‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 39 sur 193 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

gouverneur, et les indigènes, par un conseiller, nommé chef de la Chauderie, sorte de lieutenant de police. Ces juridictions étaient absolues. En fait, c'était le gouverneur qui était le maître de la sentence, puisqu'il avait le droit de casser les conseillers. Mais il n’avait pas besoin d’en venir à une extrémité si imprudente, ayant toujours dans le conseil des gens attachés à lui par l’habitude de l’obéissance el qui votaient comme il voulait. « En « somme, dit La Bourdonnais, un gouverneur fait dans l’Inde le « bien et le mal qu’il veut. C’est ainsi que M. Lenoir vous accor- « dera vos demandes sans consulter personne si cela lui plaît ainsi. Si cela lui déplait, il vous dira : présentez une requête. « Elle sera enterrée, eussiez-vous cent fois raison, au moins par « ces mots : Néant à là requête pour raisons à nous connues. » Il arriva à La Bourdonnnais de présenter lui-même trois requêtes que M. Lenoir mit toutes trois dans sa poche.

« Je me souviens, dit-il encore (1), qu'un gouverneur de Pondi- « chéry avait une conduite pour se venger de ses ennemis qui, par « la malignité de l’arrangement, mérite l'attention. Il les faisait « emprisonner immédiatement après le départ des vaisseaux de « France. Ils étaient un an sans pouvoir écrire. L'année d’après, ils « écrivaient, mais il faut deux ans pour avoir réponse, et M. le « gouverneur calculait avec esprit qu'un et deux font trois. Trois « ans passeront avant que j'aie ordre de l'élargir ; car cet ordre ne « peut venir que sur son exposé; je dirai alors, si je veux, qu'il est « faux et qu'il a surpris la Cour ou la Compagnie : encore deux « ans. Ma foi, pendant ce temps, ou je serai relevé, ou je ne me « soucierai guère de l'être et je l’aurai assez fait enrager pour être « content de ma vengeance. »

On voit par cet exposé combien était précaire la situation des employés, combien redoutable le pouvoir du gouverneur. On conçoit que de sa personne même dépendissent non seulement le bien de la Compagnie, mais la fortune des employés. Il avait ses amis qu’il favorisait et dont il cachait les fautes, et ses ennemis qui se vengeaient comme ils le pouvaient, par des dénonciations, de leurs craintes et de leur envie.

(1) Lettre à Moras, note 40.

Ainsi le personnel des Indes, médiocre, paresseux, ignorant, sans probité, était incapable de s’élever, je ne dirai pas à des conceptions politiques, mais même à l'intelligence commerciale. On ne leur demandait, il est vrai, que de faire un commerce toujours le même et régulier comme le jeu d’une administration, où les achats se faisaient à époques fixes, en quantités pareilles, en qualités semblables. Mais cette routine eût encore donné des bénéfices si la Compagnie n’eût toléré dans son commerce d’absurdes abus. Comme c’est une des causes de sa ruine, il faut s’en éclaircir, selon le plan que nous nous sommes tracé.

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