‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 136 sur 193 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« tout le monde y eut part. I y avait 190 lakhs de roupies (28 mil- « lions 800,000 livres, en comptant la roupie à 2 1. 40), et vingt- « deux coffres de bijoux, des housses de chevaux précieuses, etc. »

Delarche, commis de la Compagnie et interprète de Dupleix dans ces conjonctures, nous apprend que de ce trésor il fut fait deux parts ; l’une fut donnée aux trois nababs de Cadapet, de Canoul et de Savonor. De l’autre moitié on fit trois parts, une pour Chanda- Sahib, qui fut portée au trésor de la Compagnie pour compenser les frais faits pour sa cause, une pour Mousafer-Sing, la troisième fut donnée aux officiers et soldats de la garnison (1).

Que Dupleix ait eu dans ce butin de guerre une part considérable, c’est ce qui est très vraisemblable. Orme prétend qu'il reçut cinq millions comptant. Peut-être eut-il davantage, si l’on compte les présents qui lui furent faits et dont on ne peut supputer la valeur. Nous verrons plus loin, par ce qu’on donnait à de simples officiers, quelles pouvaient être les prétentions du gouverneur.

On a vu par quel enchainement de circonstances Dupleix avait été amené à prendre en main les intérêts de Mousafer-Sing, et comment l'affaire, assez modeste au début, était, par un coup du sort, devenue grandiose. Un avenir merveilleux semblait s’ouvrir.

On pourrait croire que dès ce moment il vit ces promesses de grandeur et d’empire, et qu'il définit dès lors dans son esprit le système de tutelle des princes hindous qu’on lui a prêté et le dessein d'une espèce de mairie du palais pour lui-même. Il n’en est rien. Le gouverneur sentait bien que l’existence et la puissance de Mousafer-Sing étaient nécessaires à la grandeur et au maintien de la puissance française, mais il ne voyait pas clairement par quels moyens il maintiendrait ce prince au pouvoir. En d’autres termes, l'envoi de Bussy en Dekhan ne fut pas la mainmise sur la régence. Ce n’est pas un résident qui part pour surveiller et au besoin défendre un prince client, c’est un chef de mercenaires qui suit le prince qui le paie. Bussy ne tarda pas à s’élever au-dessus de ce rôle; mais, quand il partit de Pondichéry, ce n’était pas un poli-

(1) C? 84, 211. Lettre de Delarche citée par Dupleix (cahier des lettres de Dupleix à Godeheu, juillet 1754).

tique ni un homme d’État, c’était un Sommer, un de Boigne, un Madec, payé pour marcher et se battre.

Nous allons prouver que, même après tout ce qui s'était passé, Dupleix n’était pas encore arrivé à une conception nette de ce qu'il pouvait et que ce furent encore les faits qui éclairèrent son intelli-

gence.

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