CHAPITRE XII
écrit-il, témoignant ainsi lui-même que ce mémoire est le premier dans lequel il ait exposé un système (i).
Pourtant, quelques mois auparavant, il avait déjà exprimé sous une forme assez nette l'idée fondamentale de ce mémoire (*) :
c Je comprends à merveille, disait-il, qu'une Compagnie de com- < merce ne doit en aucun temps faire la guerre, mais combien c d'exceptions cette règle n'emporte-t-elle pas avec elle, et si celle t de Hollande avait pensé de même, serait-elle parvenue au point c de grandeur où nous l'avons vue, et qu'elle ne doit qu'à la guerre c et à sa constance à supporter avec fermeté les circonstances fâc cheuses qui l'ont souvent mise à deux doigts de sa perte? Je sais c que les vues de ceux qui dirigent la Compagnie ne sont pas fort c étendues et qu'ils oublient bien facilement l'état dans lequel l'anc cienne Compagnie s'est trouvée réduite. Rien n'était plus miséc rable : ils ont également oublié celui où s'est trouvée la nouc velleau commencement de la dernière guerre. Les arrangements c que l'on a pris pour la rétablir un peu n'ont point eu l'effet c qu'on en attendait et Ton est encore obligé d'avoir recours à c d'autres moyens qui ne seront pas plus efficaces, parce que les c dépenses de l'Inde, de Paris et de Lorient absorbent toujours la c plus forte partie des bénéfices, de sorte qu'avec le dividende c qu'on voudrait bien pouvoir augmenter, on fait tout ce qu'il faut c pour faire tomber plus tôt le capital de l'action. C'est pour ne f point tomber dans cet inconvénient que je n'ai rien épargné c pour parvenir à couvrir les dépenses de l'Inde et même d'Euc rope, en faisant obtenir à la Compagnie un revenu de plus de six c millions dans ces parties.... Pour la conservation de tout cela, je t demande 3,500 hommes de plu» que ce que nous avons. >
L'idée indiquée par Dupleix dans cette lettre particulière se trouve développée dans son mémoire du 16 octobre 1753, sur lelequel il comptait pour triompher de toutes les résistances : on va analyser de très près ce mémoire, première et définitive expression de sa politique ( 3 ).
(1) Fr., n. acq., 9151, 116. Dupleix à Marquaysac, 20 décembre 1753.
(2) Fr., n. acq., 9151, 34. Dupleix à Saralette, 15 février 1753.
(3) C* 84, 18. Mémoire de Dupleix à la Compagnie des Inde», 16 octobre 1753. Expédition signée de lui.
f La diversité des sentiments, écrit-il, dans lesquels je vois que c sont mes compatriotes et même les personnes chargées de la régie a de la Compagnie des Indes sur ce qui se passe dans l'Inde, m'oc blige à mettre au jour des vérités qu'une longue expérience m'a c présentées et dont je vais faire voir l'évidence. Ces vérités sont :
c 1° Que toute Compagnie de commerce, quelle qu'elle soit, ne € peut se soutenir par le simple bénéfice de son commerce, qu'il t lui faut un revenu fixe et assuré, surtout lorsqu'elle a de grands c établissements à soutenir;
c 2° Que toute Compagnie doit éviter, autant qu'il lui est post sible, l'exportation des matières d'or et d'argent. »
Ces principes posés, Dupleix attribue la décadence des Portugais à la perte de leurs revenus certains. Les Hollandais ne se soutiennent que par les revenus qu'ils tirent de leur empire de Java, de Sumatra, de Ceylan et du commerce exclusif des épices, qui leur rapporte cent pour un. Les autres objets de commerce ne compensent pas les vols, pertes et friponneries d'administration. Leur crédit ne repose que sur le revenu fixe, et c'est à le fonder qu'ils ont employé cette fermeté remarquable dans le commerce et ses traverses qu'on pourrait souhaiter à notre nation (fol. 19-20).
« Les Anglais, ajoute-t-il, après quelques essais particuliers, essayèrent de s'implanter aux Holuques. Repoussés par les Hollandais, ils s'établirent sur la côte de Coromandel, qui ne produit que des toiles; là les Français leur firent concurrence. La Compagnie anglaise fut ruinée : les établissements coûtaient plus qu'ils ne rapportaient. La Compagnie de 1700 a un capital énorme, mais elle Ta entamé pour payer des dividendes, elle doit un million et demi sterling aux Indes. Elle fait illusion au public, mais si son crédit, soutenu par cette illusion du public, faiblit, sa chute est certaine > (fol. 22).
c La Compagnie du Danemark n'est jamais sortie de l'anéantissec ment. La Compagnie, fondée par Colbert, s'est ruinée malgré la f protection du roi. Les marchands de Saint-Malo, à qui elle céda c son privilège moyennant 10 %, qui ne perdirent aucun vaisseau f et n'avaient que les frais d'armement, se seraient ruinés si leur c traité avait duré plus tard que 1719. La nouvelle Compagnie avait « promis de payer toutes les dettes des Français de l'Inde. Elles