CHAPITRE XIV
fourni une escorte pour le conduire jusqu’à Aurangabad. La Compagnie le désapprouva très nettement d’avoir envoyé cette petite troupe si loin: « Il n’est, disait la lettre du 1* février 1739, ni de « l’intérêt de la Compagnie ni de votre prudence de s'engager dans « les guerres de l’intérieur de l’Inde (1). » On ne voulait pas se risquer plus avant: «Il est temps, lui écrivait-on, de borner l’étendue « de nos concessions dans l’Inde. L’objet de la Compagnie n’est pas « de devenir une puissance de terre, sauf cependant à former dans « la suite de nouveaux établissements quand l'utilité en aura été bien « reconnue, que les mesures pour y parvenir auront été bien concer- « tées entre vous et la Compagnie et qu’elle aura pris un parti dé- « terminé en conséquence (?). Un revers seul peut suffire pour nous « faire perdre tous nos avantages. Une paix solide et durable est le « seul but où vous deviez tendre. » Dupleix, en même temps, recevait des injonctions pareilles du contrôleur général Machault, qui, par ses lettres des 26 février 1750, 23 avril, 5 mai, 6 novembre 1751, lui donna l’ordre exprès de faire la paix (). Les premières en date ne lui parvinrent qu’en 1751, alors qu'il était engagé dans les affaires du Dekhan, les dernières lui arrivèrent au moment du désastre de Trichinapali, et très sagement il ne voulut pas demander la paix après une défaite. Il eut d’ailleurs le grand tort de ne pas donner un récit exact des événements, de telle sorte que la Compagnie ne sut par lui rien de précis. Le 1° août 1752, elle sait bien que Bussy a le commandement de toutes les troupes détachées en Dekhan, mais elle ne sait pas ce que Dupleix pense des circonstances au milieu desquelles Bussy doit agir (4). « C’est nous causer « de nouvelles inquiétudes que de nous laisser ignorer vos projets « et vos engagements. Quelque confiance qu’il convient d’avoir, « comme vous le dites, dans la Providence, vous devez convenir « que c’est nous prévenir bien superficiellement des vues que vous « pouvez avoir et dont nous sommes accoutumés à connaître l’éten-
« due (5). »
(1) Fr., n. acq., 9145, 75. La Compagnie à Dupleix, le février 1752.
(2) Ibid., 79. La Compagnie à Dupleix, lettre particulière.
(3) Fr., n. acq., 9150, 7. Machault à Dupleix, 19 janvier 1758.
(4) Fr., n. acq., 9145, 92. La Compagnie à Dupleix, 1°" août 1752.
(5) Ibid., 93. Cela les réduisait aussi à tirer parti de correspondances par-
Dans les derniers mois de 1752 on connut enfin la durée du siège de Trichinapali, l’action nettement hostile des Anglais et les actes de Bussy dans le Dekhan, par les lettres parties de lInde en octobre 1751 et par les dossiers de la correspondance du conseil supérieur avec les Anglais et les Hollandais. On eut aussi la grande lettre de Dupleix à Saunders, sorte de réquisitoire dressé contre la mauvaise foi des Anglais, et le récit des faits jusqu’en février 1752 SEULEMENT.
La Compagnie répondit que « sur les lettres de Bussy annon- « çant qu'il avait oblenu pour la nation le gouvernement de la « province d’Arcate, elle s’étonnait que sans entrer dans aucun dé- « tail Dupleix se bornât à lui dire qu'il aurait pris des arrange- « ments pour cette affaire. si celle de Trichinapali eût été terminée. » Quant à l'espoir où paraissait être Dupleix de finir ce siège heureusement, elle répondait qu’elle ne pouvait ignorer les bruits désavantageux qui couraient au départ du vaisseau porteur des dépêches. Elle espérait avoir, par les courriers partis de l’Inde en octobre 1752, des renseignements exacts sur les opérations des Anglais contre Arcate et sur celles des Maïssouriens dont il ne disait pas un mot. Elle regrettait l'éloignement de Bussy, dont la mission devait se terminer à Aurangabad (lettre du 2 janvier 1753).
Ainsi la Compagnie qui, même avertie exactement, n’aurait connu les faits que très tard, en raison de l’énorme distance qui sépare l’Inde de l’Europe, ne fut pas même complètement informée par Dupleix. Il est évident que celui-ci préférait mettre les directeurs en présence de faits accomplis. Machault lui fit le même reproche, mais bien plus rudement : « Je n’ai trouvé (dans la lettre du 19 fé- « vrier 1752) ni les nouvelles ni les détails que je devais atten- « dre de vous et je ne puis m'empêcher de vous en marquer tout « mon mécontentement. Quand on est chargé d’affaires aussi im-
« portantes que vous, on en doit un compte plus exact et plus « détaillé (1). »
ticulières qui étaient souvent malveillantes, venant d’inférieurs et par suite d’ennemis ou de jaloux.
(1) Fr., n. acq., 9150, 7. Machault à Dupleix, 19 janvier 1753.