‹ E. et J. de GoncourtChapitre 123 sur 127 · EXPOSITION DE CARRIERE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE CARRIERE

Lundi 4 mai 1891. — Exposition de Carrière chez Boussod et Valadon.

Une première impression un peu cauchemaresque : l'impression d'entrer dans une chambre pleine de portraits fantomatiques aux grandes mains pâles, aux chairs morbides, aux couleurs évanouies sous un rayon de lune. Puis les yeux s'habituent à la nuit de ces figures de crypte, de cave, sur lesquelles, au bout de quelque temps, un peu du rose des roses-thé semble monter sous la grisaille de la peau.

Et au milieu de tous ces visages, vous êtes attiré par des visages d'enfants, aux tempes lumineuses, au bossuage du front, à la linéature indécise des paupières autour du noir souriant de vives prunelles, aux petits trous d'ombre des narines, au vague rouge d'une molle bouche entr'ouverte, à la fluidité des chairs lactées qui n'ont point encore l'arrêt d'un contour, — des figures d'enfants regardées en des penchements amoureux, qui sont comme des enveloppements de caresse, par des visages de femmes aux cernées profondes, aux creux anxieux, aux grandes lignes sévères du dessin de l'Inquiétude maternelle.

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