‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 144 sur 193 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

les affaires de l’Inde terminées ; mais, apprenant les échecs subis par Dupleix en Carnate, elle ordonna de surseoir à toute démarche nouvelle (1),

Que dire de la négociation suivie avec le vice-roi de Goa, et qui devait aboutir à un traité d’alliance? Il s'agissait de rétablir par force les Portugais à Bassein et à San-Thomé. La première place était occupée par les Marattes, la seconde par les Anglais. La Compagnie et le ministère interdirent absolument cette entreprise (2). Dupleix voulut aussi s'emparer de Surate, d'accord avec les Marattes. Il est encore question dans sa correspondance d’un projet de conquête du Tanjaour, sous ce prétexte que le pays était riche (*, d’une intervention engagée aux Maldives pour y restaurer un roi, et d’un établissement à faire en Cochinchine. Tous ces projets, formés de 1750 à 1753, en même temps qu’il avait à lutter contre de terribles difficultés en Carnate, marquent bien de l’impétuosité. Tant d'entreprises en quatre ans! « Il est rarement de la « prudence, disait la Compagnie, d'embrasser ainsi à la fois plusieurs « objets. »

C’est quand il eut à lutter contre les objections de la Compagnie, qu’il chercha pour la première fois à coordonner ce qu’il avait fait et finit par formuler une théorie de l’action française dans l’Inde telle qu'il la concevait ; mais c’est en 1753 seulement qu’il exposa par écrit et clairement son système politique.

Les lettres de la Compagnie du 4° février 1752, répondant à celles par lesquelles il annonçait l’intronisation de Mousafer-Sing, lui apportèrent l’ordre de borner ses acquisitions et la défense de fournir des troupes au soubahdar. Comme nous le verrons plus loin, les idées dont s’inspiraient les directeurs, ou plutôt le ministre, n’é aient pas déraisonnables, si l’on se souvient qu'ils n'avaient nulle connaissance du pays, et que Dupleix, dont les idées n’étaient rien moins qu’arrêtées, n'avait pu leur donner des lumières qu’il n'avait pas lui-même ni leur soumettre un plan qu'il n'avait pas encore conçu. Au recu de ces lettres, Dupleix comprit qu'il fallait informer l'opinion. Bussy, dès qu’il avait deviné le grand avenir

(1) Fr, n. acq., 9145, 177. La Compagnie à Dupleix, 2 janvier 1753. (2) Ibid., 181.

(3) Ibid., 175.

qui s'offrait à la Compagnie dans le Dekhan, lui avait conseillé d’envoyer Kerjean en France pour porter les nouvelles et faire un rapport capable d'éclairer l’aveuglement, s'il y en avait (1). 11 rappela donc Kerjean à Pondichéry, dans l’intention de l'envoyer en France. Kerjean ne put partir, ayant été gravement blessé le 6 septembre 1752, et Dupleix envoya à sa place son beau-frère, le comte d’Auteuil, homme fort médiocre, dont il avait eu récemment peu à se louer. Il paraît que d'Auteuil, dont la sœur avait épousé La Bourdonnais, avait pris parti pour celui-ci contre Dupleix. Avec lui partait un certain Amat, employé révoqué de la Compagnie, pour lequel le gouverneur s’intéressait. Amat ne le méritait certainement pas et paraît n’avoir été qu'un intrigant assez bas. Il affectait alors un complet dévouement à son protecteur. Il était chargé des écritures, et les mémoires qui furent présentés à la Compagnie et au ministre sont, en effet, de sa main, et sans doute de sa composition (2).

Le départ de d'Auteuil fut annoncé par Dupleix dans ses lettres d'octobre 1752, aux syndics, à sa famille (3), à ses amis, surtout à Godeheu, en qui il avait confiance. Mais l’envoyé n'avait pas le talent nécessaire pour persuader des gens prévenus; sa propre famille tenait pour La Bourdonnais, qui venait de sortir de la Bastille, grâce surtout, paraît-il, aux démarches de sa femme. D’Auteuil montra peu de zèle. Son mémoire, qui fut envoyé trop tard, d’ailleurs, à la Compagnie et à M. de Silhouette, ne contient aucun plan politique (4). C’est un simple exposé des services de Dupleix depuis 1742. Il explique la suite des événements qui causèrent son inter-

(1) C? 83, 163. Bussy à Dupleix, 13 octobre 1751.

(2) Fr., n. acq., 9147, 289. Dupleix neveu à Dupleix, 18 octobre 1754. D’Auteuil fit peu de chose à Paris pour la cause de Dupleix. Il ne connaissait que le militaire et ne savait rien du commerce; on tira un peu plus de parti d'Amat, qui au moins s’entendait au commerce et connaissait l'Inde.

(3) Arch. Vers. E 3749, 20, 23, 45. Lettres de Dupleix aux syndics, à M®° de Bacquencourt, à Godeheu, à Savalette, à Dupleix (son neveu), octobre 1752.

Ibid., 45, 12 octobre. Il prie ce dernier de fournir à d'Auteuil l’argent qu’il demandera en prenant des reçus et en tirant sur Dupleix qui avait en mains les fonds du capitaine.

(4) Lettre de Dupleix de Bacquencourt à Silhouette présentant et accompagnant le mémoire d’Amat et de d'Auteuil, à la date du 30 septembre 1753 (Col. C? 84, 4 et suiv.). Il avait été présenté à la Compagnie le 14 juillet.

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