‹ E. et J. de GoncourtChapitre 112 sur 127 · LES ESPACES VIDES · texte numérisé non relu

LES ESPACES VIDES

1870. — De longs moments où, assis près de moi dans la chambre, il n'est pas avec moi :

« Où es-tu, mon ami? lui disais-je hier.

— Dans les espaces... vides! » me répondit-il, après quelques instants de silence.»

c JE VEUX SOUVENT ET JE NE PEUX PAS »

4810. — Ce soir j'ai été douloureusement ému. Nous finissions de dîner au restaurant. Le garçon lui

apporte un bol. Il s'en sert maladroitement. Sa maladresse n'avait rien de bien grave, mais l'on nous regardait, et je lui dis avec un peu d'impatience : c Mon ami. fais donc attention, nous ne pourrons plus aller nulle part. » Le voici qui se met à fondre en larmes, en s'écriant : « Ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas de ma faute ! » et sa main tremblotante et contractée cherchait ma main sur la nappe. « Ce n'est pas de ma faute! reprend-il, je sais combien je t'afflige, mais Je veux souvent et je ne peux pas (textuel). » Et sa main serrait la mienne, avec un pardonne-moi lamentable.

Alors tous deux, nous nous sommes mis à pleurer dans nos serviettes, devant les dîneurs étonnés.

Page 1