‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 140 sur 193 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

deux soutenir, disait à Bussy de tâcher d'obtenir de Saïd les firmans et de dire en même temps à Ramdaspendet, si son parti paraissait assez fort, que Saïd avait promis les firmans afin d'engager aussi le brame à les faire obtenir (1).

Il n'était pas très sûr, on le voit, des gens de l’entourage du soubah. Il ne l’était pas du soubah lui-même. Il écrivait encore à Bussy « que si Salabet-Sing n’était pas franc avec les Francais, s’il « feignait de donner à Mehemet-Ali-Kan l'ordre de céder, tout en « lui faisant dire secrètement de n’en rien faire, pour maintenir « l’équilibre entre les Français et les Anglais, il faudrait planter là « le nabab et revenir avec ses troupes à Masulipatam, où on ferait « prendre les troupes (2) pour passer à Pondichéry. » Enfin Bussy arriva à Aurungabad le 20 juin 1751. Dupleix, toujours préoccupé des firmans, lui écrivit alors :

« C'est le temps de songer à obtenir du Grand Mogol les firmans « dont nous avons besoin. Cette affaire mérite votre attention et « votre séjour encore pour quelque temps à Aurungabad, puisque € Ces pièces, en NOUS ASSUTANT NOS POSSESSIONS, OS jaguirs, nos digni- « tés, mettront le sceau à votre mission qui sera dès lors accom- « plie), »

Il est donc démontré que, dans l'esprit de Dupleix, l’expédition du Dekhan avait maintenant pour objet d'assurer l'installation du soubah et d’obtenir, en lui rendant ce service nouveau, qu'il fit confirmer par le Grand Mogol les firmans de concessions. La mission de Bussy, devenue plus importante qu’au début, était encore temporaire (4).

(1) Arch. Vers. E. 3748, 50. Dupleix à Bussy, 12 et 24 mai 1751. Il insistait aussi à plusieurs reprises pour faire payer par Ramdaspendet à Masulipatam 689,644 roupies prêtées à Mousafer-Sing en deux fois, tant en 1750 qu’à son départ de Pondichéry en 1751, par Dupleix et par la Compagnie. « Il fallait traiter avec lui par la menace, comme on l'avait fait pour les graüfications. »

(2) Arch. Vers. E. 3748, 46. Dupleix à Bussy, 12 mai 1751.

(3) Arch. Vers. E 3748, 66. Dupleix à Bussy, 16 juillet 1751.

(4) Une preuve de plus, c’est ce mot de Dupleix: Ramdaspendet, sachant que les Français ne seront pas toujours là, cherche à se faire des amis ailleurs (chez les Anglais ou les Marattes) (Dupleix à Kerjean, 3748, 53, 17 mai 1751). Ce Ramdaspendet demanda un asile éventuel chez les Français et Dupleix, au lieu de lui promettre de le soutenir, lui conseilla de faire passer sa fortune dans nos comptoirs (Arch. Vers. 3748, 69, Dupleix à Bussy, 16 juillet 1751).

Mais une série d'incidents dans la narration desquels nous n’avons pas à nous engager : l’attaque de Badji-Rao, Peshva des Marattes, la tentative de Gazendi-Kan, frère aîné de Naser-Sing, pour déposséder son cadet (octobre 1752), et enfin les intrigues du wakil-moutlak Saïd-Lasker-Kan pour éloigner les Français, retinrent Bussy en Dekhan pour la protection de Salabet-Sing. Il nous fallait maintenir le soubah pour légitimer nos agrandissements ; un système de protectorat se formula alors nettement dans l'esprit de Dupleix et de Bussy; mais le 40 juin 1751, en annonçant à Machault les donations faites par Mousafer-Sing et en demandant des troupes pour soutenir les acquisitions de la Compagnie, Dupleix ne lui donnait pas d’éclaircissements et signalait seulement les avantages acquis, sans rien dire des suites probables, sauf ce mot vague : qu’il profiterait des occasions (1).

C'est au mois d’août 1751 qu’une idée nouvelle apparait nette-

ment. Il écrivait alors à Bussy « qu'il serait convenable que le soubah assignât un revenu fixe de deux lacs de roupies par mois, à prendre sur les revenus de la province de Carnate, pour fournir à l’entretien des troupes que l’on s’obligerait de tenir toujours prêtes à marcher à ses premiers ordres. J’aime mieux une somme fixe que toutes les terres qu’il pourrait ajouter à celles que nous avons déjà (2). »

[Il s’agit maintenant de la location permanente d’un corps de troupes au soubah, avec toutes les conséquences faciles à déterminer d’une tutelle militaire exercée par un officier français. Une lettre un peu postérieure détermine plus clairement encore sa politique. On peut dire qu’en cette année 1751, ses idées se modifient tous les jours et. selon les circonstances, et qu’elles tendent à devenir systématiques.

« La première affaire que vous devrez régler avec Ramdaspendet, « écrit Dupleix à Bussy (), est la confirmation de Delhi de toutes

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« C’est un coquin, » dit encore de lui Dupleix (3748, 8, Dupleix à Bussy, 3 février 1751). C'est cet Hindou que Tib. Hamont représente comme le guide choisi par Dupleix pour Bussy.

(1) Col, C? 83, 17. Dupleix à Machault, 10 juin 1751.

(2) Arch. Vers. E. 3748, 70. Dupleix à Bussy, 4 août 1751.

(8) Arch. Vers. E. 3748, 102. Dupleix à Bussy, 28 octobre 1751.

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