‹ Dupleix: ses plans politiques; sa disgraceChapitre 82 sur 200 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

taine et subrécargues, que des gens prudents et sages, car les Européens étaient exposés à des violences fréquentes et des Anglais y avaient été égorgés pour avoir frappé des Arabes en leur résistant 0). Mais les Français y firent toujours un commerce paisible. Une année même, en 1737, un envoyé du chérif de la Mecque au nabab de Bengale prit passage sur un vaisseau de Dupleix, qui lui fit à Chandernagor une réception magnifique. De Moka, où Dupleix envoyait aussi un navire de temps en temps, on tirait du café. Aux Maldives, on portait du riz surtout, du beurre fondu et de Thuile. On en tirait des cauris plus estimés que ceux de Manille, du caire, sorte de chanvre dont on faisait des cordages et câbles de vaisseaux, du poisson salé qu'on vendait à Acbem. Le commerce d'Achem et du Pégou était de moindre importance que les autres. Dupleix ne fit pas le commerce de Chine, trouvant qu'il rapportait trop peu aux intéressés et trop aux capitaines; mais il faisait constamment les trois voyages de Djedda, Bassora et Manille. Il ne pouvait, dit-il, les abandonner non plus que Surate. Les autres n'étaient faits que selon l'occurrence.

En outre, il chercha, avec une audace et une opiniâtreté remarquables, des débouchés nouveaux. Il envoya, en 1736, un brigantin à Mozambique pour chercher des cauris, et se heurta à la concurrence jalouse de La Bourdonnais; il rétablit le comptoir de Patna, où il envoya son associé Groiselle ; il organisa une mission dans l'Assam pour obtenir du roi le droit de commercer (1739); il essaya le commerce de Malacca sans succès.

Sa correspondance, très active et assez prolixe, nous montre Tétendue de ses relations et l'activité de son travail. Il eut ses premières relations commerciales avec ses collègues de Chandernagor et de Pondichéry : Vincens, Lenoir, Dumas. D'autres employés, par leurs fonctions, .pouvaient lui être utiles. Ainsi Trémisot, chef à Mahé ; Pilavoine, conseiller de Pondichéry ; Fouquet, marchand à Masulipatam; Bunel, à Mahé; Martin, à Surate; Groiselle, chef à Patna ; Burat, chef à Cassimbazar, furent ses associés, ses bailleurs de fonds et ses agents. Outre les Français, il recourut aux Arméniens et aux Indous, Coja Elias, Coja Cachique, Coja Satour Azamat,

(1) Col. O 28, 187. Mémoire de Février sur la Compagnie, 1738. dupleix. 10

Êzéchiel Naby de Cochin, Fatechem, de Patna, affréteurs ou banquiers, clients ou préteurs, sont nommés souvent dans sa correspondance. Ses voisins, Anglais, Hollandais, Ostendais, ont eu aussi avec lui des relations d'affaires et d'amitié très étroites. Dupleix fut avec les Anglais dans les meilleurs termes à cette époque de sa vie. Sans parler de ses amis les Garvalho et le Medere de Madras, qui étaient des créoles, Dupleix a eu des relations commerciales avec de nombreux Anglais de Calcutta. Au sieur Court, en une seule fois, il emprunte à la grosse 30,000 roupies 0). Les sieurs Eliot, W. Price, Bennet, Jackson, Weatherbury, Bu r ton, Weslon, Stackhouse, ont fait avec lui des affaires dont il ne s'est pas toujours loué. Ce sont aussi des Anglais, les traitants nommés Matthews et Hill, qu'il envoya dans l'Assam. Les Hollandais Huygens el Sichterman, gouverneur de Chinsura, étaient très liés avec lui; M. Schonamille, chef du comptoir impérial, avait marié son fils, sur sa demande, avec M Ue Vincens. Dupleix faisait aussi valoir l'argent du directeur Castanier (environ 40,000 roupies). Les principaux de ses correspondants, comme Trémisot, de Mabé, Groiselle, de Patna, Burat, reçoivent une correspondance régulière et importante à chaque courrier. Ainsi Dupleix, à cette époque de sa vie, était exclusivement commerçant. Ses lettres, à cette époque, sont extrêmement intéressantes, non seulement par le tableau qu'elles nous offrent de son activité commerciale, mais parce qu'elles nous permettent de pénétrer au fond de sa pensée jour par jour. Or, nous n'y trouvons que des préoccupations personnelles ; nous y cherchons en vain une idée politique. Par contre, nous y rencontrons la preuve qu'il n'est resté dans l'Inde que pour réparer l'insuccès de ses entreprises et par pur besoin d'argent. Un commerçant actif mais malheureux, un homme ambitieux, non de conquérir un empire, mais d'aller vivre bourgeoisement en France, voilà ce qu'en dépit de la légende sa correspondance nous montre en Dupleix. On nous pardonnera l'analyse minutieuse que nous devons en faire pour rendre évidente celte vérité jusqu'ici méconnue.

Au commencement de 1735, les affaires de Dupleix étaient en

(1) Fr., 8980, 66. A Court, 26 novembre 1737.

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