L'OBSERVATEUR FANTASMATIQUE
même, les longueurs se modifient. Cette diplopie artificiellement induite chez l'expérimentateur est faite pour le rassurer ou plutôt pour l'assurer contre le risque qu'il croit courir (({u'il courrait eii'cctivementdans certains cas) en se prenant arbitrairement pourcentre dumonde, enrapportant toutes choses à son système personnel de référence, et en construisant pourtant une physique qu'il voudrait universellement valable : désormais il peut dormir tramjuille ; il sait que les lois qu'il formule se vérifieront, quel que soit l'observatoire d'où l'on regardera la nature. Car l'image fantasmatique de son expérience, image qui lui montre comment cette expérience apparaîtrait, si le dispositif expérimental était en mouvement, à un observateur immobile pourvu d'un nouveau système de référence, est sans doute une déformation temporelle et spatiale de l'imao-e première, mais une déformation qui laisse intactes les relations entre les parties de l'ossature, conserve telles quelles les articulations et fait que l'expérience continue à vérifier la môme loi, ces articulations et relations étant précisément ce que nous appelons les lois de la nature.
Mais notre observateur terrestie ne devra jamais perdre de vue que, dans toute cette all'uire, lui seul est réel, et l'autre observateur fantasmatique. Il évoquera d'ailleurs autant de ces fantômes qu'il voudra, autant qu'il y a de vitesses, une infinité.
Tous lui apparaîtront comme construisant leur représentation de l'univers, modifiant les mesures qu'il a prises sur la Terre, obtenant par là même une physique identique à la sienne. Dès lors, il travaillera à sa physique en restant purement et simplement à Tobseivatoire qu'il a choisi, la Terre, et ne se préoccupera plus d'eux.
11 n'en était pas moins nécessaire que ces physiciens fantasmatiques fussent évoqués; et la théorie de la Relativité, en fournissant au physicien réel le moyen de se trouver d'accord avec eux, aura fait faire à la science un grand pas en avant.
Nous venons de nous placer sur la Terre. Mais nous aurions aussi bien pu jeter notre dévolu sur n'importe quel autre point de l'univers. En chacun d'eux il y a un physicien réel traînant à sa suite une nuée de physiciens fantasmatiques, autant qu'il imaginera de vitesses. Voulons-nous alors démêler ce qui est réel? Voulons-nous savoir s'il y a un Temps unique ou des Temps multiples? Nous n'avons pas à nous occuper des physiciens fantasmatiques, nous ne devons tenir compte que des physiciens réels. Nous nous demanderons s'ils perçoivent ou non le même Temps. Or, il est généralement difficile au philosophe d'affirmer avec certitude que deux personnes vivent le même rythme de durée. Il ne saurait même donner à cette aftirmation un sens rigoureux et précis. Et pourtant il le peut dans l'hypothèse de la Relativité :