‹ Echappé de la potence [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 29 · LL · texte numérisé non relu

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inutile à Lacolle, la moquerie de Côte, tout cela me repassait dans l’esprit, et je me disais : ‘ Ah si je vais aux Etats, gare à toi, M: le général sauve-qui-peut !!!

Avec tout cela le temps ne passait pas vite, et on s’ennuie bientôt en se parlant à soimême. Puis sur l’après-midi, je commençai à sentir que je mangerais bien quelque chose, et je compris que si j’avais emporté quelques vivres, cela eût rendu peut-être mes idées moins noires. [l n’y a pas grand chose à manger, dans le bois, au inilieu de Novembre, et les perdrix et les lièvres ne vous tombent pas tout rôtis! Quand le jour commença à baisser ; il me semblait que j'aurais fait entrer une sonde de dix pieds dans mon estomac.

Ah ça me dis-je, à moi-même, il faut toujours bien que je mange, bon gré mal gré.

Si rien ne me vient, je vais aller à la maison, car dormir dans une cabane à sucre, c’est-àdire rotir d’un coté et geler de l’autre, ça n’est pas du luxe ; et il n’y a rien, d’ailleurs, qui refroidisse le feu comme de ne pas manger. Ah, maudit D......, si je te tenais, je l’en taillerais une grillade ! !

Je songeais donc à la manière dont je m’y prendrais pour obtenir des vivres avant la

nuit, quand j’entendis un cri lointain m’arriver à travers les arbres. Je tressaillis et me trouvai sur mes pieds comme si j'avais été poussé par un ressort. Je courus hors de la cabane, mais ne pus rien voir, comme de raison. ‘ Imbécille, me dis-je à moi-même, ce cri vient d’au moins six ou sept arpents, et tu t’imagines, en plein bois, apercevoir celui qui l’a fait.”

Je rentrai donc dans ma cabane, ne sachant si je devais répondre. ]1 était probable, sans doute, que l’on me cherchait pour me donner à manger ; car mon père avait dû certainement penser au plus nécessaire. D’un autre côté il n’était pas impossible non pius que ce fût D...... on quelqu’autre furet de son espèce qui fût à mes trousses ! Si tel était le cas js ne devais pas rester dans la cabane où lon me trouverait infailliblement. Je sortis donc, et me cachai derrière les tas 4e broussailles que j'avais faits le matin. De là je regardai à travers l’épaisseur du bois et je crus entendre deux hommes se parler. Cela me fit refléchir, car pourquoi mon père eût-il mis un autre homme dans le secret? Les voix se rapprochant, je m’enfonçai complètement sous les branches, et j’attendis. Au bout

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de quelques instants, j’entendis distinctement quelqu'un parler de moi.

Où diable peut-il être fourré, disait cet homme. Voilà plusieurs cabanes à sucre que nous ouvrons ct il n’y a nulle trace d'homme. Il a dû pourtant...,. tiens en voilà une autre, Visitons-la toujours. J'étais à peine à cinquante pieds de la cabane ; j’entendais parfaitement, mais ne pouvais rien voir. En ouvrant la porte, la même voix dit: Rien ici non plus. Maistout-à-coup j’en‘endis la voix de mon père qui dit à l’autre: 4 Ahfah!

on a fait du feu ; la cendre est chaude, il n’est pas join d'ici. Ils sortirent tous deux de

la cabané et mon père dit : Il n’est certaine-

pas loin d’ici, voilà une piste d'homme toute fraîche. Comme il achevait ces mots je me levai subitement en faisant sauter en Pair les broussailles qui me couvraient, et je m’avançai vers eux.

—Joli nid, pour un patriote, me dit mon père, qui portait un petit coffre sous son bras. Je suppose que le patriote mangerait bien un anglais par le temps qui court.

—J'en mangerais bien trois, répondis-je...

j'ai une faim d’enfer.

—]l ya deux heures au moins qu’on te cherche—Tu es venu bien loin !

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—Fh bien, puisque je me cache, autant vaut le faire bien de suite.

Tiens ne babillons pas et mange, me dit mon père, en ouvrant son coffret qui fit briller à mes yeux une magnifique brique de lard blanc de six doigts d’épaisseur, avec du pain, et une bouteille de réconfortant. La table fut bientôt mise et le dîner vite avalé. Pendant que je dévorais plutôt que je ne se dé mon père me dit :

—Je t’assure que j'ai arrangé cet animal de D...... cette nuit,

—Je le sais bien, j’ai tout entendu.

— Quoi tu n’étais pas parti !

—J’ai été m’écraser à la porte du pignor et je l’avais en pleine face ; j’entendais tout.

— Franchement, je ne sais comment j'ai fait pour me dominer, et ne pas lui tordre le cou. Il me semblait que je le lui aurais tordu comme à un coq !

—J’étais réellement inquiet, tenez ; car vous n’avez pas été bien pradent. Vous lui avez dit des choses qui pourraient bien tourner contre vous. C’est pourtant bien assez d’un déjà dans le trouble !

—C'est vrai, c’est vrai, mais le moyen de rester de sang-froid quand vous avez un co-

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