‹ Durand & Durand; comédie-vaudeville en trois actesChapitre 7 sur 79 · ACTE PREMIER T · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER T

THÉODORE

Gomment, un voleur!

ALBERT

Oui, parce qu'ici on croit que je suis mon cousin.

THÉODORE

Votre cousin 1

ALBERT

Oui, maître Albert Durand, l'avocat. C'est même pour ,.ça que j'ai laissé pousser mes favoris. Ça me donne un y peu de couleur locale. Ecoute-moi, Théodore, je t'ai fait venir pour te demander conseil. Depuis dix ans, époque à laquelle mon père m'a laissé son épicerie modèle de la rue Montmartre, tu sers ma clientèle avec talent et je suis même à la veille de l'augmenter.

THÉODORE

Soyez béni, cher maître.

ALBERT

J'en ai besoin, car je suis pour le moment le plus infortuné des épiciers européens,

THÉODORE

Pas possible. Vous qui êtes jeune, brillant, — oui, brillant! Vous qui possédiez au dernier inventaire huit cent mille francs de fortune, vous qui ne passez jamais devant un pauvre sans lui donner deux sous, vous qui ne feriez pas de mal à un anchois, vous seriez malheureux! Je proteste, car alors il n'y a plus de Providence,

ALBERT

. Tu sais que l'été dernier je suis allé au Croisic.

y THÉODORE.

Four faire votre provision de sardines.

ALBERT

J'arrive un jour de fête. Plus une chambre à l'nutel,

je donne mon nom: Albert Durand, Paris, — Albert

jf" Durand, Pari», s'écrie l'hôtelier en saluant jusqu'à teire.

Je vais flanquer un anglais à la porte pour avoir l'hony- neur d'abriter maître Durand, — je ne voulais pas coucher à la belle étoile. Si je lui avais dit : Je suis épicier, il n'aurait pas flanqué un anglais à la porte.

THÉODORE

Moi, j'en aurais flanqué deux.

ALBERT

, On me donne la plusbeilechainbre... Je suis l'objet de j^'admiration universelle. A la table d'hôte, les parents ,/^ me montrent aux jeunes gens en leur disant : Regardezle bien, vous pourrez dire que vous avez contemplé le fameux Durand. Le soir, au Casino, les jeunes filles me dévorent des yeux. L'une d'elles, surtout, brune comme la plage... le soir... J'en tombe amoureux fou. ..je lutte... vains efforts. Alors je demande son cœur et sa main à son brave homme do père qui me répond : j'ai toujours rêvé pour ma fille un homme illustre. Dans mes bras, mon gendre !

THÉODORE

.\h ! ah ! c'est grave !

ALBERT

„ Le soir même, j'écrivais au père une lettre dans la- .^'''quelle je lui racontais que je n'étais pas avocat, mais »^ épicier.

L'un vaut l'autre.

C'est mon avis.

THÉODORE

ALBERT

THÉODORE

Et dèsl'iastant que vous avez prévenu...

ALBERT

Oui, mais cette lettre que j'ai écrite, je ne l'ai pas envoyée. — Au moment de la mettre à la poste» mon cœur s'est brisé. J'ai tellement pleuré à la pensée de ne pas épouser Louise que j'ai eu pitié de moi-même.

Page 1