‹ Durée et simultanéité, à propos de la théorie dEinsteinChapitre 21 sur 39 · LE TEMPS DÉROULE · texte numérisé non relu

LE TEMPS DÉROULE

pour cela accessible à la mesure1. Mais le changement n'existerait que pour cette conscience capable de comparer l'écoulement des choses à celui de la vie intérieure. Au regard de la science il n'y aurait rien de changé. Allons plus loin. La rapidité de déroulement de ce Temps extérieur et mathématique pourrait devenir infinie, tous les états passés, présents et à venir de l'univers pourraient se trouver donnés d'un seul coup, à la place du déroulement il pourrait n'y avoir que du déroulé : le mouvement représentatif du Temps serait devenu une ligne ; à chacune des divisions de cette ligne correspondrait la même partie de l'univers déroulé qui y correspondait tout à l'heure dans l'univers se déroulant; rien ne serait changé aux yeux de la science. Ses formules et ses calculs resteraient ce qu'ils sont.

1. Il est évident que l'hypothèse perdrait de sa signification si l'on se représentait la conscience comme un « épiphénomène », se surajoutant à des phénomènes cérébraux dont elle ne serait que le résultat ou l'expression. Nous ne pouvons insister ici sur cette théorie de la conscience-épiphénomène, qu'on tend de plus en plus a considérer comme arbitraire. Nous l'avons discutée en détail dans plusieurs île nos travaux, notamment dans les trois premiers chapitresde Matière et Mémoire et dans divers essais de L'Energie spirituelle. Bornons-nous à rappeler : 1° que cette théorie ne se dégage nullement des faits; 2° qu'on en retrouve aisément les origines métaphysiques ; 3° que, prise à la lettre, elle serait contradictoire avec elle-même (sur ce dernier point, et sur l'oscillation que la théorie implique entre deux affirmations contraires, voir les pages 203-223 de L'Energie spirituelle). Dans le présenl travail, nous prenons la conscience telle que l'expérience nous la donne, sans faire d'hypothèse sur sa nature et ses oriL'ines.

Il est vrai qu'au] moment précis où l'on aurait passé du déroulement au déroulé, il aurait fallu doter l'espace d'une dimension supplémentaire. Nous faisions remarquer, il y a plus de trente ans \ que le temps spatialisé est en réalité une quatrième dimension de l'espace. Seule, cette quatrième dimension nous permettra de juxtaposer ce qui est donné en succession : sans elle, nous n'aurions pas la place. Qu'un univers ait trois dimensions, ou deux, ou une seule, qu'il n'en ait même pas du tout et se réduise à un point, toujours on pourra convertir la succession indéfinie de tous ses événements en juxtaposition instantané^ ou éternelle par le seul fait de lui concéder une dimension additionnelle. S'il n'en a aucune, se réduisant à un point qui change indéfiniment de qualité, on peut supposer que la rapidité de succession des qualités devienne infinie et que ces points de qualité soient donnés tout d'un coup, pourvu qu'à ce monde sans dimension on apporte une ligne où les points se juxtaposent. S'il avait une dimension déjà, s'il était linéaire, c'est deux dimensions qu'il lui faudrait pour juxtaposer les lignes de qualité — chacune indéfinie — qui étaient les moments successifs de son histoire. Même observation encore s'il en avait deux, si c'était un univers superficiel, toile indéfinie sur laquelle se dessineraient indéliniment des

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