ACTE I, SCÈNE IIL
Paris, on^ aura reçu des ncmvelles du roi Stanislas. Qu'auront pensé mes amis, les joyeux compagnons de mes extravagances , quand ils m'aurdkt vu disparaître tout à coup! oh! c'est surtout la marquise du Rosey ; elle sera furieuse contre oioii Dîner avec elle la veille de mon départ, et ne lui rien dire!... Le secret de l'État eût été dans de bonnes mains! la famme la plus indiscrète, la plus coquette!... Oui, j'ai bonne grâce à la traiter si rigoureusement, moi qui 'm'avise d'en être amoureux comme un sot!... Mais l'heure s'avance; écrivons au ministre. ( H s* assied au bureau.^ {^11 écrit.) Peste soit de mon esprit! Je ne peux pas donner de gravité à mon style. (// écrit,) Ohi heureusement que le ministre est le plus excellent homme... et même ami des plaisirs. (// écrit.) Il faut pouEtanfc y mettre une certaine prudence; car je gage que toutes mes lettres sont lues par le. roi. ( // écrit.) Relisons mon épître. — «^ Monseigneur, abrégez mon « voyage, je vous en supplie; si vous n'avez pas pitié tt de moi, ayez pitié des gentilshommes Bretons, J'ai c( mis tant d'éclat dans mon incognito , que je deviena drai la cause de leur ruine. Leur vanité les engage « à me donner des fêtes très - ennuyeusement belles, a Quels seront leurs regrets , quand ils apprendront ce que ce prétendu roi qu'ils reçoivent avec tant d'os- « tentation, n'est qu'un pauvre petit capitaine aux « gardes, qui n'a rien de conunun avec le vertueux a Stanislas^ qu'une conformité de traite que* vous avez « cru devoir faire servir à vos desseins politiques. » (Le chevalier se pariant^ Il faut l'avouer, la ruse est
singulière; mais elle peut avoir un heureux résultat. Nos ennemis , trompés par le faux bruit du prétendu voyage de StaniÉas , ne seront point en garde contre les projets de la France. Revenons à ma lettre. (//&>.) «c Si vous saviez combien il est difficile qu'un fou , comme «je le suis, représente dignement le plus sage des «• princes ! Je crains à chaque instant que mes étour- « deries ne me trahissent; aussi j'attends avec une vive a impatience la nouvelle de l'arrivée du vrai Stanislas, « Rien n'a dû s'opposera son passage, puisqu^e le bruit <c que je fais en Bretagne aura tout-à-fait trompé la « surveillance de l'Autriche. Mon rôle est bien pé- « nible; mais il va finir... Daignez donc, monseigneur, « avoir pitié de moi , et me faire l'honneur de me dé- « trôner le plus tôt possible. Je suis etc. ». — Ah! encore deux mots. (^En écrwant.) « P, 5. J'oubliais de « vous dire que je suis très-content de votre Dumont. « On prétend qu'on n'est jamais un héros aux yeux a de son valet-de-chambre ; cependant je puis vous as- « sufer qu'il ne voit en moi que le roi Stanislas.- Jugez « si notre secret sera bien gardé, piusqu'il tient tout a entier à ma parole, à mon honneur»* ( // sonne, Dumont apporte une bougie allumée dans un bougeoir et reste au fond du théâtre. ) Bien : cachetons cette royale épître. Voilà liies dépêches expédiées, je n'ai plus qu'à songer à la représentation.
byGoogk