‹ Duplex Ses Plans Politiques; Sa DisgraceChapitre 62 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

il préféra négocier avec lui plutôt que de s’entendre avec Sander- Sahib, dont les forces ne lui inspiraient pas de confiance. Cependant, celui-ci promit à Dumas de ne conclure de traité avec son ennemi qu’à la condition de lui faire ratifier la cession qu'il avait consentie. Quelques jours après, la mauvaise foi du roi de Tanjaour parut si évidente que le conseil se détermina à accepter les offres de Sander-Sahib qui promettait de mettre les Français en possession de Karikal, pourvu qu’on l’aidât dans le siège qu’il prétendait faire de la ville de Tanjaour ; il s’obligeait d’ailleurs à payer tout ce qui lui serait fourni et à rembourser toutes les dépenses que nos troupes feraient dans cette occasion; en même temps il ferait marcher un corps d'armée pour chasser les Tanjaouriens des environs de Karikal : le conseil donna donc ordre au sieur Dirois, que Dumas avait chargé d'occuper la place, de débarquer et de fournir aux gens de Sander-Sahib de la poudre et des munitions de guerre contre recu de leur chef. Une fois la place prise, Dirois devait s’y fortitier le plus rapidement possible. Au cas où Sander-Sahib ne tiendrait pas sa promesse dans le courant du mois, trois vaisseaux qu’on enverrait à Dirois lui permettraient de tirer vengeance de cet affront avant de se retirer (1).

Ce n’est qu’en 1739 que Sander-Sahib exécuta sa promesse. Au commencement de février, il envoya à Pondichéry son médecin Francisque Pereira pour annoncer qu’il était maitre de Karikal (?), que le gouverneur pouvait en envoyer prendre possession ou sinon le décharger par écrit de sa promesse. Le conseil s’empressa d’envoyer le sieur Golard avec cinquante soldats et l’acte de prise de

(1) Fr., n. acq , 8925, 11, fonds Ariel. Le conseil supérieur de Pondichéry à M. Dirois, le 8 août 1738.

(2) Fr., n. acq., 8925, 16. Il l'avait pris d'assaut en perdant quelques cavaliers tués ou blessés. Il faisait écrire à Dumas, le 9 février 1739 (8925, 21) : « Grâce à Dieu, après bien du travail et de la peine, je me suis enfin rendu « maître des terres du Tanjaour. Vous pourrez done, quand il vous plaira, « prendre possession de Karikal. » Il y joignait un paravana pour Nazerkan, général de ses troupes à Karikal : « Le brave seigneur Nazerkan doit savoir « qu’en cette année j'ai donné aux gens de M. le gouverneur de Pondichéry « Karikal, sa forteresse et les aldées en dépendant. En voyant ce paravana, « vous devez les lui remettre sans un moment de retardement. C'est ce que je « vous fais savoir le 4° jour de la lune de Zilcadé, l’an 21 du règne. » (Ce qui revient au 12 février 1739.) (Ibid.)

possession fut fait à Karikal le 14 février suivant. Il portait que les Français prenaient possession de Karikal en vertu de la vente à eux faite en juillet 1738 par Sahagy Marayou, vente confirmée et cession faite de nouveau par Chander-Sahib, général de l’armée de l'empereur mogol, et nabab des terres de Tanjaour et de Trichinapali. Le pavillon avait été arboré sur Karikal, Karcangéry et les dix aldées qui en dépendaient et qui devaient appartenir à perpétuité à la nation française. L’acte était fait au nom du roi et de la Compagnie et le procès-verbal signé de Mavous-Kan, officier de Chander-Sahib, de Francisque Pereira, médecin et agent du nabab, de Gratien Golard et des officiers français (1).

Quelque temps après, le prince indien (?) fit tenir à Dumas une lettre du gouverneur hollandais de Négapatam qui le dissuadait de remettre Karikal aux Français. Il assurait en même temps les Français de sa protection et le priait de bien recevoir son frère Zein-Aladdin-Kan, parti pour le Tanjaour (9).

Dumas, cependant, n'avait pas cessé de négocier avec le rajah de Tanjaour pour obtenir de lui la confirmation de la vente consentie en juillet 1738. Le rajah fit ses conditions. [l demanda 50,000 chacras de 10 fanons de Tanjaour faisant, à 21 f. 5/8 la pagode, 23,121 pagodes 9 fanons. Il fallut, de plus, distribuer en présents à son oncle, à ses ministres et à ses autres officiers une somme évaluée à 31,110 chacras, faisant 14,381 pagodes 12 fanons. Cette dépense, qui paraissait élevée, était peu de chose au prix des avantages que semblait promettre la nouvelle acquisition. Elle rappor-

(1) Fr., n. acq., 8925, 17. Acte de prise de possession de Karikal.

(2) Chanda-Sahib et Bara-Sahib, son frère, ayant reçu le titre de nabab, Dumas en fut prévenu par une lettre du premier. La coutume du pays était d'envoyer complimenter ceux qui recevaient cet honneur ; le conseil, eu égard aux grands services rendus récemment à la nation par Chanda-Sahib et la mise en possession de Karikal, délibéra de l'envoyer complimenter sous son nouveau nom d’Hussein-Daost-Kan-Bahadour et Bara-Sahib sous celui de Zein-el-Aladdin- Kan. On leur offrit 2,200 pagodes, dont 1,400 à Chanda-Sahib, 600 à Bara-Sahib et 200 à leurs officiers. Ce fut Fr. Pereira et Tiruvengadam, interprète de la Chaudrie, qui les présentèrent au nom de la Compagnie. Fr., n. acq., 8925, 17. Délibération du 25 février 1739.

(3) Fr., n. acq., 8925, 24. Traduction de la lettre de Chanda-Sahib du 8 mars, général de l’armée du Mogol dans le Tanjaour, à M. Dumas (reçue le 14 mars 1739).

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