CHAPITRE II
bre du cardinal Fleury (1). Il parle ailleurs des partisans de La Bourdonnais, qui ne connaissent de lui que ses pagodes et ses bijoux (?). Il disait de Dumas en 1732 (3) : « Vous le connaissez aussi « bien que moi : il a voulu vitement s'enrichir. Cette avidité vous « fait faire bien des faux pas que les autres aperçoivent quoique « nous croyions qu’ils seraient cachés à toute la terre. » Il dit ailleurs que Lenoir traita Dumas de fripon en face de la Compagnie, offrant d'en donner la preuve(4), et qu’il est trop connu dans l’Inde pour y être jamais honoré. Et Godeheu lui écrivait, au moment où Dumas rentrait en France : « On le trouve trop riche pour un « homme dont le commerce n’était pas heureux (5). » Cette opinion peu indulgente n’empêcha pas Dupleix de rester en bons termes avec le nouveau directeur, qui lui promettait de lui donner tous les ans des informations exactes sur la politique intime de la direction, sous la condition expresse du secret (6). Quant à son autre ami Duvelaër, qui devait succéder à Dumas dans le département de l'Inde, Dupleix dit de lui qu’il aurait bien fait de ne pas déclarer tant de biens. « C’est beaucoup pour qui n’a fait que trois expédi- « tions en Chine (1). »
Ce même Duvelaër fut l’objet d’une tentative qui prouve au moins que ses prédécesseurs n’avaient pas une probité inattaquable.
Un sieur Ignace-Jacinthe Mathy, de Dantzig, se plaignit à lui que la Compagnie ne lui eût pas fait de commande de bois depuis plus d’un an. Il lui demanda son appui en le priant d’agréer le billet ci-joint, comme marque d’une estime très parfaite.
Duvelaër lui répondit qu’il ignorait les motifs de la décision de la Compagnie: « Si j'étais bien connu de vous, ajoutait-il, vous « penseriez que je n’ai pas besoin d’être intéressé par quelque « présent pour vous rendre, à l’occasion, les services qui dépen- « draient de moi. Je vous renvoie la lettre de mille écus dont vous
(1) Ars., 4744, 66. Dupleix à son frère, 10 janvier 1737.
(2) Fr., n. acq., 9151, 24. Dupleix à Saint-Georges, 20 janvier 1753.
(3) Fr., n. acq., 8979, 53. Dupleix à Vincens. Chandernagor, 13 août 1732.
(4) Ars., 4743, 23. Dupleix à Burat, 4 août 1735. Fr., n. acq., 8981, 25. Dupleix à son frère, 4 décembre 1788.
(5) Fr., nouv. acq., 9148, 218. Godeheu à Dupleix, 28 octobre 1745.
(6) Fr., n. acq., 9149, 168. Dumas à Dupleix, Paris, 8 octobre 1742.
(7) Ars., 4744, 61. Dupleix à Saint-Georges, 10 janvier 1737.
« m’offrez le cadeau, et vous pouvez compter sur ma discrétion. Je « souhaite, au surplus, que la Compagnie partage entre vous et « M. Dumartin la commission de vos quartiers (1). »
Il avait paru naturel au correspondant de la Compagnie de se concilier, pour mille écus, les commandes du nouveau directeur de Lorient. On voit que Duvelaër ne s’en indigne pas outre mesure et promet le secret.
Si la compétence, l'application et la probité des directeurs laissaient tant à désirer, que dire des commissaires du roi? C’est Orry de Fulvy qui resta en fonctions le plus longtemps ; mais il paraît n'avoir été que l'interprète des volontés de son frère le contrôleur, qui signe les dépêches importantes des années 1742, 1743, 1744. On l’accusait d’être fort prévenu pour La Bourdonnais et de se guider par ses conseils. L'affaire des honoraires des directeurs, levés sur de faux bilans (1731-1742), semble prouver qu’il était peu entendu ou peu vigilant. On ne voit pas que Rouillé ait eu le temps de jouer un rôle de 1745 à 1749. Saint-Priest n’a laissé de traces que par un projet de lettre à Dupleix, qui sera analysé plus tard, à titre de renseignement, sur l’état de l’opinion. Montaran, au contraire, paraît avoir beaucoup travaillé, et les archives de la Compagnie contiennent des pièces nombreuses de sa main. Mais il est évident que ce commissaire ne savait ni le commerce ni la politique, et qu'avec les sentiments les plus honnêtes, il ne put rien faire de bien. Il était, dit Dupleix, livré à Castanier, il donnait dans la vétille, il n'avait que des vues bornées, sur lesquelles même il ne pouvait se décider (2).
M. de Silhouette, qui remplace en 1751 M. de Saint-Priest, était chancelier du duc d'Orléans et protégé de la maison de Noailles. « On le dit homme d'esprit, écrit Godeheu, et qu’un séjour de dix « ans en Angleterre et en Hollande lui a donné bien des idées de « commerce. Je ne le connais point (). » Il n'eut avec Dupleix que des rapports empreints d’une politesse froide, à l’occasion de son entrée en fonction. A peine touche-t-il, dans cette lettre (4), quelques
(1) C? 29, 23 novembre 1740. Réponse au dos.
(2) Fr., n. acq., 9151, 109. Dupleix à Choquet, 9 novembre 1753.
(3) Fr., n. acq., 9148, 252. Godeheu à Dupleix, 2 février 1751.
(4) Fr., n. acq., 9150, 183. Silhouette à Dupleix, 20 décembre 1751.