OBSERVATION IL
(Recueillie par M. le docteur Berthelot , médecin à Paris.)
M"o B... éprouve depuis un an de la pesanteur à l'estomac et une grande difficulté à digérer, surtout le repas du soir; cet état continuant malgré une médication variée, je lui fais prendre une prise nutrimentive à chaque repas du soir. A partir de ce moment, elle digère beaucoup mieux. Aussitôt qu'elle cesse ces prises, et un grand nombre de fois j'en ai fait l'essai, elle digère beaucoup moins bien, et les douleurs épigastriques reparaissent aussitôt. Toujours la reprise de la préparation nutrimentive rend la digestion indolente et facile.
OBSERVATION IIL
(Communiquée par le docteur Cahagnet. médecin à Napoléon- Vendée.)
Après une dyspepsie habituelle depuis sept ans, avec atonie digestive et perle des forces, maladie qui résiste aux toniques, aux purgatifs, auxnarcoliques, au charbon végétal, aux eaux de Seltz et de Vichy, - Endocardite grave - Après sa guérison, redoublement de la dyspepsie; malgré les amers imu de Vichy, etc., aucune alimentation n'est supportée; le malade s^affaîm et vomt tout, môm^les bouillons et le jus de viande. Usage du siron nuirimenl.f seul pendant huit jours. Dès le premier jour, digestion bonne, alimentatron rendue plus copieuse et plus substantielle : les forces reviennent assez pom permettre des promenades au jardin. Rechute de Vendocardiie -
Mort. — M. Savary, entrepreneur à Napoléon-Vendée, âgé de quaranle-
cinq ans, d'une conslilulion bilioso-nei-veuse, éprouvait, depuis environ sept ans, des dérangements dans ses fonctions digeslives. A des intervalles plus ou moins éloignés, il est pris de vomissements, qu'il considère comme des indigestions. Cette indisposition laisse l'estomac fatigué pendant quelques jours, puis ce désordre cède à une diète modérée. Indépendamment de ce trouble fonctionnel, dont la fréquence a peu à peu augmenté, les organes digestifs présentent de la lenteur, de la paresse dans leurs fonctions.
Appelé, pour la première fois, à donner des soins à ce malade, dans le mois d'août 1853, je ne constatai, malgré un examen minutieux, aucune lésion organique des organes digestifs, et mes recherches ultérieures n'apportèrent point de modification à mon diagnostic. La langue était pile, blanchâtre, humide; il n'y avait pas de soif; l'inappétence et la constipation étaient habituelles; le ventre était souple, sans sensibilité ni tension abdominales.
Le genre de vie du malade est régulier : M. Savary ne se livre à aucun excès ; il suit un régime convenable, paraît rechercher de préférence les aliments acides ou fortement assaisonnés.
Je ne vis dans cet ensemble de phénomènes qu'un trouble fonctionnel, auquel j'opposai des moyens légèrement excitants. Quelques prises de rhubarbe a.ssociéeà la magnésie et au quinquina furent conseillées; mais, l'estomac les supportant mal, le malade y renonça promptement. Cet état persista en s'aggravant peu à peu, malgré les nombreux moyens qui furent successivement tentés : sons-nitraie de bismuth, charbon végétal, purgatifs variés, toniques, narcotiques, eaux de Seitz, de Vichy, etc. Le seul remède qui sembla produire un eB'et salutaire fut l'usaged'une infusion de columbo, édulcorée avec le sirop d'écorces d'oranges amères. Les forces diminuaient sensiblemeni, lorsque, dans les premiers jours d'avril, M. Savary, appelé par ses occupations à quelques lieues de notre ville pour y voir des travaux confiés à sa direction, revint très-fatigué de son voyage, et me lit appeler. Je constatai alors chez lui une endocardite aiguë des mieux caractérisées. La faiblesse du sujet ne me permit d'employer qu'avec modération le traitement antiphlogistique. Je parvins néanmoins , avec des applications de sangsues répétées, des boissons nitrées à haute dose, des bains et des révulsifs, à enrayer une affection qui, survenue dans de si fâcheuses conditions, nous menaçait d'une terminaison prochaine et fatale.
Les désordres du côté du cœur semblaient conjurés, lorsque le trouble 'des organes digestifs, aggravé sans doute par le traitement antiphlogistique et les boissons confiées à l'estomac, prit un développement inquiétant. La langue se couvrit d'un enduit blanchâlre épais; une dyspepsie complète survint. Le malade refiisait opiniâtrément toute espèce d'alimentation. En vain les purgatifs, les boissons amères, les bouillons, les jus de viande fnrenl essayés, l'estomac rejetait tout. L'eau de Seltz, l'eau de Vichy n'eurent pas plus de succès, la glace même fut à peine supportée. Le malade semblait voué à une mort prochaine, si l'on ne parvenait à modifier cette disposition de l'cslomac. De concert avec mon confrère, M. Merlaud, j'essayai le sirop nutrimentif. Un peu de bouillon de vqau, as.socié à une demicuillerée de sirop nutrimentif, fut toléré, et l'essai, plusieurs fois répété, réussit. Bientôt l'alimentation put être rendue plus copieuse et plus substantielle, en augmentant la quantité du sirop, qui fut pris régulièrement,
pendant huit jours, à la dose d'une cuillerée, malin et soir. L'estomac recouvra peu à peu ses fondions. Nous nous félicilions d'un résultat si satisfaisant, que nous ne pouvions attribuer qu'à l'emploi du sirop prescrit à l'exclusion de tout autre médicament, lorsque le malade le vomit une fois et refusa de le continuer. Malgré sa suspension, l'amélioration se soutint encore pendant quelques semaines, et M. Savary reprit assez de forces pour pouvoir faire quelques tours de promenade dans son jardin. Mais bientôt la maladie de cœur, que nos efforls n'avaient qu'assoupie, se réveilla avec une nouvelle force, et, toute médication devenant impuissante à en arrêter le progrès, le malade a succombé dans les derniers jours de mai. Je ne mets pas en doute que le succès eût couronné nos efforts, sans la malheureuse complication qui les a rendus stériles.