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LA POLITIQUE DE DUPLEIX DE 1741 A

Dupleix succède à Dumas. — Son mariage. — Pondichéry en 1741. — État du Carnate. — Affaires de Karikal (17441746). — Guerre avec l'Angleterre (1744). — Les ordres du ministre. — Négociations avec

le nabab Anaverdi-Kan au sujet de la neutralité. — État militaire de Pondichéry en 1745.

Dumas avait demandé son congé par les vaisseaux de janvier 1739. La nomination de Dupleix est du 1° janvier 1740. IT était nommé gouverneur des ville et fort de Pondichéry, des postes qui en dépendent et président du conseil supérieur audit lieu. La nouvelle en parvint dans l’Inde le 21 juillet, par les vaisseaux partis de France en janvier 1740, mais les lettres officielles de la Compagnie à Dumas et à Dupleix sont seulement du 3 mai et durent ne parvenir qu'en juillet ou août 1741 (1).

Les directeurs avaient été surpris par la détermination de Dumas qui demandait son congé, quatre ans seulement après son entrée en fonction. On lui annonça, en 1740, la nomination de son successeur; mais on lui demanda, en 1741, de rester à son poste. Pour l'y engager et ne lui laisser aucun prétexte à se plaindre, on lui offrit 600 pagodes pour l'indemniser de la dépense que lui avaient causée les douze gardes qu’il avait pris et qu'on lui avait donné ordre de congédier. Les offres de la Compagnie arrivèrent trop tard. Dumas, qui voulait déjà partir en 1739, avait encore plus de

(1) Chronique d'Anandarangappoullé, extraits traduits par Jul. Vinson. Juillet 1740. — Col., dossier de Dupleix.—Col. C?, 29, 22. La Compagnie à Dumas, 3 mai 1740.

CHAPITRE VII. pl raisons de le faire en 1741, car l'invasion maratte lui avait fourni l’occasion de rendre aux princes hindous de Carnate des services qu'ils avaient su reconnaître magnifiquement. Il est en effet peu vraisemblable que l’aldée d’Archiouac en ait été la seule récompense et la fortune déjà acquise du gouverneur ne dut pas diminuer dans ces années de troubles.

Il partit donc et s’embarqua, le 18 octobre 1741, sur le vaisseau qui ramenait La Bourdonnais de son expédition de Mahé. Arrivé en France dix mois après (29 mai 17492), il prit aussitôt les fonctions de directeur surnuméraire, avec voix délibérative, qu’il exerça jusqu’à sa mort, en 1746. C'est lui, nous l’avons dit, qui rédigea, après la retraite d’'Hardancourt, la correspondance de l’Inde.

Dupleix avait reçu de la Compagnie une nomination subordonnée au départ de Dumas.

Quant aux lettres qu’il avait écrites en 1739 pour se plaindre, la Compagnie répondit que d’accord avec le contrôleur général, elle considérait les reproches qu’il lui adressait comme un effet de sa vivacité plutôt que de la réflexion, et qu’elle regardait le tout comme non avenu (!). Or, les termes de sa nomination lui ayant paru restreindre ses pouvoirs, il en fit des représentations à Paris. En date du 23 octobre 1742, le roi lui accorda des provisions particulières de commandant général des forts et établissements français dans les [Indes et président des conseils, tant supérieurs que provinciaux ; elles lui furent transmises par lettre du 22 novembre 1742 (2).

Cependant, parti de Chandernagor le 30 décembre 1741, il mouillait devant Pondichéry, le 13 janvier, avec deux vaisseaux. Ayant mis pied à terre le lendemain, il fut reconnu à la tête des troupes pour gouverneur et commandant de tous les établissements français dans les Indes (*).

(1) Col. C?, 29, 84. La Compagnie à Dupleix, 3 mai 1740.

(2) Arch. col., dossier de Dupleix. Fr., n. acq., 9144. La Compagnie à Dupleix, 22 novembre 1742.

(3) Fonds Ariel. Fr., n. acq., 8931, 191. Lettre du Conseil supérieur de Pondichéry à la Compagnie, 24 janvier 1742.

Le conseil devança ainsi, soit spontanément, soit sur le désir de Dupleix, les ordres de la Compagnie. L'arrivée de Dupleix avait pu être retardée par une indisposition assez grave : il souffrait d’une fistule à l'anus. Au commencement

Il ne revenait pas seul : il ramenait avec lui la famille de Me Vincens, devenue la sienne par son mariage avec cette dame. On peut s'expliquer assez facilement comment Dupleix, bien qu’arrivé à l’âge de quarante-quatre ans, fut amené à épouser la veuve de son ami.

Il avait pensé plusieurs fois au mariage vers 1732. Un moment même il avait demandé à son frère de lui envoyer de France une jeune fille pour en faire sa femme. La demande partie, il la regrelta, car, disait-il, la rage de la culotte lui était passée, mais il était résolu de s'exécuter si l’envoi eût été fait. Peut être y eut-il encore une négociation analogue avec la famille Dupleix de Condom. La démarche fut repoussée sous prétexte de l’indignité du beaufrère de Dupleix, Desnos de Kerjean. Son frère craignait alors qu’il ne fit aux Indes quelque sot mariage, les dames de l’Inde qui étaient venues en Europe lui ayant donné une triste idée de leur beauté et de leur éducation. « Il y a dix-huit ans que je résiste, sans avoir succombé, lui répondait Dupleix; l’âge qui vient au grand galop te doit être un sûr garant de ce qui arrivera par la suite (1). »

La mort de Vincens survint à peu près au même temps où Dumas lui apprit son intention de quitter l'Inde. Ses affaires malheureuses, comme on l’a vu, l’obligeaient au contraire à y rester quelque temps encore. Sa nomination probable à Pondichéry allait l’éloigner de Chandernagor. Pouvait-il rompre brusquement des relations d’amitié qui duraient depuis quinze ans ? La mort de Vincens laissait sans doute sa famille dans une certaine aisance, mais sans protecteur. Dupleix avait fait venir à Bengale et voulut certainement tenir auprès des filles et des belles-sœurs de son ami la place que la mort rendait vide. [l déclara qu’il n’abandonnerait jamais cette famille, et comme il voyait que cette protection fidèle excitait l’envie (2), il prit la détermination la plus simple et la plus efficace

de son séjour à Pondichéry, le chirurgien de la Haye l’opéra heureusement. Mais Dupleix craignit une récidive et demanda son congé. Il faillit ainsi une seconde fois quitter l'Inde prématurément pour sa gloire (Dossier Dupleix, arch. col. 9148, 32. Duvelaër à Dupleix, 30 janvier 1743. 9147, 183. Dumas à Dupleix, 8 octobre 1743.)

(1) Fr., n. acq., 8981, 25. Dupleix à son frère, 4 décembre 1738.

(2) Fr.; 8982, 222. Dupleix au capitaine Perdiguier, 14 janvier 1740.

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