‹ Échec et mat drame en cinq actes, en prose par mm. Octave Feuillet et Paul BocageChapitre 24 sur 83 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

BCÈVI X.

LE DUC D’ALBUQUERQUE, en/ran/, DIEGO, attit.

LE DUC

• Monsieur, je viens de chez le comte do Médians, auquel je .

voudrais parler pour affaires pressantes; il n'était point chez lui, 0 mais on m'a dit que le roi l'ayant fait mander, il serait sans doute au palais.

DItGO.

II est vrai que le roi désire Je voir, mais il l'est point encore arrivé.

le duc.

Je vais l’attendre. ( Diego tort.)

seras ».

LE DUC D’ALBl'QUERQUE, seul.

Pardieu! c’est un Heureux miracle qui m’a fait trouver ces ta- ' bleues de don Rtubos 1 Sans cet incident providentiel, le pauvre ! comte était perdu ; tandis que si, au contraire, je puis lui parier : avant qu'il c'ait vu le roi... Ah ! le voici.

sciNZ III.

LE DUC D’ALDUQUERQUE, MEDIAN A, entrant.

■ediana, toujours contraint quand il est en scène avec le duc. C’est vous, duc.

LE DUC

Oui, vous le voyez, je deviens parfait courtisan. Je ne quitte plus le palais. Mais vous-même, Meiliana-.

■ EDI AN A

Moi, monsieur, le roi m'a envoyé chercher, me dit-on.

LE duc.

Oui, je sais cela, pour travailler avec lui à la comédio qu'il veut faire représenter. Savez-vous, Mcdiana, que vous faites bien des envieux ?

■ EDIAIA.

Moi?

LE DUC

Vous. Vous êtes au comble de la faveur...

■ EDI AN A

Oh 1 vous exagérez te caprice d'un instant.

LE DUC

Justement. Eh bien! mon cher comte, vous devriez profiler de ce caprice.

«EDI AN A

Désirez- vous quelque chose en quoi je puisse vous seconder, duc?

Moi, pas du tout, et, si je vous disais d'user de cette faveur, c’est pour vous-même.

NBDIANA.

Duc, je ne désire rien.

LE DUC

Et vous avez tort : un jeune homme de vingt ans doit toujours

avoir l'air de désirer quelque chose. Tenez, moi, je faisais un rêve pour vous.

■ IDIANA

Pour moi, duc?

LE DUC

Qne voulez-vous? h mon 4gc, on n’a d'antre avenir que celui des gens que l’on aime Je rêvais donc, au lieu de celte vie inactive, une laborieuse et brillante fortune. Je voulais, par exemple, que le roi vous attachât à l'ambassade de France, dont vous pourriez être le chef avant qu'il fût longtemps.

■IDIANA.

Mais celle ambassade part demain.

LE DUC

Sans doute.

■ IDIANA.

Merci, duc ; vous vonliex pour moi plus que je ne souhaite et surtout plus que je mérite.

LH duc.

Et si l’on vous offrait celle place que vous ne voulez pas demander, je comprends cela?

■EDIANA.

Je refuserais.

le duc.

Je comprends. Votre esprit aventureux, n’est-ce pas, préférerait les voyages? Eh bien ! tenez, comte, il se prépare une grande expédition dans l'intérieur de l'Inde.

■ IDIANA.

Mais, monsieur, je ne désire pas le moins du monde voyager.

LE DUC

Ah! poète, vous blasphémez. Comment! vous refusez d’aller voir l'Inde, vraiment ! l’Inde aux villes fabuleuses, aux fleuves sacrés, aux montagnes énormes ei mystérieuses, berceau du monde!... Vous refusez d'attacher votre nom h la conquête de cet univers perdu et de ses poétiques merveilles ?

■IDIANA.

Si cette litcbe est si belle, duc, que ne la prenez-vous?

LE DUC

Oh ! h moi, Mediana, elle noffrirailrien de nouvean Moi, je me suis baigné dans le lac de Kachemir; moi, j'ai visité Delhy; moi, j'ai chassé le ligre et l'éléphant sur les deux versants de ('Himalaya. C'est justement parce que je sais tout le plaisir que j’ai pris à ces divers exercices que je vous les conseille. Vous le savez, Mcdiana, la vie est une roule où l’on ne revient pas sur ses pas. Je suis vieux, je suis marié, il faut que je reste à la cour ; j'ai ma destinée à accomplir.

■IDIANA.

Et moi aussi, due. En vérité je ne comprends rien à votre foreur de me conseiller : l'autre jour vous vouliez que je prisse une maîtresse, aujourd hui vous voulez que je conquière un monde. Vous me conseillez des choses ou trop simples ou trop difficiles.

LE DUC

Voyons, comte, une dernière fois, réfléchisses.

■ EDIANA.

Tout cela, duc, c’est de l’ambition, et je ne suis pas ambitieux.

LE DUC

Oui, je conçois; le léger manteau de poêle sied bied mieux Jt la jeunesse et il suffit à l'homme sous le soleil de vingt ans. Eli bien! si vous ne voulez ni prendre une maîtresse, ni être ambassadeur, ni voyager daus l'Inde, mariez-vous au moins.

■EDIANA.

Due, si vous ne paraissiez à beaucoup de gens de ma connaissance l’homme le plus sensé du monde, je dirais en vérité...

LE DUC

Que je sois fou. n’est-ce pas? Eh! sans doute, le mariage, voila encore une plaisante histoire! D'ailleurs à quoi bon &c marier, quand tout le monde est marié autour de nous, et, vive le ciel! lorsque tous les amis qu’on a ont des femmes?... O jeunesse, jeunesse! J'ai été pourtant ainsi moi-même! et maintenant vous le voyez. Médians, je suis devenu un mari de bourgeoise humeur. Et c'est ici, Mediana, que je vous prie de remarquer l’injustice ci IVgoismc des huiiunes.: il y a une personne qui trouve tout simple que je ne me fâche point de lui voir courtiser ma femme ; vous Savez qui c'est, n' est-ce pas?

■KDIANA.

Oui, vous m’avez dit son nom.

LS DUC

Eh bien! si cette personne qui convoite si publiquement le bien des autres, si cette personne venait à soupçonner qu’un cavalier en use vivh-vis d'elle comme elle en use elle-mèine à mon égard, vous savez bien, Mediana, ce qui arriverait à ce cavalier? ■ediana, ému et mécontent.

II m’importe peu.

LE DUC. '

II ne vivrait pas une heure, Mediana.

■ediana, de même. A

C’est bien.

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