Madras; il leur déclara qu'ils devaient rendre la ville, mais qu'elle leur serait ensuite remise moyennant une rançon. Les députés ayant exigé que
(1) Journal de Rangappa, p. 73. Le vaisseau était en partie chargé pour lui, en partie pour Iman-Sahib.