‹ Dyspepsie et consomptionChapitre 5 sur 30 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Communiquée par M. le docteur Huet, médecin-adjoiht tle la inaison impériale de la Légion-d'Honneur à Ecouen.)

Gastralgie datant de plusieurs années, résistant aux antiphlogistiques, aux amers, aux ferrugineux, aux antispasmodiques; usage des prises nutrimentives. — Digestion aussitôt bonne, suspension volontaire des prises pendant quatre jours. — Réapparition de tous les symptômes. — Retour aux prises mi- Irimentives pendant douze jours. Nouvelle disparition du mal. — On peut cesser désormais le médicament vingt-sept jours, et, pendant ce temps aucun accident ne reparaissant, la guérison est confirmée. — M-'" Masc,.., ùgée de cinquante ans, a depuis blendes années déjà une gastralgie caractérisée par de la pesanleiir, du gonOemenl épigastrlque, surtout après les repas; par ime douleur quelquefois trô.s-vive à celle région, des rapports acides et acres, enlln par une constipation opiniâtre.

Celte dame a été longtemps traitée pour une gastrite, aussi ne lui a-t-on épargné ni les saignées générales ni les sangsues à répigaslre.

Depuis que je donne des soins à M^^ Masc. , ., j'ai employé les amers, les ferrugineu*. les antispasmodiques, et une hygiène appropriée à la nature du mal; mais sans grand succès.

Le 22 août, je lui ordonne deux prises nutiimentives dans la journée, une prise au commencement de chaque repas.

Le 23, je revois la malade, elle me dit qu'elle a moins souffert, que les digestions ont été plus faciles, que la pesanteur a été moindre.

Je lui recommande de continuer les prises quatre jours encore, puis de les supprimer, voulant m'assurer par là que le mieux qu'éprouve déjà la malade est bien dû aux prises nutrimentives.

Du 23 au 26, Mn>e Masc. . . a pris deux prises par jour, et pendant ce laps de temps les digestions ont été faciles, la malade n'éprouve ni pesanteur à l'épigastre ni rapports acides.

Du 26 au 5 septembre, M"* Masc... ne prend pas de prises nutrimentives.

Je la revois le 2 septembre; elle me dit qu'elle souffrait encore, que les digestions ne se faisaient plus, que la douleur épigastrique avait reparu, la malade demande que je lui prescrive les prises qu'elle prenait auparavant.

Le 6 septembre, M^e Masc. . recommence les prises et en use six jours de suite. Le 13, M"^ Masc. . . ne souffrait plus, digérait bien, et allait beaucoup mieux à la garde-robe. A partir de ce moment, les digestions se liront toujours bien, les souffrances ne reparurent plus, la santé redevint parfaite. Aujourd'hui, 5 octobre, je le constate de nouveau.

Ces cinq exemples, chacun différent, portent leur conclusion.

Les maladies idiopathiques ou symptoraatiques de l'estomac peuvent donc, quand elles consistent principalement dans le défaut de sécrétion, guérir par l'emploi seul de la poudre nutriraentive, comme on le voit dans les obs. II et V.

Dans certains cas de maladies longues, dans beaucoup de convalescences de maladies graves, oh une diète prolongée a été nécessaire, il arrive bien souvent que les tentatives même les plus légères d'alimentation causent des accidents dangereux, parce que l'estomac n'a pas recouvré sa sécrétion tarie, en sorte que, soit ces tentatives malheureuses, soit l'absence au contraire d'alimentation, entravent la guérison ; si bien que des malades, qui auraient guéri s'ils eussent été soutenus, meurent sans avoir eu, pour ainsi dire, le temps de guérir : ainsi de beaucoup de convalescences de fièvre typhoïde. Voir obs. I. Ils montrent quelle responsabilité pèse sur le médecin qui, par scepticisme ou insouciance, hésite, recule l'emploi des méthodes raisonnables et laisse marcher l'inanition.

Dans les maladies même incurables, le défaut de digestion hâte la mort, obs. III : n'est-ce pas un bienfait de soutenir la vie par la médication nutrimcntive, tant que les forces assimilatrices subsistent?

Combien de fois dans tous ces cas les praticiens, pénétrés de ces vérités, n'essayent-ils pas de nourrir les malades en leur donnant des aliments ! mais le défaut de principe digestif fait que ces derniers ne sont point digérés. Les médecins, effrayés par les secousses de l'indigestion, et les dangers de cette fatigue nouvelle, s'arrêtent, et préfèrent encore laisser les malades k eux-mêmes, c'est-à-dire à l'inanition, qui conduit à la mort.

Les médecins ne sauveront-ils pas bien des malades s'ils peuvent atteindre leur but, nourrir sans indigestion, nourrir pour ainsi dire les malades en se passant de leur estomac et de ses forces, en leur faisant opérer, à l'aide des préparations nutrimentives, comme une digestion artificielle, qui fournira, sans danger, aux forces assimilatrices, des nutriments doués de toutes leurs propriétés assimilables ?

La prise nutrimentive (I) se donne enveloppée dans du pain à chanter; le malade prend cette poudre en se mettant à table, et éloigne toute autre médication interne, pendant les deux heures qui suivent ou les deux heures qui précèdent le repas; car plusieurs médicaments détruisent sa vertu, une température supérieure à 40° th. c. fait de même.

Pour un malade, quelque malade qu'il soit, une prise nutrimentive ou deux ont généralement suffi pour opérer la digestion d'une côtelette ou plus et d'un potage ; il est nécessaire de donner de la viande ou quelque aliment animalisé ou azoté avec le médicament ; car, sans cela, qu'aurait à faire ce dernier?

La digestion des aliments dits i-espiratoires, féculents, etc., peut être facilitée par ces préparations, parce que la conversion de la fécule en glucose nécessaire à l'assimilation ne peut se faire qu'à condition que la fécule soit mise à nu par la dissolution de la matière azotée à l'aide du principe digestif de l'estomac; parce qu'alors seulement, le ferment diastasique peut attaquer et transformer l'aliment (fécule) en nutriment (glucose).

Lorsque, employée pendant quatre repas, la poudre n° 1 n'a pas rendu la digestion bonne, que chacune des autres poudres (n" 2 et 3) employée le même temps n'a pas plus d'effet, lorsque surtout, après leur suppression à chacune d'elles, la digestion ne se fait pas plus mal que pendant leur usage, il faut renoncer à ces médicaments, ils sont impuissants, car leur cachet est d'agir vite et nettement.

Mais leur action, quoique appréciable, peut être moins marquée au

(1) Quoique je cile dans ce Mémoire l'emploi du liquide; une adminislration et une conservation plus faciles m'ont fixé à l'emploi exclusif de la poudre nutrimentive.

début que dans le cours de la médication, parce qu'à leur puissance vienl s'ajouter celle de l'estomac revenue par la nulrimenlation mise à profit par les forces assimilatrices.

On voit, dans les cas que j'ai rapportés, qu'on a, ainsi que je le conseille toujours instamment aux praticiens, interrompu pendant plusieurs repas la poudre nutrimentivc qui avait rendu les digestions bonnes , et qu'aussitôt celles-ci sont redevenues mauvaises : contreépreuve presque innocente pour le malade, mais qui force sa conviction et celle du médecin, et éclaire vivement, en cas de succès comme d'insuccès , sur l'opportunité du médicament.

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