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CHAPITRE XII

ville de Trichinapali, capitale du Maduré, dont Chanda-Sahib avait été jadis le maître avant l'invasion des Marattes; lui-même avait été nommé gouverneur de cette place par son père, qui était d’abord, on s’en souvient, simple régent de la nababie au nom du jeune Sabder-Ali-Kan, neveu de Chanda-Sahib. C’est là qu’il reçut un renfort de troupes anglaises commandées par le capitaine Cope; celui-ci détacha même, à la fin de 1749, des canonniers à Tanjaour pour défendre la place contre l’armée combinée des deux nababs et des Français.

Les Anglais entrèrent à la même époque en correspondance avec Naser-Sing, soubahdar régnant du Dekhan, qui se trouvait menacé par la prise d’armes de Mousafer-Sing et dont l’intérêt était d’intervenir en Carnate avant que Méhémet-Ali fût accablé dans Trichinapali. Ce fait ne peut être révoqué en doute, car les lettres du gouverneur anglais de Goudelour, Floyer, furent prises dans le camp de Naser-Sing après sa défaite, le 16 décembre 1750; Dupleix se les fit envoyer et déposa les originaux aux archives du secrétariat de la Compagnie (t). Floyer, ayant obtenu de Méhémet-Ali-Kan la concession de plusieurs aldées, les occupa immédiatement et demanda au soubah la confirmation du paravana de donation. [l suivait donc exactement la même politique que Dupleix et les deux nations étaient bien, dès 1750, en hostilité déclarée, sous le nom d’auxiliaires des princes indiens. Il est infiniment probable qu’il ne faut pas faire au génie politique de Floyer l'honneur de cette contreattaque hardie et immédiate. L'intérêt personnel des conseillers anglais était en jeu. Méhémet-Ali n’avait pas été plus avare d'argent ni de promesses envers eux que son rival envers les Français. Dupleix affirme le fait comme parfaitement certain dans la lettre même qu’il écrivit au gouverneur Saunders pour reprocher aux Anglais leur conduite, et, bien qu’il puisse paraître suspect de partialité, il est à croire que l'accusation est fondée. Le capitaine Cope joignit bientôt l’armée de Naser-Sing avec 200 hommes environ et l’aida dans la courte campagne qui se termina par la prise de Mousafer-

(1) Arch. Vers. E 3748, 6. Dupleix à Bussy, 31 janvier 1751. Il demande qu'on lui envoie les lettres des Anglais à Naser-Sing, celles pour Mafous-Kan et Méhémet-Ali, — Fr., n. acq., 9145, 126. Dupleix à la Compagnie, 15 octobre

Sing et la retraite des Français (mars-avril 1750). La troupe anglaise, après avoir pris part aux divers combats, vint camper avec le soubah à Valdaour. En même temps, le Conseil de Goudelour députait au prince maure le major Lawrence et le sieur Westcott (1) pour surveiller les négociations engagées entre lui et les Français. L'attitude du gouverneur anglais et du Conseil était nettement hostile. Ils avaient interdit tout commerce avec Pondichéry aux gens de Goudelour et conseillaient à Naser-Sing de publier la même défense dans les terres de sa dépendance et dans celles de Tanjaour (?).

Floyer le faisait exhorter par ses envoyés à entreprendre le siège de Pondichéry, « qui n’avait, disait-il, été abandonné par les Anglais que sur la nouvelle de la paix conclue en Europe. Cela remettrait dans le pays l'ordre que les Français avaient troublé. » En même temps il envoyait à Méhémet-Ali, sur ses demandes réitérées, plusieurs canonniers et un maître-canonnier qui était un grand homme.

Naser-Sing, encouragé, répondit à Floyer « qu'il presserait les « Français comme on presse de la toile et qu'il trancherait leurs « jours comme on tranche l’herbe dans les champs G). »

Cependant, par une singulière hypocrisie, les Anglais déclaraient, dans leur correspondance avec Dupleix, vouloir respecter les traités et offraient même leur médiation entre les Français et le soubah. Le chef anglais d’Ingiron-Yanaon ayant fourni des soldats et du canon au faussedar maure de Rajimendri pour expulser les Français de Masulipatam, Floyer, sur la plainte de Dupleix, répondit qu’il avait été obligé par force de faire cette fourniture (4).

Le 12 juillet 1750, les troupes anglaises sortaient de nouveau de Goudelour pour aller, de concert avec Méhémet-Ali-Kan, assiéger la petite place de Tirvady reprise par les Français. Soudain elles reçurent l’ordre de battre en retraite et rentrèrent au fort Saint- David le 23 juillet. Un navire arrivé d'Europe avait apporté un

(1) Col. C? 83, 193. Dupleix à Saunders, 18 février 1752.

(2) Ibid. Lettre de Floyer à Naser-Sing, citée par Dupleix, d’après l'original tombé entre ses mains. — Fr., n.acq., 9145, 131. La Compagnie à Dupleix, 26 décembre 1752, cite la même lettre.

(3) Col. C? 83, 194 et suiv. Dupleix à Saunders. Lettre de Floyer à Méhémet- AB-Kan et à Naser-Sing. — Lawrence et Westcott à Naser-Sing. — Ibid. Lettres de Naser-Sing à Floyer, citées par Dupleix.

(4) Ibid., 196. Lettre de Floyer du 6 juillet 1750, vieux style,

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