‹ Durée et simultanéité, à propos de la théorie dEinsteinChapitre 23 sur 39 · MÉTAPHYSIQUE INCONSCIENTE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE INCONSCIENTE

la mesure du temps; ce sera désormais le temps lui-même. Mais ce n'est là du temps que parce qu'on peut se reporter à ce qu'on a fait. Des simultanéités qui jalonnent la continuité des mouvements on est toujours prêt à remonter aux mouvements eux-mêmes, et par eux à la durée intérieure qui en est contemporaine, substituant ainsi à une série de simultanéités dans l'instant, que l'on compte mais qui ne sont plus du temps, la simultanéité de flux qui nous ramène à la durée interne, à la durée réelle.

Certains se demanderont s'il est utile d'y revenir, et si la science n'a pas précisément corrigé une imperfection de notre esprit, écarté une limitation de notre nature, en étalant la « pure durée » dans l'espace. Ils diront : « Le temps qui est pure durée est toujours en voie d'écoulement ; nous ne saisissons de lui que le passé et le présent, lequel est déjà du passé; l'avenir paraît fermé à notre connaissance, justement parce que nous le croyons ouvert à notre action, — promesse ou attente de nouveauté imprévisible. Mais l'opération par laquelle nous convertissons le temps en espace pour le mesurer nous renseigne implicitement sur son contenu. La mesure d'une chose est parfois révélatrice de sa nature, et l'expression mathématique se trouve justement ici avoir une vertu magique : créée par nous ou surgie à notre appel, elle fait plus que nous ne lui demandions ; car nous

PUHÉE ET SIMULTANÉITÉ. G

ne pouvons convertir en espace le temps déjà écoulé sans traiter de même le Temps tout entier : l'acte par lequel nous introduisons le passé et le présent dans l'espace y étale, sans nous consulter, l'avenir. Cet avenir nous reste sans doute masqué par un écran; mais nous l'avons maintenant là, tout fait, donné avec le reste. Môme, ce que nous appelions l'écoulement du temps n'était que le glissement continu de l'écran et la vision graduellement obtenue de ce qui attendait, globalement, dans l'éternité. Prenons donc cette durée pour ce qu'elle est, pour une négation, pour un empêchement sans cesse reculé de tout voir : nos actes eux-mêmes ne nous apparaîtront plus comme un apport de nouveauté imprévisible. Ils font partie de la trame universelle des choses, donnée d'un seul coup. Nous ne les introduisons pas dans le monde ; c'est le monde qui les introduit tout faits en nous, dans notre conscience, au fur et à mesure que nous les atteignons. Oui, c'est nous qui passons quand nous disons que le temps passe; c'est le mouvement en avant de notre vision qui actualise, moment par moment, une histoire virtuellement donnée tout entière. » — Telle est la métaphysique immanente à la représentation spatiale du temps. Elle est inévitable. Distincte ou confuse, elle fut toujours la métaphysique naturelle de l'esprit spéculant sur le devenir. Nous n'avons pas ici à la discuter, encore moins à en mettre une

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